Coups de coeur

Published on septembre 20th, 2015 | by MagMozaik

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Une bataille d’Hernani sans fin?

28 ans après sa création en 1987, le ballet ô combien iconoclaste et controversé de Vim Vandekeybus et Ultima Vez, ” What The Body Does Not Remember”, suscite toujours autant de réactions pour le moins partagées et entières. On déteste ou on adore! Sans porter un quelconque jugement sur un spectacle, dont le souffle violent et la haute technicité sauvage et terriblement puissante des danseurs, impressionne, il faut tout de même admettre que cette oeuvre a quelque peu vieilli. Non pas que sa chorégraphie rageuse, quasi charismatique et contestataire, ne fonctionne pas toujours autant, grâce à la grande virtuosité  physique des danseurs  et la mise en scène particulièrement efficace du créateur, mais le raz de marée qu’elle provoqua en son temps, en posant les bases d’une nouvelle manière plus libre et imaginative de danser, a perdu hélà bien de son sens et de sa force aujourd’hui, tant il est vrai que l’oeuvre, en véritable outil pionnier, défricheur de concepts inédits, ne correspond plus à notre époque.

Faut-il, pour autant , comme ce fut le cas ce soir, réserver un accueil démesuré dans les extrêmes pour un public radicalement partagé entre vivas et huées? Nous préférons porter sur ce spectacle, dont on ne saurait nier la grande virtuosité et la gestuelle frénétiquement agressive, un regard, distancié sur ce qui représenta, en son temps, une oeuvre révolutionnaire urgente et nécessaire. Sans doute, en 1987, aurions nous rejoint les rangs des défenseurs enthousiastes de cette manière radicale de s’attaquer aux fondamentaux de la danse, y compris dite moderne à ce moment là. Aujourd’hui, bien des chorégraphes géniaux sont nés de ce creuset fondateur. Ils ont développé de riches palettes nouvelles sachant évoluer au fil des années et Le Temps d’Aimer la Danse reste en ce sens essentielle, comme un reflet annuel de toutes les tendances chorégraphiques du monde entier, qu’il s’agisse de valeurs désormais sûres (mais émergentes en 1987) ou de jeunes talents qui, à leur tour, suscitent parfois des réactions contraires!  Ce soir, le spectacle avait, pour nous, valeur de témoignage historique, mais un témoignage de haute qualité, histoire de nous rappeler combien il fallut d’audaces pour bousculer les codes étriqués ou conventionnels de certains courants de l’époque, et ce, aussi bien en termes de ballet que de musique.



De fait, Ce ballet fut bel et bien, en 1987, novateur et précurseur de nouvelles manières de penser la danse et d’inventer des univers nourris aux sources de multiples disciplines. Au coeur de cette création: la violence, l’agressivité et le danger, oscillant entre désir, attraction et rejet , agression, confrontation des corps voire répulsion. Sur scène, les danseurs reproduisent un univers d’affrontement en crescendo, étonnamment rythmé, à perdre haleine, et savamment orchestré avec une précision des gestes et des pas quasi animale. Affrontement des corps, en duos ou en groupes, mais aussi agression des corps par les sonorités implacables et rugissantes, s’ingéniant à martyriser les corps comme si des volutes et trilles de notes venaient les flageller! Car, et c’est là le génie de cette création, la musique de Thierry De Mey et Peter Vermeersch se calque sur la chorégraphie. Dans toute l’oeuvre du chorégraphe, ce sera un principe toujours présent que de composer la partition au fur et à mesure de l”invention”  de chaque ballet. Autre innovation en son temps pionnière: Mobiliser et mettre au service de chaque pièce d’un  répertoire en construction, des outils créatifs diversifiés: multimédia, artistes de cirque, acteurs, musiciens… Tous, en particulier la musique, contribuent à part entière à chaque création. Ici, les accessoires participent de la chorégraphie dans leur nature même, notamment les  briques qui, dans leur maniement, prolongent et amplifient la gestuelle des danseurs. Ce qui, aujourd’hui, semble banal et entré dans les moeurs, était loin de faire l’unanimité voilà près de 30 ans!

Alors oui! Un tel spectacle a de quoi déconcerter plus d’un car justement la musique originale amplifie, tel un écho, le chaos de violence organisé voulu par le propos de cette oeuvre “coup de poing”. Un son brutal, agressif, souvent atonal mais qui sert et amplifie magnifiquement le thème radical du ballet. Alors que l’on apprécie ou non, il faut bien reconnaître que l’artiste a su inventer, et continue à explorer aujourd’hui, toutes les facettes et les incroyables possibles d’un nouveau langage chorégraphique pluridisciplinaire et très théâtral. En cela, il méritait bien cet hommage justifié à l’heure où le Festival fait aussi le point sur 25 ans de richesses, d’évolutions et de maturations de palettes et partitions chorégraphiques sans cesse plus larges et affinées.

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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