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Published on septembre 14th, 2017 | by MagMozaik

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Variations inédites de mots

Stupéfiante et audacieuse exposition que tentent avec panache, finesse et un brin de décalage intelligent , Jacques Dupin, conservateur du Musée de Guéthary et Mme le Maire , Marie-Pierre Burre-Cassou, du 4 septembre au 28 octobre.

Elle rêvait de nouveaux mondes où la terre s’habillerait de chatoyantes tenues imaginaires en forme de mandalas! Elle, c’est Brigitte Williams dont la démarche artistique se fonde sur un postulat de réflexion sémiologique pour s’inventer de nouveaux langages, sources d’explorations multiples et de représentations géographiques, étonnantes de nouveaux sens. Pour comprendre, il faut savoir qu’au départ l’artiste souffre de dyslexie. Elève à la Slade School of Fine Art de Londres, elle entreprend alors un travail sur les mots pour mieux les ordonner et les doter d’une armature solidement ancrée dans une suite alphabétique logique, quasi mathématique. Intégrant à sa manière la définition du langage de Roland Barthes comme  « un système articulé de différents éléments qui vient mettre de l’ordre dans un apparent chaos », elle se crée son code de départ qui sculptera sa propre grammaire, sa syntaxe et son vocabulaire, verbal ou non. Cette conceptualisation très épurée et intellectuelle se traduit vite en graphismes ingénieux qui transposent, en nouveaux langages colorés, cette structuration sémantique unique. Penser en mode alphabétique induit un éclatement des codes, une libération de la créativité et des façons de communiquer avec les autres, au delà d’une grammaire conventionnelle, de vocabulaires innombrables, et d’écritures tout aussi foisonnantes à travers le monde. La couleur, en sa gamme pantone infinie, investit alors son monde, ses mondes en des tableaux fulgurants, élégants, qui bouleversent les façons de voir la réalité et de la représenter en variations géométriques, mathématiques, qui émanent naturellement de cette manière de s’approprier le réel en cet ordre alphabétique qui est sa trame, son repère, son langage spécifique. Des repères de couleurs qui lui permettent dans un premier temps de surmonter et sublimer son handicap en revisitant sa machine à écrire dont les lettres se font perles et teintes chatoyantes.

Un ordre, son ordre, un langage, son langage qu’elle va décliner à l’infini sur de multiples thèmes qui l’habitent. Dans cette grammaire là, cette syntaxe là, la gamme des couleurs ne suit pas la logique des teintes mais celle des appellations dont l’enchainement circulaire produit des rayons multicolores, en magnifiques irisations vives. Sa géographie de Paris emprunte les couloirs et itinéraires des lignes de métro dont elle reproduit les circuits en reliant les stations entre elles, disposées autour du cercle, en un enchevêtrement inouï et jubilatoire de traits, comme une pelote de fils aux mille couleurs qui tisseraient l’espace en mots se revoyant les uns aux autres. Le même esprit redessine la géographie du monde. Autour du cercle, ce se sont plus les noms de pays qui s’affichent mais leurs drapeaux respectifs et leurs formes spatiales, comme une dislocation de l’espace qui inventerait de nouveaux repères, plaçant par exemple l’Irlande à côté de l’Inde ou le Pérou à proximité du Portugal. Une géopolitique loufoque mais si cohérente dans le recherche de nouvelles fraternités de paix à construire entre pays. Quand aux mots, elle sait aussi à merveille les aligner en teintes vives, en traits qui, en anglais, intègrent maintes formules de libertés d’être, de penser et de croire dans une belle harmonie de tolérance entre cultures si différentes. Et ces arabesques là composent des rosaces somptueuses, complexes comme ces ardoises magiques de notre enfance qui nous permettaient d’élaborer de magnifiques dessins géométriques en lignes aux mille carrefours de dialogues. Dans son monde tout est affaire de signifiant et de signifié qu’elle modèle selon ses envies, ses messages, ses imaginaires en 2 ou 3 dimensions. Installée à Guéthary elle réalise aussi un travail pédagogique à l’année sur ces langages là avec les enfants pour mieux les aider à apprivoiser les mots. N’hésitez pas à la rencontrer sur place tous les jours!! C’est magistral et lumineux de gaité et de sérénité.

« Quand les mots se font tableau… », Brigitte Williams, Musée de Guéthary, tous les jours de 14 à 18h sauf dimanches et mardis, entrée libre. www.musee-de-guethary.fr et www.brigittewilliams.net.com

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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