littérature

Published on mai 9th, 2016 | by MagMozaik

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Un écoulement de mots

Le titre pourrait définir à lui seul l’écoulement des mots dans ce roman. Car il s’agit bien d’un texte dont chaque phrase est un torrent de bonheur, un flux constant d’émotions. Des phrases qui enveloppent, tournoient, semblent se perdre avant de retomber parfaitement sur le fil narratif. Il faut un petit temps d’adaptation à la lecture de ce roman parce que cette langue est rare. La scène d’ouverture est là pour ça. Sublime, pleine de couleurs, de sons et d’odeurs. On reste sous le charme d’une très belle lecture même si l’écriture semble parfois un peu surchargée, freinant la progression de la lecture.

Anne-Marie Garat, romancière française, est née en 1946 à Bordeaux. Elle a obtenu le Prix Fémina et le Prix Renaudot des Lycéens pour son roman « Aden » en 1992 et le Prix Marguerite Audoux pour « Les Mal Famées » en 2000. Elle fut présidente de laMaison des écrivains et de la littérature de juin 2007 à juin 2009.

Depuis 1984, elle a publié 24 romans, dans lesquels les personnages féminins ont une importance très grande et une psychologie très fine. « La source » est parue en Août 2015 chez «Actes Sud ».

« Le roman est très contagieux. Vivace, coriace, tout neuf en son vieil âge ; si prodigieux dans ses ressources, si fécond et généreux. Cette machine à histoires est à ressorts inoxydables. C’est merveille d’emprunter les conventions du genre, les procédés éprouvés. La coïncidence, la rencontre, les secrets à tiroirs, intrigues et passions. Laisser venir à soi toutes les voix, les réminiscences et images, les emprunter et les nouer ensemble veut de l’énergie, un investissement monomaniaque de longue durée. Écrire un tel roman, c’est se faire le dépositaire d’autres livres, mais c’est aussi devenir, dans l’impulsion de l’écriture, son premier et propre lecteur : fomenter sa propre surprise de page en page, d’épisodes en chapitres. » déclare Anne-Marie Garat.

Que trouve-t-on sur les bords de cette source ?

Quel lien peut-il y avoir entre une maison à l’architecture extravagante, bâtie près d’un village de Franche-Comté, et une petite cabane nichée au fond des bois dans le Klondike, cette région du Grand Nord canadien qui fut un haut lieu de la ruée vers l’or ?

Pour le savoir, il faut se plonger sans retenue dans ce roman-fleuve sinueux où, sur un siècle, Anne-Marie Garat se joue du temps et de l’espace, entrelaçant le  destin de deux femmes que rien ne prédisposait à se rencontrer.

Venue au Mauduit pour entreprendre des recherches sur ce bourg de Franche-Comté pour ses étudiants en sociologie et pour en commencer une autre, intime, sur son père, la narratrice trouve à se loger chez Lottie une nonagénaire qui habite seule la grande maison de la famille Ardenne, à deux pas de la rivière La Flane. A l’heure de la veillée, chaque soir, l’intimidante vieille dame, entourée de ses fantômes et de ses objets reliés par des fils secrets, va entreprendre de lui conter l’histoire du domaine de cette famille où, au début du siècle, elle entra comme bonne d’enfant. Peu à peu, ce «conte de cruelle beauté » va faire son œuvre, tisser par-delà le temps d’étranges liens entre la récitante et son auditrice, éclairant sa quête jusqu’aux confins du Grand Nord.

Anne Marie Garat sait ralentir son pas quand la route est plus belle, puis accélérer quand il le faut, tel un cinéaste filmant camera au poing. Elle sait nous décrire cette nature aux couleurs changeantes du Printemps à l’Hiver. Elle parvient à nous faire entendre le chant de chaque oiseau, le moindre bruissement de feuilles et le flux tantôt léger tantôt fougueux de cette Flâne en contrebas de la maison Ardenne. Elle nous donne envie de ramasser des faines et nous les faire griller dans la cheminée où brûle doucement dans le feu une brassée d’ajoncs et de bruyère sèche. « La nuit sera longue et le plaisir, infini » murmure Lottie.

Cette Lottie est au centre d’un monde passé qui se désagrège, un monde peuplé de fantômes qu’elle seule l'”arpenteuse de pages”, la “randonneuse de rêves” est susceptible de ressusciter, témoin privilégié des drames de la famille Ardenne. La vieillesse approchant son terme, “il y a une joie sauvage à s’approprier une famille, à en retracer l’arbre, branches et racines, et à en façonner l’histoire, à s’inventer les commencements qui font défaut ». Avec une langue épaisse de mystères, tressée de souvenirs et de la parole des morts, le récit de Lottie longe les rives sombres de la Flane pour emprunter le chemin des contes. Il fait apercevoir une réalité autre, un peu floue, un peu brumeuse, une réalité parfois teintée d’imaginaire et mystérieuse de nature à exercer une étrange attraction sur le lecteur.

Dans ce roman où souvenirs et impressions se confondent dans un présent hanté par le passé, Anne-Marie Garat interroge la question de la mémoire, de la transmission, la puissance des fables que l’on hérite de génération en génération. Elle livre une magistrale réflexion sur la narration, la façon dont se transmettent les histoires et naissent les légendes dont se nourrissent les récits Les histoires de famille recélant des ondes secrètes que l’écriture de l’auteure ne manque pas de révéler.

Ce roman (378 pages) ne se dévore pas. Il se déguste et on y revient comme on remet ses pas dans un chemin que l’on aime emprunter.

Catherine BOSSER, magmozaik64200@gmail.com

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