Coups de coeur

Published on octobre 8th, 2016 | by MagMozaik

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Un festival des humanités

A peine 4 ans d’existence et déjà l’Hendaia Film Festival se hausse au niveau des plus grandes manifestations de courts métrages. Secret de sa réussite? Son positionnement, son parti pris d’humanisme et de solidarité, sa fougue créative et sa sincérité, son large spectre de programmation ouvert sur tous les métissages sans tabou, son ancrage en un territoire à la croisée de toutes les traversées humaines, de tous les partages culturels et linguistiques. Mais surtout, l’énergie d’un petit bout de femme, Angela Mejias, photographe sensible à la pointe de tous les combats humanistes pour mieux défendre sa culture, les cultures minoritaires du monde entier, sa langue, les langues minoritaires du monde entier, dénoncer toutes les dérives d’un monde déboussolé et promouvoir les talents de jeunes cinéastes en un format bref, incisif et cinglant qui autorise toutes les gifles magistrales et les poignantes, sensibles, fines ou abruptes prises de conscience citoyennes : Le court métrage. Du 13 au 15 octobre, la ville d’Hendaye, dont on connait les engagements sur toutes les formes intelligentes et audacieuses d’expression, accueille à Mendi Zolan et au mythique cinéma Les variétés, cette pépite d’exception culturelle aux souffles salutaires, frais et jubilatoires.

“Aujourd’hui ce n’est pas un édito que j’ai envie d’écrire. Non ! C’est un coup de gueule que j’ai envie de pousser ! Oui, un coup de gueule car, quand je vois ce monde détruit par des psychopathes, j’enrage ! On massacre toujours des innocents, on continue à affamer le peuple, on s’obstine à mettre à mettre à mort la planète ! Au nom de quoi ? de l’économie, de la politique, de dieu ? Et nos enfants ? Quel monde va-t-on leur laisser ? Un monde de haine où la Fraternité ne sera plus que chimère, où l’Egalité, une utopie et le pire…La Liberté, un vague souvenir ! Je ne veux pas y croire ! Je ne peux pas y croire ! La preuve en est que cette année nous avons réuni plus de 24 nationalités pour Hendaia Film Festival. Des hommes et des femmes dont les différences nous prouvent que la diversité est une richesse et non le contraire, que la peur n’existe que parce que l’ignorance en est la source et qu’au bout du compte…La haine est plus dure à porter que l’amour. A l’heure où l’ouverture d’esprit pourrait être malheureusement comparée à « une fracture du crâne », où la culture semble reléguée aux oubliettes, vous, n’oubliez pas que la culture est un droit et non un luxe.” Angela Mejias.

Un humanisme en résistance

Qu’ajouter à cette profession de foi qui clame haut et fort les ressorts fondamentaux de ce festival qui, avec un panache insolent, a su donner la parole libre aux minorités ethniques, linguistiques et sociales ? Qui a su ouvrir ses portes à la jeunesse, promesse d’une humanité plus consciente, plus tolérante, plus attentive à la complexité subtile et parfois douloureuse des autres ? Qui a su, l’espace de quelques jours trop brefs, mais intenses, concentrer toutes les forces de résistance aux tabous, aux censures, aux interdits, aux uniformisations globalisantes et appauvrissantes culturelles ? Qui a su tisser et ciseler de vastes champs de liberté d’expression entre de multiples peuples de toutes nationalités et propulser la culture basque en des circuits de diffusion dont devraient pouvoir bénéficier toutes les langues identitaires ? Qui a su, enfin, imaginer une bulle insensée de rencontres, de partages, de dialogues, d’univers nouveaux sur 3 jours dont la semence ravageuse s’épanouira lentement mais sûrement partout dans le monde ? Utopique ? Peut-être… ou pas, tant la force de vraies convictions s’enracine dans les esprits. Bousculé, dérangé, réveillé, dopé à l’humanisme, le public le sera certainement et de plus en plus chaque année en un passage en force qui bouleverse tous les codes étriqués des cultures dites dominantes et les modes d’intégration de manières inédites de vivre la culture, les cultures,  au quotidien avec fierté et gourmandise.

Une programmation riche de sens et plurielle

Aux manettes, l’association Begiradak (les regards en basque), initiatrice du Festival dont Eduardo Manet assure la présidence d’honneur commune, mais aussi une équipe mobilisée, passionnée que les mêmes convictions animent avec rigueur, créativité et convivialité. 35 courts métrages sélectionnés sur 796 de 1 à 18 minutes et présentés en 2 groupes de compétition, véritable spécificité du festival: la section internationale (30 courts) et la section Aquitaine Euskadi (5courts issus de la région Nouvelle Aquitaine et des Communautés autonomes du Pays Basque et de Navarre). Un large éventail de pays colore les sélections dont, outre la France, l’Espagne, le Portugal, la Serbie, la Russie, la Suisse, les Etats-Unis, l’Argentine, la Colombie, le Mexique ou l’Inde.

