Coups de coeur

Published on février 10th, 2015 | by MagMozaik

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Un homme est mort…

Il est des coups de coeur ou de grisou qui ne laissent pas indifférents. Celui de Corine, dont on apprécie tant la passion mise au service du Royal de Biarritz, ne déroge pas à la règle! Emouvant, sensible, comme toujours, à fleur de peau et de mots, elle nous crie son humanisme et sa foi en l’homme dès lors qu’il se tient droit debout dans ses bottes avec dignité! Publier ce texte était une urgence pour nous! Merci à toi Corine d’être toi, tout simplement!
“Pendant que nous sommes parmi les hommes, pratiquons l’humanité.”(Sénèque)
 Un homme est mort …
 qui n’avait pour défense / Que ses bras ouverts à la vie / Un homme est mort qui n’avait d’autre route / Que celle où l’on hait les fusils / Un homme est mort qui continue la lutte / Contre la mort contre l’oubli / Car tout ce qu’il voulait / Nous le voulions aussi / Nous le voulons aujourd’hui / Que le bonheur soit la lumière / Au fond des yeux au fond du cœur / Et la justice sur la terre (Paul Eluard)
Des hommes sont morts, ici et ailleurs. L’humanité est-elle “une entreprise surhumaine” comme le fit dire Giraudoux à l’un de ses personnages ? Certains événements, certaines réactions entendues ici ou là, laissent sans voix…
Au milieu du brouhaha médiatique, au milieu des délires en tous genres, on cherche ses propres mots pour tenter de rester au plus juste de soi-même.
Et l’on sent qu’il faudra rester humble et que ce qu’on voudrait dire dépassera ce que l’on arrivera à formuler. Qui suis-je ? Charlie ? Un juif ? Tout être menacé, quel qu’il soit ?… Avant tout, je suis moi, tout petit dans la foule des hommes. Je suis un être humain responsable de mes actes. Face à la folie, quel sens auront mes actes et mes paroles ? Quelle concrétisation l’espoir auquel on aurait tous envie de croire, à travers des rassemblements divers, trouvera-t-il ? Certes la liberté que nous revendiquons, nous sentons bien qu’elle ne peut exister sans solidarité. Mais comment échapper aux faux-semblants et aux illusions, à la déculpabilisation à peu de frais ? Il ne suffit pas de brandir des pancartes. Et l’envie de dire : si “nous sommes des humains”, prouvons-le… L’humanité n’est pas un simple état, c’est une dignité à conquérir sur ce petit coin animal qui semble sommeiller en nous.
Ces mots auxquels nous tenons tant : “Liberté, Egalité, Fraternité” perdent souvent leur sens dans l’Histoire de l’humanité qui régresse sans cesse alors que tant de siècles auraient pu la faire grandir. Mais plus humblement encore, ont-ils tout leur sens dans nos histoires à nous, petites, que par passivité ou fatigue nous laissons envahir de paroles et de gestes qui peuvent tuer aussi, plus subrepticement, celui qui ne nous ressemble pas ou que nous ignorons. “Il est plus facile de professer en paroles un humanisme de bon aloi, que de rendre service à son voisin de palier.” (Henri Laborit). Et nous en avons conscience. Sans doute faut-il faire plus. Et nous souvenir que notre seule appartenance, notre seule nationalité véritable c’est l’humanité. C’est vrai qu’elle est parfois difficile à comprendre cette humanité qui au lieu de s’unir se déchire. Mais n’est-il pas essentiel de tenter d’y réfléchir malgré tout ? “Il faut accorder une part d’humanité à celui qui commet des choses terribles.” Ces mots d’Abderrahmane Sissako, le réalisateur de Timbuktu, peuvent nous faire frémir après la forte émotion ressentie. Pourtant, ce sont bien des hommes qui ont commis ces actes, des êtres qui comme nous tous, ont été des enfants. Que leur a-t-il manqué un jour ? Quel rouage insidieux les a-t-il emportés dans un processus monstrueux où s’oublient l’autre et la valeur de la vie ? Comment se met-on ainsi en marge de l’humain ? Le problème est sans doute complexe et trouve ses racines dans un passé plus ou moins récent et dans un espace plus large.
Pourtant, les valeurs existent qu’il faut encore clamer.
Il faut continuer ou dans certains cas recommencer à les faire vivre. Et face à la désespérance, ne pas s’avouer vaincus ou laminés par la peur. Ces valeurs, elles sont dans le quotidien des échanges, elles sont dans la transmission aux jeunes qui nous entourent, elles sont dans l’art. Les artistes aussi sont des prophètes qui “parlent au nom de…” au nom des hommes s’ils n’ont pas de Dieu. Qu’ils soient écrivains, peintres, dessinateurs ou cinéastes, ils expriment la nécessité d’être libres. Louise Michel l’écrivit si justement : “Je suis ambitieuse pour l’humanité ; moi je voudrais que tout le monde fût artiste, assez poète pour que la vanité humaine disparût.” La vanité qui si vite se transforme en violence, en désir de faire taire, de tuer. Au sens propre et figuré. Ignorer l’autre, qui appartient à la même humanité, qu’il soit musulman, chrétien, juif ou athée. Ce n’est pas un hasard si la parole plurielle de l’art est toujours une cible pour ceux qui veulent imposer un seul discours par la force. Et les autodafés perdurent… On se souvient de la phrase terrible prononcée par les nazis : “Lorsque j’entends parler de culture je sors mon revolver “.
Aujourd’hui encore des êtres humains brûlent des bibliothèques comme ils tuent les hommes. Il faut malgré tout continuer à écrire, dessiner ou filmer pour rester des hommes. Il faut continuer à se parler… et même à rire ensemble, à raffermir notre générosité, et notre humanisme, coûte que coûte.
 

Corine, Cinéma le Royal, Biarritz

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