Coups de coeur

Published on juillet 14th, 2017 | by MagMozaik

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Une histoire d’amitié(s)

Qu’y a t-il de commun entre Nicolas Olano, transporteur frigorifique à la réussite européenne exemplaire de Saint de Luz et Mixel Courougnon, magnifique peintre basque aux douloureux engagements et à la libre parole insolente, depuis toujours, artiste de la transversalité et de la citoyenneté mondiale enracinée au coeur de son pays basque natal? Rien a priori penserez-vous, tant ces mondes restent hélas étanches. Rien si ce n’est une amitié profonde depuis l’enfance et une sensibilité à l’art dont peut, à juste titre, s’honorer l’entrepreneur. Rien si ce n’est cette attache viscérale aux vieux quartiers luziens historiques qui ont connu tant de tourments et de violences dans les années 70, ces années de braises, ces années de plomb. Aujourd’hui l’un sertit l’oeuvre de l’autre en une superbe galerie éponyme située en plein coeur de cette ville de corsaires dont ils sont, chacun à leur manière, les farouches fers de lance, non sans panache et impertinence.

Après bien des tempêtes de vie, des errances forcées qui meurtrissent l’âme, renforcent les convictions et brisent les corps rétifs à tout muselage des libertés de se dire et de se vivre, Mixel Courougnon, fort de plus de 40 000 oeuvres en 55 ans de carrière et de bien des créations éditoriales, chorégraphiques et poétiques, hurle  haut et fort son courage et ses cris pour réveiller un monde qui marche la tête à l’envers à force d’inhumanité et d’absurdité, voire de médiocrité, dans tous les pays dits civilisés. De Trump à Poutine, il se souvient des censures pas si lointaines qui l’exilèrent pour mieux se battre et exister sur une scène artistique ayant du sens, en rencontres uniques et précieuses, inoubliables. Une vie de tourbillons, de générosités, de créativité et hélas une vie passée à se faire voler ses oeuvres, piller et vilipender son parcours, mais sans jamais baisser le ton de sa voix prémonitoire de nos errances d’aujourd’hui avec une clairvoyance à laquelle cette galerie rend aujourd’hui justice. Un brin, fragile toutefois, de sérénité retrouvée – mais qui sait?- , libre de toute attache ou de toute compromission, il se bat aujourd’hui pour retrouver des tableaux que l’exil lui avait fait perdre, gardés sans vergogne par ceux restés au pays et faisant depuis profil bas, fortune faite! Une bonne partie se retrouve désormais sur les cimaises de sa galerie, appelée à exposer bien des oeuvres nouvelles et magistrales. Une sérénité aux accents féroces, emplis de colère mais non de rancoeur, qui s’insurge aussi en mots et maux vécus, à travers des ouvrages à paraître  ou déjà publiés depuis longtemps jusqu’en 2016, car il faut rester à chaque instant vigilant pour “écraser l’infâme” comme le disait si bien Voltaire, contre toutes les intolérances et les dictatures de tous ordres, de pensée ou d’Etat.

Tout de blanc vêtu et de passion animé– d’immense tendresse aussi pour les amis présents ou disparus trop tôt- il se tient là debout, plus droit dans ses espadrilles, blanches aussi, que jamais, toujours iconoclaste, à l’humour ravageur et si tendrement ironique qu’on aime tant!! Il fume? Oui et alors? Il est chez lui enfin, là, dans cette rue où il a vécu tant de tragédies nommées GAL. Dans cette ville de son enfance, de ses premiers émois, de ses premières étincelles créatives dans les sentiers surplombant cet impétueux océan qui vous prend aux tripes pour la vie! Il est là avec sa mère, cette âme basque qui l’habite, même si elle l’énerve parfois! Normal, c’est une mère basque, un brin espagnole, c’est tout dire! Et puis viennent tous ces artistes nouveaux, gourmands de son talent, de ses inspirations, de ses mots et sourires, ces passants curieux qui s’aventurent dans un univers d’une densité dont ils n’ont pas idée une seule seconde mais qu’il accueille avec la générosité et l’impétuosité qu’on lui connait. Un pas de porte qui rappelle à bien des gens oublieux, fussent-ils maires ou décideurs économiques ou politiques, de quel poids historique et créatif pèse l’héritage Courougnon, présent et encore à venir pendant de longues années, en termes d’image, de mémoire et de culture. Merci Monsieur Olano d’avoir permis une visibilité si longtemps refusée, car promouvoir de l’art ou de la culture participe souvent de calculs politiciens opportunistes et non du coeur ou d’élans identitaires forts mais à cacher parfois! Merci à vous de rester authentique en vous rappelant, comme Mixel Courougnon, d’où vous venez et d’où a surgi votre talent, droit dans vos bottes comme le fut notre artiste et qu’il paya cher sans abdiquer une seule seconde le respect de lui-même et de ses idées.

J’ai beaucoup écrit sur les oeuvres et les phrases acérées de Mixel sans qu’il soit besoin aujourd’hui de les rappeler, en moments de grande complicité que je ne partagerais pour tout l’or du monde- et pourtant nous en aurions besoin tous les deux!!. Aujourd’hui c’est cet homme fragile et puissant à la fois, d’une délicatesse et d’une culture infinies que je veux saluer. Cet homme en phase avec tout ce que en quoi je crois de droiture, de combats justes et de nécessaires énergies vitales critiques à ne jamais, jamais, oublier une seule seconde! Surtout maintenant! Cet homme toujours en alerte sur les bruissements du monde, d’un monde qui va mal, en mal d’hypocrisies et de mensonges ! En demande de vérités et d’authenticités, de vrais talents forts et de vrais amours pour l’humanité! Comprenne qui pourra…

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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2 Responses to Une histoire d’amitié(s)

  1. courougnon says:

    MAGNIFIQUE CATHERINE CLERC et je suis très, très ému de tant de mots beaux et vrais, mais j’ai décidé de rester sur terre et de ne pas avoir comme on le dit, le ” MELON “, dont je ne goûte pas le fruit ! mille merci Madame Clerc.

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