Coups de coeur

Published on mars 17th, 2016 | by MagMozaik

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Une saison en…Didam!

Voilà presqu’un an que le Didam, nouvel espace dédié aux belles expositions sur Bayonne, rive droite, a ouvert ses portes avec un bel hommage rendu au peintre du groupe Gaur, Sistiaga. 6 manifestations d’envergure ont occupé l’espace en 2015, attirant, Quai de Lesseps, plus de 10 000 visiteurs. Déjà les photographies de Carlos Saura, comme un émouvant voyage au coeur de l’Espagne des années 50, compte quelque 3000 adeptes. Un lieu repensé Art déco ouvert sur les berges vers des horizons nouveaux qui pense désormais sa programmation  en termes de saisons, propices à la création d’événements inédits en mai et en novembre prochains. Un espace d’accueil pour les artistes locaux mais aussi pour d’autres, de notoriété plus internationale, qui font et feront de cet endroit sobre et élégant de 250 m2 un bel outil de vie du quartier, articulé autour de la culture et des arts mais aussi bien intégré dans un ensemble conjuguant les galeries de la rue Ste catherine au nouveau complexe, voisin,  de l’Atalante/L’Autre cinéma.  Bienvenue à bord de la croisière 2016, fortement connotée Donostia 2016, tournée vers une dimension européenne culturelle, transfrontalière et patrimoniale. 

Le ban et l'arrière ban

Belle brochette réunie pour l’annonce de cette saison Didam 2016 autour de Jean-René Etchegaray, maire de Bayonne, Yves Ugalde, Adjoint à la culture de Bayonne, Sophie Castel, adjointe au Patrimoine et Marie-Christine Rivière, Directrice des Affaires Culturelles, d’Arcad à Olivier Ribeton en passant par José Ramon Aiz, tous fers de lance d’expositions majeures programmées en cette année de transfrontalité culturelle et de promotion d’artistes locaux.

Petit point sur l’année 2015. On passera sur le hiatus Kulture Sport, une belle erreur de casting de la ville aujourd’hui évacuée, qui néanmoins nous fit découvrir ou redécouvrir un immense photographe en la personne de Raymond Depardon, pour nous souvenir de fleurons très identitaires, de Sistiaga, superbe artiste et musicien du silence, à Carlos Saura dont l’engagement photographique puis cinématographique en pleine période franquiste a laissé d’émouvantes traces de résistance sur argentique et pellicule. Et puis Arcad, ardent et créatif défenseurs d’artistes contemporains locaux qui nous offrit en juillet son insolent, et insolite, parcours Sans Titre 1. Sans oublier Bastions, inscrits dans la chair et l’histoire de la ville du haut de ses murailles revisitées…

On ne s’étonnera donc pas que la cité construise son avenir humain et social autour d’éléments culturels essentiels à toute vie urbaine, comme autant d’ancrages et dynamismes architecturaux forts. Certes, d’aucuns peuvent émettre, à son encontre, moult critiques (auxquelles réponses furent déjà faites) dont certaines relèvent de la cour de récréation version carambar, mais le Didam a au moins le mérite d’exister, et surtout d’inciter, par ces thèmes, d’autres artistes à décliner ailleurs, en électrons libres, et en d’autres formulations plus incisives peut-être, certains des sujets programmés, tels ces frontons photographiés auxquels manque, il est vrai, la dimension humaine des jeux.

Mais doit-on toujours passer son temps en vaines polémiques au lieu de juste voir comment ce lieu évoluera au fil des expositions et de leur choix, quitte à juger, mais sur pièces, et selon l’effet d’émulation ou de contradiction bénéfique ? La conception, certes très politique, du nouvel ensemble culturel Didam/Atalante-L’Autre Cinéma, suscite sans doute des interrogations, des attentes, mais pourquoi toujours chercher la petite bête ou la moindre fissure qui semblent davantage préoccuper certains que l’impact même de cette nouvelle structure ou de sa pertinence qui peuvent engendrer des discussions constructives? Qu’à cela ne tienne, si le niveau de réflexion reste aussi médiocre, nous tenons à disposition de qui voudra un joli stock de carambars à déguster dans la cour des maternelles.

Deux nouveaux temps forts en deux expositions

Le Mai des Arts de Bayonne est un nouveau concept de parcours destiné à fédérer des initiatives artistiques  en différents lieux de la ville avec 2 points d’orgue forts en début et fin du mois. Du 4 au 22 mai, Sans Titre 2 organisé par Arcad (qui tient encore au secret les artistes participants) s’intègre dans un thématique très Donostia 2016 en proposant un regard croisé d’oeuvres de 8 artistes autour de la notion de Guerre et Paix, en résonance avec les deux expositions majeures qui se dérouleront en “in” sur le Musée Basque et le Didam, comme autant de variations sur ce vaste thème traité au Musée San Telmo. Installations, céramique, productions protéiformes, peintures, sculptures, gravures, dessins, photographies… Autant d’éléments créatifs scénographiés en un parcours subtil intitulé “Sous tension”, car la paix ne se vit que dans la fragilité, hélas! Boutique, visites guidées, animation nocturne le samedi et rencontres avec les artistes le dimanche rythmeront, comme l’an dernier en juillet, la riche proposition d’Arcad. Un mois de mai pétillant qui s’achèvera, du 20 au 22 mai, en Parcours d’Artistes et, le 21 mai, par la Nuit des Musées.

Autre nouveauté, de début novembre à la mi-janvier 2017, le Mois de la photographie. Epicentre de cette opération au Didam, avec l’exposition de 80 photos noir et blanc signées Lucien Clergue, figure ô combien emblématique de l’art photographique. Au programme de l’arlésien, décédé en 2014? “Tauromachie, sables, nus et gitans”. On sait combien l’artiste s’est nourri de ses amitiés, notamment avec Picasso, Cocteau, Manitas de Plata et autres Michel Tournier ou Saint John Perse. C’est tout cet univers flamboyant que nous retrouverons ici grâce à sa veuve et à sa fille, après une belle rétrospective au Grand Palais de Paris.

