Coups de coeur

Published on janvier 14th, 2015 | by MagMozaik

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Xabi Etcheberry: Un artiste insolite!

Nous inaugurons, en ce début d’année, de nouvelles rubriques récurrentes, destinées à vous présenter l’univers d’ artistes ou de personnalités qui nous intéressent. Aujourd’hui, Xabi Etcheberry, artiste établi à St Jean Pied de Port, pour le moins déroutant, ironique et caustique, se présente en 7 questions, comme 7 de nos provinces basques, voire 8 si l’on inclut la diaspora! Etonnant personnage qui ne se laisse pas si facilement cerner mais dont la palette colorée de talents ne laisse de nous étonner par sa flamboyance, son style fort, parfois d’inspiration naïve, et, souvent, son autodérision! D’aucuns penseront sans doute, à tort, que l’homme pêche par orgueil, voire vanité, quant à l’estimation de son oeuvre, mais n’est ce pas un jeu imposé pour mieux dévoiler les infinies variations de sa personnalité? A tout le moins, l’artiste nous touche et fait mouche à travers la richesse de sa  partition artistique et son parcours quelque peu iconoclaste! A vous de juger en questions réponses que nous vous livrons- c’est le jeu- à l’état brut! Un homme de grande densité qui, quoi qu’il en soit, se saurait laisser indifférent par son oeuvre passée, ou en devenir, et l’influence qu’il a sur ses élèves/émules, dont certains (en une, Juan Maverick) s’affirment à la lumière de ses enseignements. Nous n’avons pas souhaité modifier ses réponses, souvent en décalage par rapport à ses oeuvres, par respect pour sa manière si particulière et provocante de se dire jusqu’au bout de son pinceau, de ses doigts et de ses inspirations où la mémoire du vécu et de l’enfance tient une place émouvante. Un humour souvent noir qui cache une vraie sensibilité. En piste pour une joute en 7 rounds ou plutôt 8 car il le vaut bien! Impertinence et insolence à la une!

Très jeune, votre talent s’est révélé. Comment et à quel âge vos proches l’ont-ils discerné?

En effet, je suis ce qu’on appelle un génie précoce. Selon les dires de ma famille présente lors de l’accouchement de ma mère – chez nous et non pas à l’hôpital, où on affaiblit les enfants et les vaccine contre la créativité – donc à l’accouchement disais-je, à peine sorti du vagin de ma génitrice, je bougeais déjà mes bras tel un pianiste, ou un peintre, selon les observateurs. Mon oncle Pettan, qui a l’oreille absolue, vous dira même que j’ai crié en Mi mineur, ma note préférée. C’est pour ça que ma famille a toujours su que je serai un grand artiste. D’où leur choix de me donner en deuxième prénom Michel, pour Michel-Ange. Mes parents, dès lors, m’interdisaient de fréquenter les autres enfants, qui ne pourraient que retarder l’apparition de mon talent. Je me souviens que mon père, paix à son âme, était très dur, parfois même violent. Mais comme il disait, il frappait fort pour bien faire rentrer le talent. Grâce à eux, j’ai très vite développé une aisance pour le dessin, devenant la fierté de la famille. Je n’avais pas d’ami, mais la famille est plus importante que quelques amis !

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Dyptique 1: L’autre Barbut

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Dyptique 2: La famille baobab



Qui était Mr Barbut et dans quel cadre vous suivait-il? Cadre parallèle (à l’époque pas de classes art) ou dans le cadre scolaire (dès la 6ème je présume?)

Mr Barbut, paix à son âme, était mon mentor. Ami de ma mère, il venait souvent me voir, avant même que je sois scolarisé ! A cette période, il remplaçait pour moi mon père trop souvent absent. C’est lui qui m’a enseigné les bases du coloriage, avant que j’aie le bonheur de le retrouver en tant que professeur en 6e. Il a vite pris en main mon éducation artistique, venant même me donner des devoirs supplémentaires ou venant faire des cours particuliers chez moi. C’est grâce à lui que je suis ici aujourd’hui, je lui en serai toujours redevable !

Dans quel contexte avez vous nourri et enrichi votre talent et votre book jusqu’à la terminale? Durant cette période, quels ont été vos inspirations, votre style ou les artistes qui vous ont influencé et nourri?

Non, comme dit Jul ( un grand artiste), « Je me suis fait tout seul, j’ai compté sur les gens, j’ai fini tout seul ! » J’aime penser que la culture n’a pas de barrière, de temps, de lieu, de couleur ou même d’odeur. C’est pour ça que j’ai toujours eu des inspirations éclectiques, allant de Protogène à Apelle ! Et évidemment, je me suis beaucoup appuyé sur les travaux de Michel-Ange, mon artiste (michel-) ange gardien comme je l’appelle. Mon style était basé sur le trait comme symbolisme de la limite, mais d’une limite pleine et non pas exclusive. Le Tout est contenu dans le trait. Pour exprimer cela j’utilisais une brosse épaisse, qui laissait derrière elle un trait épais mais hétérogène. Je me suis aussi beaucoup retrouvé dans la musique, véritable catalyseur d’inspiration. Mon Dieu musical étant, définitivement, André Claveau. Cela serait drôle qu’il lise cet article, LOL!

