Festivals

Published on septembre 23rd, 2014 | by MagMozaik

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Un Mexique tant attendu sur nos rivages…

On se souvient en 2011 d’une année du Mexique que le Festival Biarritz Amérique Latine s’apprêtait à célébrer dans l’effervescence d’une très riche programmation et de festivités largement financée par ce pays partenaire. Les aleas politiques et camouflets diplomatiques en décidèrent autrement hélàs! L’organisation de l’événement fut contrainte, dans l’urgence, de trouver de nouveaux financements et, surtout, de remanier entièrement ses choix originels, toute communication entre les deux pays s’avèrant alors impossible. Aujourd’hui, pour sa 23ème édition, le Mexique revient en force avec des sélections officielles de très haute qualité, axées sur la comédie, une arme de critique sociale acérée très populaire en ce pays, et un feu d’artifice haut en couleurs de manifestations attractives. Symbole de cette amitié jamais oubliée? L’arbre de vie, fortement ancré dans la culture mexicaine, dont la graphiste Gwladys Esnault a voulu inscrire sa version dans les visuels du festival. Une édition qui fera date par les focus mis sur des icônes majeures de la culture méxicaine, ses rencontres littéraires rares, ses sélections cinématographiques de haut niveau, ses animations musicales au Village et son public très (trop?) nombreux et diversifié, à l’heure des réseaux sociaux.

20140923_110926(de G à D, Nicolas Azalbert, Lucile de calan, Jean Marie Dupont, Pdt Biarritz Festivals, Marc Bonduel, Délégué général et Jocelyne Castaignède, adjointe à la Culture de Biarritz)

Un festival dépassé par son incroyable succès

– Rançon inévitable de son excellence? La manifestation phare, avec le Temps d’Aimer la Danse, de l’automne biarrot, souffre aujourd’hui d’une capacité d’accueil qui ne peut plus absorber les festivaliers de plus en plus amoureux, qui n’hésitent pas à prendre une semaine de congés pour nourrir leurs passions latino-américaines! Certes, le Pays Basque partage des liens étroit avec un continent qui, en d’autres temps, accueillit ses émigrés et magmozaik est bien placée pour savoir à quel point la diaspora d’Argentine, du Chili, du Méxique et autres Uruguay manifeste sa soif de connaitre tout ce qui se passe ici! C’est dire combien ce festival, né d’une farouche volonté biarrote, compte dans notre paysage culturel. Mais s’il remporte tous les suffrages de notoriété en Amérique latine, il conquiert, d’année en année, via les réseaux sociaux, de nouveaux publics. En 2013, un tiers des visiteurs venait des environs immédiats (BAB), un tiers d’Aquitaine ou du grand sud ouest et un tiers de la France entière, confortant ainsi la dimension nationale désormais bien réelle de la manifestation. Mais plus encore! Facebook enregistre plus de 30% d’internautes de moins de 34 ans! Plaque tournante de rencontres, de partages et vitrine de découverte des cultures latino -américaines, tel se définissait le festival. Il semblerait donc que ces missions portent leurs fruits au delà de toute espérance! Après 33 000 entrées payantes l’an dernier et 4500 à 5000 scolaires sur une semaine, des préventes et abonnements qui s’annoncent d’ores et déjà supérieurs en 2014, le manque de places pose un sérieux problème en termes de normes sécuritaires. La solution à court terme? Etablir des partenariats avec les villes voisines pour délocaliser certains éléments du festival et accroitre ainsi ses capacités d’absorption! Ce sera déjà le cas cette année avec des avant-premières à Bayonne et Urrugne.

Le budget? relativement faible pour ce type de manifestation qui exige de multiples déplacements des organisateurs ou des réalisateurs, intervenants et invités entre les deux continents, contrairement à d’autres festivals plus économes en voyages lointains. 700 000 euros environ, dont une partie en nature, voilà l’enveloppe globale de l’événement, l’équivalent du Temps d’Aimer la Danse! Comme pour ce temps fort prestigieux, la ville s’implique fortement. Outre une subvention conséquente, elle offre ses infrastructures et ses moyens matériels. Le Festival bénéficie de biens d’autres aides d’organismes publics ou de sociétés privées locales que l’on ne peut, bien sûr tous citer ici mais qui figurent sur le catalogue remis à chaque visiteur. Il convient toutefois de signaler que chaque pays mis à l’honneur chaque année apporte une contribution conséquente à travers ses diverses structures officielles concernées ( IMCINE, ambassade du Mexique en France, Instituto Cultural de Mexico à Paris, Maison de l’Amérique Latine, ministères mexicains du Tourisme, de l’Education Publique, des Relations Extérieures etc…). Des aides ou labels essentiels que méritent amplement ces quelques journées riches de rencontres, de connaissances et de partages de tous ordres.

