Vu dans la presse

Published on octobre 22nd, 2017 | by MagMozaik

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Une exposition coup de poing

Elles sont toutes deux dans l’incandescence et la flamboyance d’un Pays basque qui trace, définit, leur chemin et leur mémoire. l’une en paysages imaginés, presque fantasmés, ressentis en couleurs et lumières, végétaux, torrents et villages, et l’autre en visages douloureux, presque dérangeants dans leur lucidité abrupte ou leur réalités ingénues. Elles se sont un jour croisées, l’une venant de St Jean pied de Port, l’autre de Getaria. Depuis, elles exposent souvent ensemble. La crypte Sainte Eugénie les accueille du 14 octobre au 12 novembre.

Des parcours, des générations, des thèmes d’inspiration et des styles très différents que rien a priori ne semble rapprocher. Sauf que toutes deux ont su tisser entre elles un lien puissant de transgressions multiples qui structurent leurs démarches et cisèlent leurs oeuvres. Transgression des codes de représentation, des sujets même choisis en libertés de tons qui se jouent de la bienséance. Mais aussi des oeuvres qui définissent des imaginaires intérieurs qui revisitent des réalités avec force et souvent violence. L’une, Josette Dacosta, se nourrit de son Pays Basque pour s’inventer des paysages bien à elle, tels que sa sensibilité les voit, les sculpte, les pétrit en palettes vives, contrastées, mêlant huiles, pigments, matières organiques jusqu’à faire surgir sa propre géographie en lumières intenses qui chantent la couleur et la sensualité, en frontières dépassées, brisées. Ce n’est plus de l’abstraction mais ses réalités, ses vagabondages dans un espace qui bouleverse tous les codes et casse toutes les frontières, géographiques certes, mais pas que!!  Ses toiles respirent d’un souffle libératoire, jubilatoire en espaces qui n’appartiennent qu’à elle et dont le toucher vous renvoient à vos propres souvenirs en des fragrances de terre, d’humus, d’eau cristalline. Et c’est là toute la force de cette artiste que de vous entrainer dans un univers où vous ressentez vraiment les sons et les odeurs, les couleurs et les épaisseurs tumultueuses. Et pourtant rien ne la prédisposait à devenir artiste si ce n’est la nécessité toujours urgente de crier en couleurs toute une palette nuancée de sentiments.

L’allemande Barbara Stammel n’offre pas le même profil. Après des études de Beaux Arts à Munich, elle s’installe à Getaria dans les années 90. Ses visages, écorchés vifs, brûlants d’émotions sauvages, rugueuses, vous hypnotisent étrangement jusqu’à vous déranger mais aussi vous questionner. Visages dont les regards foudroyants, intenses, vous vrillent, vous interrogent presque au point que vous leur répondez: Mais que puis-je faire pour toi? Car ces visages là n’ont rien de portraits. Certains de ses amis l’ont inspirée parfois dans cette recherche de l’intime, en ces traits qui sont autant de miroirs de l’âme. Mais la plupart naissent de son imagination et de son propre questionnement sur la manière dont nous regardons les autres et dont eux-mêmes nous scrutent pour mieux extraire de nos intellects ces essentiels abrupts et crus qui nous dérangent. Ces enfants footballeurs, cette jeune femme, nous renvoient à nos propres tabous sur la différence, projetant en nous ces images, si pures qu’elles en deviennent cruelles, de personnes dont on palpe confusément sans oser le dire la trisomie. La vieillesse aussi peut déranger avec ces sommes plurielles et foisonnantes de vie que chaque ride grave, que chaque regard profond, souvent douloureux et paradoxalement apaisé (ou fataliste?) reflète, comme un assemblage tumultueux et hasardeux de tirages de négatifs photographiques résumant une vie… Des toiles tour à tour sombres en d’infinies nuances de blancs, de gris et de noirs, ou gorgées de couleurs brutales, incisives, comme les blessures de nos vies que nous portons finalement tous sur nos propres visages!

Une exposition qui remue les neurones comme une belle claque et ne vous laissera jamais indifférents. On adorera ou on rejettera mais c’est aussi à nous de nous interroger sur tant d’images subliminales qui nous cognent fort ou nous émeuvent de tant de douleurs.

« Trangressions », Crypte Sainte Eugénie: Josette Dacosta et Barbara Stammel.

www.biarritz.fr, entrée libre, de 14 à 18h00 sauf le mardi.

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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