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Published on novembre 18th, 2017 | by MagMozaik

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Sous haute surveillance

Qui n’a jamais vécu sous la coupe d’un clan quelque peu pervers de chattes – bien plus exigeantes et retorses que des chats- ne peut imaginer la tyrannie qu’elles se pourlèchent à exercer sur nous autres pauvres humains.

Il me souvient d’une fausse pub inventée voilà bien des années par les Nuls, « Kiskas », fustigeant ces félins passant leur temps à boire du whisky, jouer au billard et fumer le cigare pendant que vous trimiez pour leur apporter pitance! Las ! J’ai découvert depuis que cette ironie mordante, miaulante et griffante n’avait rien d’une fiction horrifique! Voilà donc 10 ans, bientôt 11, que mes 4 demoiselles félines et séductrices à souhait me plient à tous leurs désirs en ronronnements enjôleurs mais très calculateurs. Vous me direz, je m’y suis habituée! Mais que nenni car voilà qu’au printemps nous rejoignait la plus futée d’entre toutes, Marquise, qui en quelques mois s’est efforcée de syndiquer et politiser ma petite meute vieillissante au nom de la liberté féline et du respect dû à leur rang de chattes de luxe. Certes quelques querelles intestines surgissent le soir quand il s’agit d’occuper un coin sur ou sous ma couette douillette ou de réclamer moult caresses en signes de soumission totale à leur bon vouloir. Mais toutes sont d’accord sur le fait d’épier mes moindres faits et gestes car leurs croquettes de luxe dépend de mon ardeur à gagner de quoi leur offrir ce mets de choix dont elle ne sauraient résolument pas se passer. Tout est bon pour me surveiller devant mon ordinateur, des fois que j’oublierais de bien travailler pour assurer leur pitance. Alors elles ont élaboré une fine stratégie bien orchestrée pour ne jamais me laisser de répit. L’une, la plus vive, aristocrate jusqu’au bout des moustaches, se prélasse sur l’imprimante en des attitudes de fausse désinvolture et des yeux à faire fondre un iceberg. Quand ladite machine se met en route, elle agrippe au passage quelques pages nonchalamment, histoire de vérifier qu’il s’agit bien là de travail et non de stupide frivolité humaine. Vous l’aurez compris, je parle de Marquise qui en quelques mois a su mater sa petite suite distinguée. La siamoise, Perlita, se perche sur le dos du fauteuil, en des regards faussement absents sur la fenêtre mais suivant néanmoins la pointe de la souris sur l’écran. La troisième, Malice, bonne patte, investit la table attenante pour mieux assurer l’encerclement. Quant aux deux dernières, Tigresse et Blacky, elle font semblant de dormir à l’entrée du séjour, confortablement et stratégiquement installées sur un coussin moelleux. Je bouge? Elles bougent genre « Mais où tu vas là ? Retourne bosser!! Parce que les croquettes, la dîme sur ce que tu manges toi en fruits, fromages et autres délices ou la litière à changer tous les deux jours, ça va pas tomber du ciel par miracle hein ? » Et du haut de son imprimante, Marquise jubile en souriant, laissant aux manantes le sale boulot de me tancer, me laissant dédaigneusement embrasser le bout de sa patte!! Et puis souvent, le soir, métier oblige, je sors en vernissages, spectacles et autres inaugurations. Au retour, elles sont là, telles des statues du Commandeur, le regard courroucé à me questionner à la porte d’entrée: « C’est à cette heure-ci que tu rentres? Le vernissage il était à 18h00 et il est 23H00! Tu attends quoi pour filer écrire ton papier, mmmm??? » Sans compter que vite fait bien fait elles m’ont confisqué toutes mes peluches , me mâchouillent mes chaussures ou me cassent verres ou bibelots qui après tout n’avaient rien à faire là où logiquement tout ceci se trouve en des maisons normales! « C’est de ta faute, si seulement tu nous ramenais des jouets à grelots, cela n’arriverait pas!! M’enfin, bientôt Noël et on compte sur toi pour nous offrir de belles boules scintillantes qui font tout plein de bruit assourdissant et se nichent sous les meubles où TU iras les rechercher sous peine d’une belle lacération des rideaux que tu aimes tant! » Tyranniques vous dis-je ! Un jour elles me confisqueront les clefs et je devrai dormir sur la paillasson le temps qu’elles consentent à pardonner mes quelques envies de vivre un peu ma vie, ailleurs, sans elles pour de brefs instants. Puis viendra le tour des clefs de voiture, de boite à lettres et de portail d’entrée, à moins que je n’appose ma petite griffe sur le pacte d’esclavage qu’elles me préparent dans l’ombre, j’en suis sûre!!

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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