4 films ponctuent, hors compétition, la manifestation: 3 documentaires de 52 à 104 minutes et un court métrage. Le 13 à 15h30 les Variétés proposent « Otra pelea cubana contra los demonios…y el mar » docu du cubain Tupac Pinilla et à 19h30 le court métrage de Zuhair Fartahi « Dessin de l’âme ». Le 15 à 16h00, place au docu d’Eugène Green, « Faire la parole » qui souligne l’importance de la langue et de la parole dans la culture et l’identité basques. En clôture, à 20h00, Fermin Muguruza présente « Nola » où comment, à la Nouvelle Orléans, la musique a permis à une communauté dévastée par Katrina, de se reconstruire autour d’un symbole identitaire tout en rythmes et partitions emblématiques. Difficile de détailler toutes les oeuvres dont les thèmes abordent, en des visions impertinentes, absurdes, ludiques, poétiques ou abruptes,  des sujets aussi différents que l’exil volontaire ou non, la communication assistée par ordinateur, les diktats de vies quotidiennes  comme prisons de l’esprit, les angoisses de la solitude ou du désespoir dans la multitude indifférente qu’un grain de sable fait surgir, la difficile liberté des femmes, le sens de la justice ou des déviances passé au crible de multiples angles, le prisme des mémoires et du temps qui passe inexorablement, les destructions environnementales…

Aux manettes des jurys ? Des personnalités fortes aux parcours pluriels et pertinents, marqués du sceau de la liberté de se dire et de faire. La productrice française Dominique Attal préside la sélection internationale. Très attachée au cinéma indépendant sous toutes ses formes de fictions ou de documentaires, elle tisse son parcours sur la trame d’une ouverture au reflets sociétaux du monde et aux expressions artistiques de rue tels que le Street Art ou le Hiphop. Un parcours où le partage et la curiosité pour les métissages culturels novateurs apporteront une belle densité interrogative à ce jury. Elle s’entoure de l’artiste plasticienne  franco uruguayenne Margarita Saad, du poète, écrivain et journaliste péruvien José Rosas et du compositeur français François Tifiou. Côté Aquitaine Euskadi, Fermin Muguruza, artiste global, entraine dans son sillage multiforme la comédienne Cécile Alchuteguy, la réalisatrice Olatz Beobide et le réalisateur russe Anton Zolotov.

Pour chaque catégorie, 4 prix décernés: Le meilleur film, la meilleure interprète féminine, le meilleur interprète masculin et une mention spéciale du jury avec une nouveauté cette année, le prix UCMF de la meilleure musique de film et toujours le prix du meilleur scénario basque.

En marge du festival

Actualité oblige, le thème des migrations et de la tolérance investit tous les champs de la culture, entre autres,  qui, de festival en festival s’imprègne de ce douloureux sentiment de l’exil, de son ressenti et des questionnements dérangeants qu’il suscite en termes d’accueil, de tolérance et de compréhension de cultures déracinées. L’initiative du festival de sensibiliser les scolaires à l’approche humaniste de ces populations mouvantes et mouvementées en des souffrances et pudeurs indicibles prend ici, à Hendaye, tout son sens d’acceptation, de partage et d’intégration des différences. De la maternelle au collège, un programme jeune public évoquera tout ce que représente le fait de quitter son pays pour d’autres ailleurs aléatoires.

Rencontres et expositions viennent en contrepoints ludiques, artistiques, incisifs, mais néanmoins subtils, nourrir de leur substrat d’imaginaires et de notes ce festival où tout est possible. Un festival qui depuis 4 ans nous étonne par ses découvertes musicales aux énergies flamboyantes, jubilatoires!! En 2014 ce fut Khader en  une troublante réinvention de Brel. En 2015, l’incendie Exoset nous enflammait (En 2013, magmozaik n’existait pas encore!) . Cette année, le groupe basque Cumbiam’Bero, déjà remarqué au récent Festival Biarritz Amérique latine, nous entrainera en des contrées latinos festives aux âmes meurtries  et lasses de contextes politiques, sociaux et économiques gravés en des quotidiens difficiles que la musique permet d’oublier un instant en un vertige fulgurant de notes endiablées, comme autant d’actes de résistance et de liberté. La rencontre avec le public se focalisera sur toutes les étapes qu’exige la création de A à Z d’un film, sous quelque format que ce soit, de l’écriture à la diffusion en passant par les affres de la réalisation.

Mendi Zolan, formidable creuset artistique, se peint aux couleurs du festival à travers 3 expositions d’artistes en phase complète avec les propos et perspectives de l’événement. Guillaume Valle, alias Ouchini, natif de Biarritz, explore la réalité en abstractions, guidé un temps par le cubain Julio Matilla. Ses installations prendront à témoin les spectateurs sur ses créations à venir. Le photographe Julio Irisarri nous entraine dans un voyage rugueux et nostalgique sur les chemins de son enfance. Enfin, Philippe Herbet, photographe belge, esquisse en oeuvres diaphanes et lumineuses, quelques portraits romantiques des « filles de Tourguéniev », tout en épures volcaniques retenues.

Un festival que nous voyons grandir, s’étoffer, s’affiner d’année en année et que nous aurons un immense plaisir à suivre avec passion. Et un immense coup de coeur pour cette affiche qui, tout en mosaïques de graphismes et de photos somptueuses, émouvantes, d’année en année aussi fidélise un public enthousiaste. Voilà qui nous correspond bien!

Pour toutes informations sur les programmes, les tarifs, horaires et lieux: www.hendaiafilmfestival.com

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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