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Published on janvier 22nd, 2015 | by MagMozaik

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Un sanctuaire encore à vif

Il est des souvenirs douloureux qui ne s’effacent guère de génération en génération. Des blessures béantes qui ne se referment pas ou des illusions perdues que le temps rend encore plus amères. Le film de Canal Plus, Sanctuaire, diffusé début mars 2015, met le doigt sur une période charnière de notre territoire basque où tout a basculé: Une jeune démocratie socialiste espagnole de Felipe Gonzales, encore aux prises avec ses vieux démons franquistes ou son personnel toujours en place, un gouvernement socialiste français mitterrandien, en plein déni de ses idéaux pour virer à droite toute dans la realpolitik ou l’austérité, et un mouvement indépendantiste basque, ETA, qui sacrifie les nobles motivations de combat d’une génération à la violence assumée d’une jeune génération, entre 1983 et 1986. Prétexte à toutes ces trahisons, ces renoncements et idéaux sacrifiés sur l’autel des basses manoeuvres politiciennes ourdies dans l’ombre occulte des cabinets de pouvoir, à ce jeu de dupes et de manipulations qui laissent un goût amer dans l’histoire,  le GAL ( Groupes Antiterroristes de Libération), lancé, en mode mort sanglante,  sur le sol français, à la poursuite des militants basques réfugiés ici en un sanctuaire, pas si inviolable, pour de viles raisons de tactique politique, dépassant bien souvent, par ses enjeux, l’entendement des hommes et femmes impliqués dans ces tueries immondes.

Histoire d’une fiction ancrée dans une réalité tragique.

A l’origine de l’aventure – si l’on peut qualifier ainsi cette période sensible de l’histoire- l’idée d’une femme, Quitterie Duhurt-Gaussères, qui réussit à fédérer autour de son délicat et difficile projet Jimmy Desmarais et Barbara Letellier, producteurs, Xabi Molia, scénariste, Canal plus (Dominique Jubin) et Canal plus Espagne mais surtout un réalisateur belge, très sensible au sujet, Olivier Masset-Depasse. Canal plus? Une évidence, qui entre dans le cadre d’une série de fictions politiques initiée voilà dix ans pour passer au scalpel d’épineux sujets qui dérangent! Une diffusion programmée pour début mars, sans certitude de date en revanche pour la branche espagnole de la chaine, mais une présentation prévue dans de multiples festivals outre Bidassoa! Et puis un scénariste impliqué dès le début qui, au fil des témoignages recueillis et des recherches documentaires à su composer une partition à plusieurs mains avec beaucoup de pudeur et de sensibilité. Enfin, un réalisateur que la belgitude et certaines origines espagnoles ont permis une immersion totale dans un sujet où la domination d’une identité culturelle forte prend tout son sens, en parallèle avec l’opposition Wallons/Flamands. A partir du thème s’est ensuivi une longue période de préparation pour se documenter, cibler les archives JT de l’époque, pour quelques piqûres de rappel capables de plonger le spectateur dans la réalité, gagner une confiance de témoins propice aux confidences intimes et douloureuses, repérer les lieux de tournage, d’Hendaye à Itxassou, de Louhossoa à Arnaga, reconstituer les décors et costumes de l’époque, trouver le bon angle pour aborder la période du côté français mais surtout faire un casting juste qui intègre acteurs et figurants basques. Une démarche réfléchie, respectueuse du sujet traité et de longue haleine pour un résultat flamboyant et âpre à la fois.

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Juana Acosta, superbe “Yoyès”

La fin des illusions

Qu’on ne se méprenne pas! Sanctuaire n’est en rien une reconstitution historique mais une fiction poignante et humaine inspirée de faits réels. A travers deux personnages qui sont un condensé de multiples hommes (ou femmes) ayant existé réellement, Txomin, chef de la branche militaire d’ETA, et Grégoire Fortin, conseiller de l’Elysée, c’est l’histoire de deux hommes que tout oppose et qui, au delà de leurs différences, apprennent à se comprendre et à se respecter malgré toutes les trahisons et coups bas qui interviennent dans le dos de leurs idéaux poignardés. Deux hommes intègres, chacun à sa façon, qui frottent leurs convictions les unes contre les autres avec dignité mais que la réalité de manoeuvres politiciennes détruit et malmène à l’excès jusqu’à l’écoeurement au bout d’un dialogue impossible et pipeauté d’avance sur l’autel d’enjeux sordides qui les dépassent. Deux hommes finalement rattrapés par l’amertume d’un jeu de dupes dont ils sont les marionnettes manipulées dès le départ pour donner le change à des électeurs devenus sceptiques et grugés. Une approche réaliste où la complexité des jeux politiques s’empare froidement et cyniquement d’hommes et de femmes aux convictions et combats vidés de tout leur sens et dont le prétexte du GAL devient le révélateur, le catalyseur absurde, à la frontière ténue d’une martyrisation qui n’aurait jamais eu lieu d’être!

Une oeuvre sur l’art de la manipulation qui nous fait froid dans le dos et que nous vous invitons à voir de toute urgence sur Canal Plus en mars prochain!

Catherine CLERC,magmozaik64200@gmail.com

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