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Published on janvier 20th, 2016 | by MagMozaik

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Une trahison au pays des corons!

Canal plus nous a habitué à faire l’événement lors de chaque FIPA. Après le “Sanctuaire” l’an dernier, pan d’histoire ô combien sensible sur notre territoire, la chaine nous invite à suivre, en une série délicate et difficile, “Le Baron Noir”, l’histoire d’un militant socialiste d’origine ouvrière, entré en politique par conviction comme un sacerdoce, devenu maire de Dunkerque et trahi par son mentor qui n’hésite pas à sacrifier son poulain pour devenir Président de la République. Une immersion rude et réaliste dans les coulisses du pouvoir où mensonges et manipulations règnent au service de carrières politiques individualistes, en une région qui exarcerbe les enjeux et les rivalités mais aussi les désillusions et les idéaux trahis. Tête d’affiche ? Kad Mérad dont on sait l’immense talent et l’extrême sensibilité pour incarner des personnages complexes, humains en des registres dramatiques. Avec toute la finesse humoristique et néanmoins grave qu’on lui connait, il nous expliquait ce matin son choix d’homme et d’artiste citoyen, ravi de pouvoir s’impliquer ainsi auprès d’Anna Mouglalis et Niels Arestrup en cette sombre histoire à mi chemin entre engagement politique sincère et vengeance d’un homme blessé et trahi. Une série réaliste signée Ziad Doueiri, écrite par Jean-Baptiste Delafon et Eric Benzekri, qui pendant 20 ans signa bien des discours socialistes!

Mensonges et trahisons du pouvoir

L’idée de tracer le parcours politique d’un homme de conviction cassé et blessé par une trahison de son mentor, au nom d’ambitions personnelles, vient de deux auteurs dont l’un, Eric Benzekri, s’est longtemps immergé au coeur de l’appareil du parti socialiste où il écrivait de nombreux discours. La série, création originale de Canal Plus, et produite par Kwai, compte 8 épisodes de 52 minutes qui nous introduisent dans les coulisses du pouvoir politique où manipulations, petits arrangements stratégiques, mensonges et trahisons s’épanouissent à loisir, mettant à rude épreuve les idéaux idéologiques et humanistes de bien des militants ou brisant l’intégrité d’hommes et de femmes victimes, au nom de l’Etat, de trahisons délétères.

En découvrant le synopsis, on ne peut écarter bien des références à des situations récentes vécues en interne, à droite ou à gauche. L’histoire aurait pu se dérouler en une région moins emblématique mais celle du nord, avec le poids de son passé ouvrier et d’une population se sentant de plus en plus lachée ou abandonnée par ses représentants de gauche, donne au récit une force exacerbée que n’aurait pu lui conférer une région plus atone! Du coup, par cet ancrage historique résolument ouvrier depuis bien longtemps, la série permet, en filigrane d’un parcours personnel, de mieux comprendre les désarrois et errances actuels d’une population oubliée ou trahie dans ses espoirs, dans un contexte économique dramatique.

L’épopée tient en une vie, celle du député-maire de Dunkerque, Philippe Rickwaert, que le militantisme ouvrier, et une bonne dose d’idéaux, ont porté au sommet du pouvoir local. Mais son mentor, tout à son futur destin de Président de la République, sacrifie son protégé sur l’autel des ambitions personnelles. Une trahison qui plonge cet homme meurtri et désormais hanté par la vengeance, dans un chaos organisé  où compromis, voire compromissions, s’enchainent avec des milieux pas toujours recommandables! Dès lors, il devra faire le grand écart entre ses convictions de jeunesse et ses propres démons.

Un rôle sur mesure

L’histoire d’un homme complexe, contradictoire et profondément humain à la mesure d’un Kad Mérad dont la popularité le destinait à incarner le “Baron Noir”. L’acteur avoue avoir abordé le rôle dans une totale ignorance de la politique! Sa préparation, exigeante, l’a mené de chaines parlementaires en chaines de l’info avec le souci de comprendre comment fonctionnaient les coulisses du, des, mondes politiques, dans toutes leurs ombres de tractations souvent perverses ou de calculs électoralistes inconnues (voire!) du public! Une immersion qui l’a conduit à intégrer la complexité de son personnage dans toutes ses ambitions pour sa ville mais aussi toutes ses blessures déstabilisantes.

Ce rôle a-t-il changé sa vision du monde politique? Oui, bien sûr, car il avoue garder une certaine admiration pour quelques hommes politiques sincères qui font une politique de “quartier”, proche des gens, même s’il n’est pas dupe de cette foire, cette arène, où manipulations, insultes et mensonges font florès. On n’ose imaginer une telle série en terrain basque!

Un rôle que défend Kad Mérad dont la carrière alterne, tout en nuances, personnages dramatiques,  complexes, sombres et humains (Les Choristes par exemple) et caractères résolument tendres et comiques! C’est le cas dans son prochain film, “Marseille”, en tant qu’auteur, acteur et réalisateur, produit par Richard Grandpierre, où il peint un tableau – son tableau!- drôle, tendre et touchant d’une ville qu’il connait bien!

Et s’il était président? Il prendrait tout ce qu’il y a de bon à droite et à gauche en évitant toutefois les extrêmes qu’il ne nommera pas mais qu’on imagine aisément en ce pays de terrils!

2 épisodes de la série seront projetés le 21 janvier à 18h30, gare du midi (Atalaya). A ne pas rater, après une rencontre, en “Master Class”, de Kad Mérad, avec le public, le 20 janvier à 14h00, salon des Ambassadeurs.

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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