Expos

Published on août 24th, 2017 | by MagMozaik

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Une comédie humaine animalière

Du 23 août au 1er octobre la Crypte Sainte Eugénie propose une insolite exposition, sous la houlette de Clara Djian et Nicolas Leto, leurs commissaires et en collaboration avec l’initiateur du concept, Philippe Djian, à l’invitation d’Alain Fourgeaux, directeur des Affaires Culturelles de Biarritz. Petite introspection de l’âme humaine un brin dévoilée par ruses artistiques à défaut d’être apprivoisée. Une balade singulière en forme de décryptage d’imaginaires pluriels.

En 2016, Philippe Djian décidait, en une exposition de paysages et d’animaux, d’explorer l’âme humaine sous l’angle de transpositions et d’extrapolations nés d’univers d’artistes multiples. Un parti pris insolite qui séduisit Alain Fourgeaux au point de chorégraphier ces visions dont le regard s’inscrit dans nos cultures chrétiennes, animistes, déistes et surtout en médiations animalières. Pari tenu et joli challenge relevé haut la main. Et si nous dénoncions un jour les travers des humains, leurs démons enfouis qui ne peuvent se dire en mots, leurs fragilités inavouables, leurs imaginaires indicibles, leur fusion étroite avec la nature et un monde animal réel ou en fantasmes ou fantasmagories, de ces animaux-là à créer pour expliquer toute la complexité de nos âmes, de nos joies, de nos noirceurs, de nos sensualité ébouriffées? De ces animaux-là à mettre en scène en variations métaphoriques plurielles, douces ou violentes, sensibles ou psychiquement décalées? De ces animaux-là, hybrides, qui intègrent, absorbent, subliment ou dégueulent l’humain dans ses folies, ses délires, ses spiritualités multiples, plus ou moins bien digérées, ses solitudes, ses passifs culturels ou ses peurs immémoriales? En d’infinies techniques productrices de volutes aquarellistes, d’huile, d’encres de Chine ou de pointillisme précis et virtuose, voilà tout un bestiaire humanoïde qui surgit ici, comme un miroir réinventé de ce que nous sommes, qui nous hante, nous éblouit ou nous effraie sans pouvoir l’exprimer autrement que par transpositions. Des univers qui nous habitent et que nous ne pouvons exprimer qu’à travers l’image que nous nous faisons de certains animaux, porteurs fictifs de sentiments, d’instants ou de symboliques que nous leur prêtons au gré de nos songes, de nos démons intérieurs ou de légendes anciennes. La licorne, les dragons, les chimères, les croisements entre homme et animal, les forces  spirituelles prêtées aux chats ou serpents, les réminiscences de fables animalières ou d’histoires de belles et de bêtes, autant de nouvelles espèces réinventées pour dire toute la complexité humaine, en bien ou en mal, en des représentations allégoriques, mouvantes selon les époques.

Toutes ces figurations-là, fort anciennes, sont aujourd’hui revisitées par les artistes présents, au fil de leurs cultures urbaines sombres ou de leurs densités africaines et asiatiques, luxuriantes et riches en images de fusions hommes/animaux. La religion, qu’elle soit chrétienne, déiste ou animiste y côtoie allègrement les thèmes sexuels, sensuels et érotiques à tout le moins, ou la folie. Second point commun à toutes ces oeuvres, le mouvement et le souffle puissant, liés à des formations artistiques issues de l’infographie, de la BD ou du graphisme subtil, entre autres. Une acuité créative en parfaite résonance avec les thèmes de décryptage de l’âme humaine choisis et magniquement sublimés en bestiaires étranges, parfois dérangeants, tels ces crânes de chimères d’où émergent sur fond de béton sombre, des bras humains, comme autant de signes d’anxiété. Mais que l’on ne se méprenne pas. Rien de sombre dans cet ensemble festif. Tantôt les animaux se font hommes dans leurs expressions humanisées, tantôt les hommes se font bêtes en pleine évolution, tantôt les animaux se croisent en symboliques de sentiments très humains.

Ils sont 26 artistes de tous horizons à avoir accepté le défi d’illustrer toutes les absurdités, les fragilités, les complexités humaines mais également toutes les conditions inhumaines de vivre sa vie en modes de pensées sombres ou modes d’existence froids,  à travers leur animalité plus ou moins affirmée, enfouie en des subconscients encore à écorcher et révéler, dans des méandres de souvenirs ou de cultures prégnantes, déterminantes, d’où d’évader. Tant de coups de coeur dans cette multitude d’expressions, de sensibilités, de talents! De la série héraldique aux symbolismes médiévaux forts et si chrétiens d’Année 15 à la toxicité apparente de Viriyah Edgar Karet en passant par l’exubérance de David Ortsman,  les finesses fluides d’Eudes Menichetti, de Barthélémy Toguo, la flamboyance de Stéphane Blanquet, la douceur délicate, subtile, de Julien Go ou Lionel Sabatté, la dérision espiègle de Gaëlle Hippolyte et Lina Hentgen, l’ironie animalière de Guillaume Pinard dont le léopard attablé vous projette son sourire narquois, la fresque somptueuse de Sindre Fois Skancke ou la BD tourmentée de David B. sur un thème très rosicrucien, tous nous entrainent, en noir et blanc, en couleur, en collages, encres, huiles ou aquarelles, en un tourbillon jubilatoire de variations de résonances entre l’homme et l’animal qui se tapit en lui en d’infinies déclinaisons. Le résultat de cette expérience inédite est insolent, impertinent, explosif, turbulent, étourdissant et incandescent à souhait! Il interpelle, il interroge, bouscule parfois nos certitudes mais ne laisse jamais indifférent. Et après tout n’est pas là le but de l’art que de bouger les repères de nos réalités à l’aune de nos imaginations? Chacun verra en ces oeuvres magistrales ce que sa part d’humanité ou d’animalité nourrit.

Les artistes? Année 15, Christian Aubrun, David B., Omar Ba, Blanquet, Matthew Couper, Horst Haack, Hippolyte Hengen, Sophie Gaucher, Julier Gloaguen, Viriyah Edgar Karet, Julien Langendorff, Eudes Menichetti, Hélène Muheim, David Ortsman, Gianpaolo Pagni, Stéphane Pencréac’h, Chloé Poizat, Guillaume Pinard, Lionel Sabbatté, Sindre Foss Skancke, Christine Sefolosha, Agnès B. Sollis, Barthélémy Togo, Eric Winarto et Anaïs Ysabaert.

Zoocryptage, tous les jours sauf les jours sauf le mardi de 14 à 19h00, entrée libre.

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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