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Published on décembre 4th, 2015 | by MagMozaik

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Une Belle, une Bête…La magie Malandain!

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L’Orchestre Symphonique d’Euskadi et le Malandain Ballet Biarritz conjuguent à  nouveau leur talent et leur virtuosité magiques, pour présenter sur scène, avec les 22 danseurs de la Compagnie, “La Belle et la Bête”, la dernière création de Thierry Malandain. Une adaptation du célèbre conte dont la grande richesse symbolique ne pouvait qu’inspirer le chorégraphe en de multiples lectures entrecroisées. Ce projet compte sur l’appui de la ligne Conversations de San Sebastian 2016. Sous la direction musicale d’Ainars Rubikis, le ballet “La Belle et la Bête”, créé sur une musique de Tchaïkovski et  interprété en” live” par l’Orchestre, enchantera l’Opéra Royal de Versailles les 11, 12 et 13 décembre. Mais avant, honneur à Biarritz qui découvrira cette somptueuse féérie les 5 et 8 Décembre. Puis, du 28 Janvier au 4 février 2016, il s’inscrira dans la Saison d’abonnement de l’Orchestre Symphonique d’Euskadi. En point d’orgue, dans le cadre de Donostia 2016, un fastueux bal se déroulera le 6 février au Teatro Victoria Eugenia! Révisez vos pas de danse! Nous avons eu le privilège de suivre la Générale le 4 décembre…Suivez nous dans la complexité des jeux de miroirs, reflets de tout et son contraire…

De subtiles lectures croisées

Le moins que l’on puisse dire est que ce conte -comme bien d’autres de cette époque d’ailleurs – reste une mine de réflexions et d’interprétations pour les psychanalistes et autres freudiens! des questionnements sur une certaine relativité de valeurs et de morale que Thierry Malandain transpose en gestuelles fines et dentelées sans rien éluder de toutes ces multiples lectures qui se complètent et se nourrissent les unes des autres souvent.

La strate la plus évidente s’articule autour de l’exclusion, du droit à la différence et du respect de l’autre qui surclassent la simple intrigue amoureuse. Un thème très actuel, axe majeur de Donostia 2016 (“Convivir”), que dépoussière efficacement le chorégraphe.

La seconde lecture, plus profonde, reprend la symbolique du voyage initiatique où la personnalité de la Belle va se construire autour de dualités de l’être, réunies, au fil des épreuves, en une harmonie des dichotomies (beauté/laideur, esprit/corps, masculin/féminin, clair/obscur, lunaire/solaire..) qui nous renvoient invariablement vers des normes sociétales codifiées de perfection physique. La bête est, en ce sens, une incarnation caricaturée de nos déchirements internes sur la définition de ce qu’est la beauté. Un véritable jeu de miroirs qui oscille sans cesse entre les deux extrêmes de l’être et du paraître, comme un bûcher incandescent des vanités humaines. Une lecture qui n’est pas sans évoquer, en filigrane, la dualité des artistes qui cherchent à réconcilier l’esprit et les sens, la Belle, en ce cas de figure, représentant l’âme humaine et la Bête, les instincts et la force qui sont en nous à l’inverse.

Enfin, dernière lecture, plus légère et sociétale, comme un reflet des comportements, conforme à une certaine morale chrétienne et très présente dans le contexte historique du conte: Une dimension qu’illustre à merveille le comportement des demi-soeurs de la Belle  et de son galant, si prompt à vouloir sauver la jeune fille de ce qu’il ne comprend pas mais aussi à vouloir s’enrichir! Les 7 péchés capitaux ne sont jamais guère loin en cette histoire flamboyante.