Cet événement rare en engendrera d’autres, sur d’autres sites de la ville. En contrepoint, Francis Marmande ( ami du photographe) et Pierre Vilar initieront un nouveau dispositif de rencontres, “Confluences”, début novembre, comme une suite logique d’une semaine “Hommage à Roland Barthes”.

Guerre et Paix dans tous leurs états

Du 17 juin au 6 octobre 2016, le Musée Sans Telmo propose, dans le cadre de Donostia 2016, “Phare de la Paix”, vaste programme auxquels se joignent quelque 21 musées européens, chacun déclinant son propre thème des représentations imaginaires et symboliques de la notion de paix. Un parcours au gré des guerres et paix qui ont profondément marqué l’hitoire de l’Espagne jusqu’à aujourd’hui. Transfrontalité oblige, la ville de Bayonne, associée à cette manifestation “In”, a choisi d’illustrer deux moments historiques forts, l’un scellant l’alliance entre la France et l’Espagne, l’autre, à l’inverse, annonçant un conflit majeur entre les deux pays. Deux expositions connexes présentées du 3 juin au 25 septembre 2016.

Première étude de cas au Musée basque et de l’histoire de Bayonne qui revit et revisite l’année 1660 sur le thème La paix des Pyrénées: Politique et famille, scénographiée par Velazquez, Le Brun et Rubens. Une promenade incisive, parfois caricaturale, dans les allées de pouvoir à l’occasion du mariage très politique de Louis XIV avec l’infante d’Espagne Marie-Thérèse. Une belle brochette de portraits où chaque camp s’évertuait, par la magnificence dérisoire de ses atours et de ses richesses, à imposer ses symboles de puissance et d’affrontements à venir!

Second instantané à l’aube d’une guerre dont l’Espagne gardera les meurtrissures, en témoigne le superbe “3 de Mayo” de Goya. ” 1808, abdication de Bayonne: Ornement et délit” se veut résolument contemporain sous l’égide de son commissaire Olivier Ribeton et de l’artiste paysagiste et photographe de Bilbao José Ramon Ais Larizgoitia. Délit? Pour évoquer le guet-apens tendu par Napoléon 1er à Bayonne, prélude à l’invasion de l’Espagne et à sa guerre d’indépendance. Ornement? Un sobriquet attribué à Joseph Bonaparte (grand créateur de jardins par la suite en Angleterre) pour bien signifier qu’il ne servait à rien si ce n’est de simple pion sur l’échiquier de son empereur de frère!

L’artiste a pris le parti de traiter cette période complexe à travers le végétal. Les jardins à l’anglaise – à la mode alors- narrent, en multiples tableaux et installations photographiques ou conceptuelles, le “Jardin de la guerre d’indépendance”, égrenant les noms des acteurs de ces abdications ou hommes de pouvoir de l’époque, qui donnèrent leur nom à des espèces végétales, fleurs et plantes,  par la suite. Etonnant! Un travail imaginatif novateur que le Didam proposera en contrepoint d’oeuvres d’autres artistes contemporains: Ian Hamilton Finlay, le collectif Agustin Parejo School, Miguel Brieva, Fédérico Guzman, Alberto Baraya et Alvaro Perdices.

Une exposition qui, on l’espère, devrait se compléter de visites possibles d’une partie du Chateau de Marracq, hélas en ruines mais aussi, pourquoi pas, du jardin botanique de la ville??

Jeu de balle...sans balle!

La dernière exposition de la saison, “Jeu de balle”, du 7 au 30 octobre, est estampillée FRAC Aquitaine, IMAGE/IMATGE Ortez, Ville de Bayonne et Donostia 2016. Mais elle ne laisse de nous laisser perplexe! En 2013, Frédéric Lefever à sillonné bien des contrées du Sud-Ouest et d’Espagne pour photographier quelque 220 frontons comme autant de symboles architecturaux d’un territoire et d’une culture. Une dizaine de grands clichés constituent aujourd’hui une exposition itinérante en Aquitaine qui se posera donc à l’automne en nos rivages ou berges.

En parallèle, un ouvrage, “Frontons. Variations sur les murs de pelote basque”, sortira aux Editions Confluences Frac Aquitaine. Certes, on retient de sa démarche la volonté de rechercher l’objectivité et la neutralité dans ses sujets, et pour cause! Mais on se prend à regretter que ces frontons-là ne s’animent guère, se bornant à présenter, en arrière plan, des paysages tout aussi déserts. Où donc sont les somptueux gestes des joueurs? Où donc la foule enflammée par les jeux et paris intervient-elle? Quelle dommage de ne livrer que des images, certes splendides au demeurant, mais trop statiques et sans vie, de ces monuments ancrés au coeur de l’âme basque ! On se prend donc, aussi, à espérer – les rumeurs courent vite ici!- une exposition en marge qui laisserait éclater toute la vie tonitruante des frontons, au coeur de la vie sociale de nombreux villages!…A suivre.

Nous ne manquerons pas de suivre ces ponctuations d’un quartier qui s’écrit chaque jour sur un livre en devenir…

www.bayonne.fr pour en savoir davantage. Pour mémoire, voir exposition Saura: http://www.magmozaik.com/les-fremissements-de-la-liberte/ et relire nos articles de référence: http://www.magmozaik.com/jose-antonio-sastiaga-labstraction-en-portees-musicales/http://www.magmozaik.com/variations-virtuoses-darcad/

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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