Une programmation exigeante

– Sur 350 films visionnés seuls 10 longs métrages, 10 courts et 12 reportages composent les sélections officielles sur des sujets très originaux. Un choix drastique qui exclut, pour la catégorie longs métrages, le Brésil, faute de propositions satisfaisantes. La sélection s’inscrit toutefois dans un contexte positif car pour la première fois le rapport de force entre cinéma des pays d’Amérique du Sud et cinéma hollywoodien s’inverse. Au box office, dans chaque pays, cette année ou l’an dernier, les plus gros succès populaires ont été des productions locales. Cela devrait inciter les grandes firmes US à regarder de plus près ce phénomène jusque là négligé, d’autant que l’omniprésence des distributeurs américains empêche souvent les spectateurs des pays latinos de voir les films d’autres pays voisins!!! Biarritz en cela joue son rôle, car bien des réalisateurs d’Amérique latine avouent qu’ici, au moins, ils peuvent voir des films d’autres pays de leur propre continent! Un comble tout de même!

   Photograph © Beowulf Sheehan www.beowulfsheehan.com(Atiq Rahimi)

– Autre rôle important assuré par le festival? Celui de découvreur et accompagnateur de talents nouveaux. Cette année, 3 premiers films figurent dans la programmation et 5 réalisateurs reviennent avec un 2ème ou 3ème film, après avoir été révélés ici même! Certains, primés pour leur court métrage, proposent aujourd’hui leur 1er long métrage. Un bel hommage à la crédibilité de l’événement en termes de références qualitatives.

– La grande surprise du festival émane de Laurent Cantet dont le “Retour à Itaque”, entièrement filmé à la Havane avec un scénariste et des acteurs cubains, intègre la sélection officielle. Nous ne manquerons pas de suivre cette projection très attendue.

– Enfin comment ne pas évoquer l’extraordinaire président du jury long métrage, Atiq Rahimi, afghan réfugié en France à l’âge de 20 ans, devenu romancier et cinéaste, dont Marc Bonduel, Délégué général du festival depuis 10 ans, vante la délicate séduction (très bel homme en effet!) et nous affirme qu’un déjeûner avec lui vous rend plus intelligent? Nous avons hâte de le rencontrer et de vous faire bénéficier d’un tel charisme. Il est entouré d’une autre personne, une femme en l’occurrence, dont nous reparlerons lors de cette semaine prochaine, Maria Kodama dont le métissage culturel ne peut que nous plaire (père japonais, mère alemano-espagnole, élevée en Argentine), qui fut l’épouse de José Luis Borgès pour lequel elle a créé en 1988 une Fondation Internationale en hommage.

– A noter- car ces sélections là constituent des promesses de talents à développer Aurélie Chesné, de France Télévision, présidente du jury courts métrages, et Hugues Le Paige, de la RTBF, à la tête du jury documentaires.

Focus sur la comédie et les icônes mexicaines !

– Trop souvent, l’Europe en festivals met l’accent sur des films mexicains où la violence complaisante occupe les écrans. Si cette dure réalité existe bien dans ce pays, comme dans bien d’autres actuellement, elle reste partielle et déformée. Le festival a décidé de privilégier une toute autre réalité, plus ludique, à travers un genre très prisé des mexicains eux mêmes, la comédie, fortement enracinée dans leur patrimoine cinématographique comme un art majeur, qui fonde son inspiration sur une critique caustique de la société, à l’instar, en son temps, d’un certain cinéma italien! Cette vision incisive plait au public mexicain qui, depuis bien des années, a su apprécier de grandes oeuvres, telles celles de Luis Bunuel. Un bel hommage est donc rendu, cette année, à ce cinéma là, qui apporte une dimension autrement plus riche, fine et subtile aux questionnements sociaux et politiques d’une société en pleine mutation.

Poet and Essayist Octavio Paz(Octavio Paz)

– Autre projecteur, et non des moindres, pointé sur celle qui incarna longtemps l’âme du Mexique sur les toiles du monde entier, Maria Felix, la Dona! Sublime et tumultueuse star, elle représenta pendant des années l’image d’un pays insolent et libre, refusant toujours de tourner à Hollywood et menant une vie sulfureuse. 3 films nous sont offerts à Biarritz, véritables joyaux à déguster avec respect et un grand “wouhaouuu”. Deux d’entre eux, Enamorada et El rapto sont signés Emilio fernandez , entre 1946 et 1954. Le troisième, La Fièvre monte à El Paso, porte haut et fort le talent de Luis Bunuel et le charisme d’un mythe français, Gérard Philippe, en 1959. Des merveilles que complètent un documentaire, Maria Felix l’insaisissable, réalisé en 2000 par Carmen Castillo, sur la vie d’un monstre sacré hors du commun passionné qui laisse dans son sillage quelque 47 films.

Les écrins du festival

– Agnès Jaoui en concert! C’est un événement à ne pas manquer. Pour son second album consacré aux passionarias du monde entier, cette grande actrice, qui fut aussi présidente de jury ici, nous offre la primeur de son premier concert à la gare du midi le mardi 30 à 21h00, succédant ainsi à l’immense Paco Ibanez l’an dernier. Le Quintet Official l’accompagne dans cette performance inédite.