Une transposition magique et puissante

Le film de Jean Cocteau fut en son temps (1946) un admirable outil visuel pour mettre en valeur toutes ces dimensions croisées et complexes. Quoi de plus pertinent que de choisir un support capable, en décors, costumes et effets spéciaux étonnants pour l’époque, de restituer tous ces thèmes forts de la différence, de la beauté/laideur ou de la noirceur des âmes ignorantes et intolérantes? Et quelle meilleure manière aujourd’hui, en une dimension nouvelle, de revisiter ce conte à travers un art qui magnifie les corps avec une grâce lumineuse et virtuose? Rien ne pouvait sublimer davantage toutes ces problématiques qu’un ballet dont le langage passe par les corps et la grammaire par les partitions sublimes et fougueuses de Tchaikovski pour composer un subtil poème musical intemporel. Un musicien de génie, aussi complexe que le conte lui même, dont plusieurs oeuvres se mobilisent pour restituer tous les tourments de l’homme contre son destin! Une sensibilité slave et passionnée qui passe par des extraits de la Symphonie n°5, opus 64 ou la Symphonie n°6 en si mineur, opus 74, dite “pathétique”. Qui d’autre que le jeune chef virtuose de Riga Ainars Rubikis pouvait assurer la direction de l’Orchestre Symphonique d’Euskadi dont la puissance et le talent portent cette nouvelle création de Thierry Malandain?

Le ballet bénéficie, sur ses fonds baptismaux, de parrains pour le moins emblématiques. Il résulte de co-productions majeures qui présagent bien d’un large succès annoncé: Outre le CCN Malandain Ballet Biarritz, l’oeuvre chorégraphique est soutenue par l’Opéra Royal du Château de Versailles, la Biennale de la Danse de Lyon 2016, l’Opéra de Saint Etienne, le Ballet T (projet eurorégion basque) et, dans le cadre de Donostia 2016, le Teatro Victoria Eugenia.

Les 22 danseurs de la troupe participent à cette création avec, dans les rôles titres, Claire Lonchampt et Mickaël Conte. Jorge Gallardo signe les costumes et les décors et Francis Mannaert les lumières.

Enfin la Générale!

A portée de mains et d’oreille fine, l’orchestre d’Euskadi! Certes aucun musicien n’est en habit mais l’ambiance est recueillie et chaleureuse. Amis de musiciens, parents de danseurs, tous sont venus s’enivrer, en avant première, d’un ballet pour le moins subtil et néanmoins grandiose. Thierry Malandain arpente les allées, angoissé et prévenant, avec son sens légendaire de la perfection redoutant que rien ne soit parfait! Et pourtant… Pour les néophytes que nous sommes, la magie opère à l’heure où la ville bruisse encore de ses embouteillages quotidiens!

Nous sommes ailleurs… En une double dimension qui superpose le conte lui même et sa parabole de l’artiste incarné en danseurs qui illustrent le corps, l’esprit et l’animalité puissante. Arnaud Mahouy, Miyuki Kanei et Daniel Vizcayo enchevêtrent, en chorégraphies virtuoses, tous les éléments de cette complexité, comme une vision aérienne qui transpose l’histoire!

Tous les éléments symboliques du conte sont là: le miroir à travers l’élégance scintillante et gracieuse d’Hugo Layer..Le cheval blanc qui, comme des plans séquences à l’instar des rideaux qui animent et bougent la scène, nous fait passer du village au château féérique de la bête… La rose et Cupidon, tout de blanc vêtus.. Le gant et puis les habitants de la forêt ou du château qui en tourbillon de pas nous entrainent en des mondes imaginaires tourmentés…

Tous les éléments nous plongent dans cet univers à la Cocteau où les costumes et décors tiennent une place intense, tout en clair/obscur. Le père (Frederik Deberdt) chassé par la bête, les soeurs et les frères tellement cupides et puis…Et puis la Belle (Claire Lonchampt) dont on sent l’âme basculer de la peur à la tendresse en passant par la compassion…La Bête (sublime Mickaël Conte), torturé, qui passe de la bestialité à la délicatesse en mouvements déchirés et qui nous évoque tant un Otello d’Orson Welles avec son visage noirci…

Nul doute que ce nouvel opus sera un magnifique succès que la difficulté du thème sublime!

Le ballet se joue à guichets fermés les 5 et 8 décembre, Gare du Midi puis, les 11,12 et 13 à l’Opéra Royal du Château de Versailles

Pour plus d’infos: www.malandainballet.com

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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