Valéro 2006

Valéro, 2006

L’année de terminale fut décisive. En quoi et sous quelles impulsions personnelles ou extérieures avez vous présenté  les Beaux Arts? Et là, vers quelles formes d’expression vous êtes vous orienté? Peinture, sculpture, photo, art global, autres domaines? (Collages mosaïques…) et selon quelles techniques (acrylique, dessin aquarelle huile pour peinture, voire numérique? Matières pour la sculpture etc)?

Et bien mon père travaillait à l’époque au bureau des inscriptions des Beaux Arts de Paris, ça m’a aidé. Pour ne pas tomber dans l’immobilisme, j’ai décidé de m’éloigner du dessin et de me consacrer corps et âme aux collages de photos de portraits du XIXe siècle avec des abécédaires pour les enfants, afin de symboliser le fossé des générations. Malheureusement pour moi, ça n’a pas du tout eu l’impact attendu et j’ai failli en rater mes études.

Passons à l’agrégation: Quelles ont été les motivations pour choisir cette orientation d’enseignement? Vocation pédagogique? besoin d’une sécurité pour mieux vous adonner à votre art? ou tout cela à la fois?

J’ai toujours adoré les enfants, je les considère comme les amis que je n’ai pas eu. Maintenant que j’ai le talent, il serait temps que j’ai des amis . C’est pour ça que j’ai décidé de me tourner vers l’enseignement. Et je ne pense pas que ce soit l’attrait d’une sécurité, je suis en effet très impulsif et n’ai en rien perdu ma fougue d’antan, je considère que je pourrais tout plaquer du jour au lendemain sans aucun regret, en laissant derrière moi ma femme et mes élèves, malgré le traumatisme qu’ils vivraient.

Aujourd’hui vous êtres au Pays Basque. Exercez vous en CES ou en lycées? Quels niveaux de classes? Quels sont vos liens avec l’Ecole des Beaux ­Arts de Bayonne ?

J’enseigne principalement en lycée et collège de la 6eme à la Terminale, option lourde, car c’est le contact avec les jeunes qui m’intéresse beaucoup dans ce métier. J’ai su garder un esprit très libre et enfantin qui se reflète dans mon travail et la vie de tous les jours. Mais il ne semble pas plaire à tout le monde, j’ai donc un rapport très distant avec les Beaux ­Arts de Bayonne, qui se sont toujours montrés terriblement condescendants. Mais bon, on ne peut être adoré par tout le monde !

2011

Les amis, 2011

Quelles sont vos relations avec les collectifs d’artistes ou artistes seuls installés au Pays Basque, notamment à  St Etienne de Baïgorry?

Et bien j’ai tenté de nombreuses fois des rapprochements entre l’activité culturelle locale et mon programme d’art plastique, sur les sujets qui s’y prêtaient, mais j’ai reçu de nombreuses réponses négatives. Je pense que nous sommes dans une région à la pauvreté culturelle effarante, mais cela ne m’étonne pas vraiment du peuple basque. Peut­ être toutefois que c’est de ma faute, car comme le dit John Kennedy Toole :”Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on  peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui.” Pour autant, j’ai confiance en la nouvelle génération : j’ai récemment collaboré avec ce jeune artiste, Mav’Drawing, qui possède un talent exceptionnel !

Comment envisagez vous votre avenir et comment évaluez vous votre notoriété?

Mon avenir sera, c’est certain, riche en rebondissements et en actes mémorables. Je resterai cette figure de proue lumineuse d’au moins 100 mètres de haut et avec des enceintes qui diffusent de la musique classique très fort que je suis déjà. En tant que tel, je continuerai à diriger les pauvres radeaux des partenaires culturels perdus et tristes qui refusent obstinément de se diriger vers moi par orgueil et par timidité, puis je les serrerai très fort dans mes bras accueillants de figure de proue. Et pendant qu’ils s’étoufferont en gigotant je leur murmurerai « On ne trahit pas Xabi ETCHEVERRY… » Je continuerai le combat pour faire de ce potager mouillé qu’est le paysage culturel basque un immense parc à thème avec des manèges. Mais il n’y aura pas de toboggans, c’est pour les petits !

Catherine,magmozaik64200@gmail.com

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8 Responses to Xabi Etcheberry: Un artiste insolite!

  1. Rudéus says:

    Je trouve ce personnage, à la fois fantastique pour lui et d’autrepart embêtant pour ses monologues avec lui même qui sont interminables tant il ne parle que de lui.

    Sans même lui poser de question, ce maniaco serait y répondre !

    Rudéus, un (vrai) artiste

  2. Monsieur X says:

    Rudéus,
    je ne connais pas personnellement Xabi Etcheverry, mais je pense le comprendre mieux que ce que vous dites là. Il n’est pas maniaque du tout mais très sain d’esprit et équilibré, contrairement à des (vrais ?) artistes que je connais LOL.
    Mais merci pour le “fantastique” quand même.

  3. Malina says:

    Cet homme est un artiste insolite comme il en existe rarement. Il est à mon avis, le Dali du 21e siècle. Un être pur et pervers à la fois. Un trésor libre et rebelle.

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