Coups de coeur

Published on août 19th, 2017 | by MagMozaik

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Zigor Une sensibilité à fleur de regard

Depuis 1982, Zigor se consacrait exclusivement à ses mots, ses dessins et ses sculptures, laissant de côté la photographie longtemps pratiquée dans une optique de témoignages sur son époque ou ses combats pendant plus de 10 ans. Une image, un homme sous une écrasante lumière…Et voilà que surgit l’une de ses envies mystérieuses qui régissent la créativité de l’artiste: Refaire de la photographie mais autrement!

Comment décrire l’émotion vibrante que suscite Kepa Akixo, alias Zigor, et son univers de clairs obscurs intenses, ciselés au fil de ces paysages brumeux, évanescents ? Nous assistions l’an passé à une soirée au Festin Nu où l’auteur-artiste, un brin décalé, aux réparties fines et délicates, dédicaçait ses “Silences” ( Galerie Jean-Bernard Dehoux) avec une truculence fragile et douce, celle de l’artiste qu’il est, pétri de ces bois et de ces bronzes dont surgit sa vision et son ressenti épuré du Pays Basque, en visions presque mystérieuses comme souvent dans la démarche créatrice de l’artiste. Peu de monde mais d’une qualité rare … Instants magiques où les vraies rencontres se tissent en quelques mots, quelques regards, quelques confidences… Bonheur de suivre les feutres aux mille couleurs mis au service de somptueuses dédicaces qui sont autant de tableaux instantanés, saisissant au vol, avec infiniment de pudeur, les souvenirs enfouis de chaque nouvel acheteur… Encore cette irrésistible puissance du dessin, source d’inventivité et de liberté absolue, mais aussi d’échanges authentiques, humains…Ce dessin au coeur de la créativité de Zigor. Je suis repartie, ivre d’images de montagnes brumeuses, étincelantes, où fourmillent les troupeaux de moutons.. Ivre de ces lumières troubles, énigmatiques, où aubes et crépuscules fusionnent sur les crêtes silencieuses et si lourdes de secrets…De ces secrets enfouis dans les profondeurs d’une culture où les éléments sont esprits vivants… Ivre de ces regards d’une finesse pudique, intenses, sensibles, portés sur ces hommes, ces femmes, ces paysages qui sculptent la fierté ombrageuse de notre territoire, loin dans les terres reculées, dans les vallées, les montagnes qui chantent la vie à travers leurs visages ou leurs senteurs boisées… 

Un regard contemplatif, intrigué, observateur mais toujours sensible et respectueux.

Zigor aime ce qui ne rentre pas dans le moule, ce et ceux, ou celles, qui le fascinent comme un défi à toujours relever lorsqu’il s’agit de saisir un regard, un bruissement de feuilles, la fluidité impétueuse d’un torrent sur les galets ou une forêt sauvage engluée de brume, de happer un geste, une attitude ou une bribe fugace de vie, si simple qu’elle en devient soudain intense et atypique dans la solitude des montagnes de transhumance ou l’échoppe d’un village. Une nouvelle manière d’appréhender la photographie qui suscite en lui bien des envies de nouveaux projets, ardus, complexes mais qui font s’interroger sur des thèmes profondément philosophiques. si incongrus qu’ils en deviennent essentiels. Comme l’artiste va « philosopher » en son atelier, il oriente son objectif selon la même démarche de réflexion, dans tous les sens du terme. Réfléchir des images et donner ainsi à réfléchir. Dire un pays, une culture dans toute leur complexité et leur richesse. Avec curiosité et passion, il explore aujourd’hui les « Voix(es) du chant » sur des sentiers et sonorités qui pointent du doigt – et du focus – les vraies questions: Qu’est ce qui pousse des hommes, des femmes, à s’exprimer par le chant, à sculpter leur voix pour trouver une voie de sens? Du chant grégorien au rock, du solo au choeur, au travers des siècles de styles et genres différents liés à chaque époque ou intemporels, à chaque environnement, quelle quête mystérieuse, voire spirituelle, guide leurs passions, leurs imaginaires et hante leurs rêves jusqu’à participer de leur construction d’êtres humains? Tel est le terreau que Zigor s’apprête à fleurir de mille instantanés étudiés et peaufinés, de mille vagabondages et rencontres passionnantes, toujours en liaison étroite et viscérale avec un territoire, une culture, une langue. Une exploration audacieuse à la mesure de l’homme, pétri d’humanité profonde et d’empathie curieuse, dont la voix puissante et finement ourlée à la fois est déjà chant et mélodie. Et puis, territoire oblige, un autre sujet taraude Zigor sur le temps qui passe, modifiant les paysages agricoles et la ruralité, d’hier à aujourd’hui, en bien ou en mal! De sa vallée il ne reconnaît rien, en multiples défigurations successives péri-urbaines. Mais de l’autre côté du miroir, il s’intéresse à cette jeunesse inventive qui, malgré les difficultés, s’acharne à faire surgir de cette terre ancestrale des produits authentiques qui ont noms espoir et qualité de vie, portés par tous les instruments de production, de diffusion et de médiatisation qu’il convient de bien utiliser sans pour autant pervertir les paysages pour lesquels ils se battent.

Arènes goyesques en mode Zigor

Pour l’heure, à mi chemin entre l’art et la photographie sous son angle éphémère, il s’est surpris à accepter un nouveau challenge. Une performance dans les arènes de Bayonne le 15 août dernier où toute l’après midi, à l’occasion de la corrida goyesque, il a sculpté et peint le sable avant que la furie taurine ne vienne balayer cette oeuvre tumultueuse. Une grande première pour l’artiste qui n’avait jamais réalisé une telle performance sur une surface de cette ampleur, véritable mémoire de tant de fureurs qu’il ne conçoit que chorégraphiées. Nous avons suivi l’expérience jusqu’à ce que les pétales de roses jonchent les arènes, associant leur fragrance à la virtuosité de cette création monumentale doublée d’une somptueuse sculpture de danseur tout en verticalité et élégances gestuelles.

Silences, Galerie Jean-Bernard Dehoux, 2016, 35 euros.

Pour toutes informations: Service presse, Alexia, 06 15 77 66 83

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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