Concerts

Published on mars 19th, 2015 | by MagMozaik

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Youn Sun Nah, grammairienne d’une langue aux racines universelles.

La culture musicale de Youn Sun Nah  est encyclopédique, émaillée de chants pygmées aux folksongs suédois, du Rebetiko grec entendu dans la radio d’un chauffeur de taxi au répertoire de la soprane britannique Norma Winstone découverte en 1995 par le biais de Thierry Péléa lors de son séjour Parisien au CIM, unique école de jazz à cette époque.

Fréquentant les cercles musicaux de la Capitale, elle auto produit en 2001 son premier album ” Reflets ” (repris par Sony Music) et reçoit 10 ans plus tard l’Echo Award en tant que meilleure chanteuse internationale de Jazz.Entre temps, des rencontres musicales avec le guitariste Suédois Ulf Wakenius , le contrebassiste Lars Danielsson, le norvégien Mathias Eick et le talentueux Xavier Dessandre Navarre nourrissent sa lexicologie.Les succès s’enchaînent et le grand public découvre son univers à travers une trilogie discographique désormais incontournable, les albums “Voyage” (2009)” Same girl” (2010) et” Lento” (2013) sous le label Allemand ACT de Siggi LOCH.

” Le jazz est une musique qui englobe tout le reste. On sait comment ça commence, comment ça finit mais entre les deux….. c’est l’inconnue “.

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Youn Sun Nah et Ulf Wakenius

Ce concert intimiste débute par un duo avec la contrebasse de Simon Tailleu…

– Une voix suspendue, éthérée. Souplesse vocale, voix de tête angélique et projection sonore. Le spectre harmonique laisse apparaître des rais de couleurs que les gestes amples de Youn Sun Nah dessinent dans l’espace.

– Le trio de musicien ne l’accompagne pas. Ces “dialogues” entre sa voix et les instruments se mêlent, comme des pinceaux, sur des folksongs aux variations infinis.La guitare d’Ulf Wakenius, légende suédoise, flirte avec l’accordéon de Vincent Peirani dans ” Mistral “, composé après un concert venteux en Avignon.

– Le Pneuma de Youn Sun Nah, souffle habité, remplit une jarre de vide ou s’engouffrent les glissendis des cordes s’agrippant à un jazz Manouche, sur des tierces mélodiques assaisonnées de Pizzicattis scintillants. Binaire, ternaire, le mélange est un cocktail étourdissant servi dans des verres en cristal.

– De ces années Parisiennes entre Mandé, place de Clichy et les Buttes Chaumont, Youn Sun Nah déclame un truculent Pancake, allégorie des plaisirs de la table, sur un rythme de Musette. Les nappes colorées côtoient l’underground des clubs Jazzy. Rire dans la salle lorsque dans cet inventaire à la Prévert on y trouve du jambon de Bayonne…..

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Simon Tailleu


– La contrebasse de Simon Tailleu, dans un silence de cathédrale entame un solo, tapis de mousse d’harmonique, écrin de gammes aux quartes augmentées, natte de blue note pour voix céleste d’une soprane d’exception. Soudain la pulsation rythmique du Lament entame sa marche quasi mystique. Youn soun Nah le délivre religieusement, lacrimosa d’un Requiem aux tonalités mineures laissant la salle sidérée… De cette pièce émouvante, La soprane Coréenne fait éclater les verrous, Houdini des codes étriqués et de tradition encombrante, Georges Méliès d’un univers vocal dont elle connait la subtile machinerie.

– “Ghost Riders in the sky”, ce western crépusculaire Clint Eastwoodien, au balancement métronomique précède “Momento Magico”, composition d’ Ulf Wakenius avec ses fameux unissons « voix guitare » et sa pulsation à l’accordéon qu’un Richard Galliano aurait apprécié.

Clap de Fin

Une chanson traditionnelle Coréenne et “Calypso Blues” de Nat King Cole viendront clôturer ce concert farouchement atypique. On aurait bien sur aimé entendre “My favorite things “, avec un piano à pouce ou” Sanza” ouvrant l’album Same Girl de 2010 et la” chanson d’Hélène” de jean Louis Dabadie extrait du film les choses de la vie. Qu’importe le breuvage ! Youn Sun Nah a délivré au public de la salle du Quintaou un message délicat.

Elle n’est ni Ella Fitzgerald, ni Billie Holyday mais dans sa sublime sopranitude on retiendra sa voix, unique, cristallisation d’un mariage heureux entre l’orient et l’occident, entre sa musique intérieure et l’éclat angélique de son sourire radieux.

Xavier HEUTY, magmozaik64200@gmail.com

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