Vu dans la presse

Published on août 5th, 2017 | by MagMozaik

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Un carré d’as d’exception

Ils sont trois, nourris de passions artistiques urbaines. Trois talents incandescents , exigeants et libres dont l’ambition est de hisser le « Post-Graffiti » au rang de courant artistique majeur ancré dans notre époque. Petite rencontre en mots, traits, couleurs et musiques conjugués.   

Il fut un temps où l’on n’avait de cesse de vilipender ces « vandales urbains » qui s’acharnaient à taguer et graffiter les murs de nos villes en des codes bien restrictifs néanmoins. A jeter l’opprobre sur ces fous dansants, adeptes d’une danse de jungle urbaine appelée Hiphop… Mais ça, c’était avant! Avant que l’on se s’aperçoive qu’à l’instar du surf, le courant « Post-Graffiti » traduit une vraie culture urbaine de génération, capable d’engendrer de magnifiques et authentiques artistes de l’extrême liberté créative et de tous les défis à relever en pluridisciplinarités et curiosités ardentes. Je me retrouve donc aujourd’hui en face de trois jeunes hommes les pieds bien sur Terre et droits dans leurs bottes dont l’impétueux talent n’a d’égal que leur immense culture artistique nourrie au creuset de l’histoire de l’art et d’une capacité à s’adapter à tous les médiums pour s’exprimer, qu’il s’agisse de murs, de toiles, de pages de livres, d’illustrations, de design, d’arketing ou de musique! Trois artistes de globalité bien pensée aux bases et expériences solides où enraciner leur virtuosité et leur style inimitable, en fresques et scénographies sublimes. Trois hommes qui composent à 6 mains 3 partitions communes pour en créer une 4ème qui a nom Anyway Studio! Ils viennent d’horizons différents, partagent des univers complémentaires qui se stimulent et s’enrichissent les uns des autres. Eux? C’est Michaël Eveno alias Grems, le nomade des urbanités, le rappeur citoyen du monde qui cisèle ces mots comme il peint ses oeuvres, en mode subtil, tribal, d’une finesse inouïe qui fait danser les traits et les couleurs de l’imaginaire. Sa flamboyance épurée nous renvoie à nos imaginaires de visages peints de fiers maoris. Eux, c’est aussi Stéphane Vignal, alias Opéra, à la croisée du cubisme et du constructivisme, aux influences suisses allemandes rigoureuses. Eux, c’est le biarrot Nicolas Masterson, alias Taroe, aux fines sensibilités de vitraux un brin sulfureux, aux sources mêmes de la vraie culture païenne et animiste basque, hanté par la sensualité féminine et la jungle urbaine tout en réalisme. Eux, c’est enfin le maillon fort sans lequel ne pourrait se développer l’aventure Anyway, Myriam Kanou qui sait à merveille orchestrer les projets du collectif et les gérer en multiples passerelles avec le monde de la musique dont elle vient et les partenaires institutionnels ou privés.

De leur rencontre est née, en 2015, “Anyway Studio”, structure autogérée qui n’admet aucune concession quant à sa liberté d’expression en quelques cartes blanches de directions artistiques non négociables, sur quelque projet que ce soit. Pas question pour eux de servir de faire valoir, de se plier aux exigences image ou marketing de financeurs  ou galeries récupérateurs d’un courant de plus en plus tendance. Rester authentiques et libres, tel est leur credo. Si leur parcours est différent, ils ont tous mené des expériences parallèles avant de se rencontrer et de faire de leurs univers et pratiques complémentaires, une force unique et identitaire, fusionnelle, où les egos n’ont pas leur place! Seule prime la créativité poussée à l’extrême, en toute liberté de ton et de traits somptueux mais aussi en expériences toujours nouvelles qui dopent leur talent. Galeristes, créateurs de projets, organisateurs de festivals… ils jouent sur toutes les cordes de leurs arcs en harmonie complète. S’ils fonctionnent en collectif, chacun d’eux garde ses propres projets et actions pour se positionner, en toute légitimité reconnue, sur le marché de l’art, au delà de tout effet de mode. Car ils les savent bien: Si leur liberté induit l’éphémère, ils savent aussi conserver les traces de leurs travaux en supports papier, tenues et bientôt livres, on l’espère??? Ils ont la conscience absolue, à juste titre, d’inventer un pan de l’histoire de l’art intimement lié à son époque en une recherche contemporaine de tous les possibles qu’autorisent les techniques et médiums d’aujourd’hui. Cela se traduit pour deux d’entre eux par la direction artistique d’un nouveau magazine des arts urbains contemporains, « Spezzo », pour un autre par la poursuite d’un festival parisien très ciblé graffiti « Top of the Bottom » et pour tous de solos shows, voire d’albums musique, un peu partout en France et dans le monde. Les bases? Bien sûr, les agences pubs, le design ou les galeries mais aussi et surtout le graffiti à dépasser pour se sublimer en créations dignes des plus grands maîtres avec force fresques, installations scénographiées mais aussi travaux sur toiles en galeries. Quand on parle culture viscéralement ancrée dans les démarches, on ne lésine pas sur les modes d’expression et les supports possibles où graver son talent. Des créations qui ne nourrissent aussi de mots, d’idées, de lectures, de paraboles subliminales comme cette oeuvre de Taroe sur les pauvres pêcheurs qui se joue des doubles sens.

Pour la deuxième année, ils se retrouvent à Biarritz pour cette idée folle de festival enfin concrétisée avec le soutien d’une ville respectueuse des exigences de liberté artistique d’Anyway et la participation, sur l’ancien Garage Honda de l’avenue Kennedy, d’une vingtaine de talents nationaux et internationaux, du 1er au 22 août, de 11h à 22h. Un chemin artistique bien pensé sur le thème, en bleu et blanc, de l’océan, ponctué de découvertes musicales et de visites guidées réservées aux enfants, ces créateurs en devenir. Colorama ça s’appelle, comme une partition spectrale de couleurs choisies pour un projet collectif à savourer par petites touches, en plusieurs fois sans nul doute, tant les détails importent et disent en filigrane les artistes présents.

A la question : comment finance-t-on de tels projets? fuse la réponse impertinente et un tantinet provocatrice de Grems: Par la drogue chère madame!! Plus sérieusement, voilà un dispositif d’autogestion qui ne ménage pas ses efforts. les artistes ont, bien sûr, d’autres sources plus lucratives de revenus qui leur permettent d’assumer cette belle expérience car avant de rentabiliser chaque opération, il faut avancer les fonds de création. Alors oui, l’entrée est payante de même que les consommations. Mais toute exposition qui sollicite les talents et beaucoup de travail, avant que ne revienne le boomerang de la notoriété, a son prix à la mesure de la virtuosité déployée et offerte à tous. N’hésitez pas à vous y aventurer pour déguster la bonne cuisine du Manhattan Hot Dog, vous désaltérer de quelques bières mais surtout vous enivrer de tant d’oeuvres stupéfiantes. Nous laisserons le mot de la fin  à Opéra: « Nous sommes comme trois chefs avec des spécialités très différentes, mais réunis autour d’un même plat pour créer une cuisine qui n’existe pas encore ».

Pour toutes informations: www.anywaystudio.com/fr/colorama-biarritz

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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