– Le 30 septembre les rencontres de l’Institut des Hautes Etudes de l’Amérique Latine nous ramènent à la réalité d’un continent soumis aux durs enjeux de l’environnement, du développement durable, notamment à travers le tourisme, et de la protection des peuples indigènes. Entre conférences de spécialistes et projection du documentaire Comme des Lucioles, c’est à une plongée alarmante au coeur d’un continent dévasté et pillé que cette journée nous convie.  Abrupt, réaliste mais salutaire à n’en point douter! ( Village du Casino municipal)

– Plus de douceur au programme avec les rencontres littéraires en trois rendez vous forts, à 10h00 au Village. Des rendez vous placés sous la houlette de Jacques Aubergy, éditeur spécialisé en littérature latino-américaine, de Philippe Lefait animateur des Mots de Minuit sur France 2 et de Jean-Marie Lemogodeuc, créateur des rencontres universitaires et littéraires sur le festival de Biarritz. Le 1er octobre Patrick deville, grand connaisseur de l’Amérique Latine, vient nous présenter son romain mexicain Viva et sa trilogie équatorienne Sic Transit, qui s’annoncent comme des best sellers de la rentrée 2014. Le lendemain, un bel hommage à Octavio Paz avec Alberto Ruy-Sanchez et Atiq Rahimi qui sait combien cet auteur est important dans la culture persane. Un homme partagé entre écriture et carrière diplomatique qui cotoya les plus grands auteurs, notamment surréalistes, et obtint le prix Nobel en 1990. Une évocation ponctuée par la diffusion d’un court métrage de Claudio Isaac avec Octavio Paz, El Languaje de Los Arboles. Enfin, un monument de l’écriture argentine s’invitera le 3 octobre, Jorge Luis Borges, avec sa veuve, la splendide et talentueuse Maria Kodama qui évoquera cet insatiable voyageur, auteur de multiples nouvelles et essais grandioses.

portada(Jorge Luis Borges et Maria Kodama)

– Incontournable, l’exposition consacrée à Maria Felix en 50 photographies signées Hector Garcia qui suivent la star au fil de sa carrière et de sa vie. Un panorama d’émotions pures produit par l’IMCINE et présenté au Casino municipal. Notons, en marge, à la médiathèque, Les passagers du Vent: Artistes d’Haiti et de Cuba, exposition coproduite avec la Galerie des Corsaires de Bayonne et l’APAM.

Un village en musiques trépidantes et variées

Un espace gratuit bien sûr où chacun paie ses consommations toutefois. Mais un village très coloré qui accueille de nombreux artisans et associations d’ici et d’ailleurs. Si l’affiche place le festival sous la protection bénéfique de l’arbre de vie, naguère utilisé par les missionnaires pour évangéliser les populations indigènes et qui symbolisait le paradis, le village rend hommage à une seconde tradition phare du Mexique, les alebrijes, sortes d’oiseaux fantastiques et fantasmagoriques fabriqués, en multiples variations, par les artisans ou, en dimensions plus imposantes, collectionnés par l’élite, en versions plus luxueuses. Ces drôles de piafs seront présents au Casino où deux artisans de l’atelier Alebrijes Jimenez de Santa cruz créeront en direct de belles pièces de grande complexité mais aussi, entre la gare du midi et le village, grâce à d’insolites oiseaux issus de la collection personnelle de l’ambassadeur du Mexique en France. côté danses, comme d’habitude, tango, bachata, zumba et salsa de mise avec les associations Danza y Musica Sin Fronteras et A Lo Cubano, histoire de se dérouiller les jambes et de s’initier à la musique latino. Côté musique, en route pour le Mexique, le Brésil, l’Argentine, le Vénézuela et… le Pays Basque avec des groupes de haut niveau: Mariachi Corason, Tlalli, Roda Do Cavaco, Seleccion National de tango, El Hijo de la Cumbia, Family Atlantica et surtout, Damba dont nous avons déjà parlé lors du festival Black & Basque!

20140913_161801(Damba)

Le Festival accompagne Ramuntcho Matta

Depuis 2 ans, l’artiste pluridisciplinaire franco- chilien, fifs du grand peintre Matta, a créé en France à Lizières une résidence d’accueil où plasticiens ou musiciens peuvent développer leurs projets artistiques. Cette année le lieu s’ouvre à un jeune cinéaste qui sera sélectionné à Biarritz pendant le festival. Pendant un mois, le lauréat aura toute latitude pour mettre en oeuvre son projet, accompagné par Biarritz Amérique latine. Une belle initiative à suivre.

photoRamuntchoMatta-300x168(Ramuntcho Matta)

Nous suivrons pour vous, chaque jour, tous les événements du festival, qu’il s’agisse de cinéma, de rencontres littéraires ou de musiques. Un festival qui s’annonce, encore une fois, muy caliente, mais surtout de très haut niveau!

Pour toutes infos sur la programmation, les tarifs et les animations autour des projections, consulter le catalogue complet sur www.festivaldebiarritz.com

Catherine CLERC, contact@magmozaik.com

 

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