Donostia 2016

Published on octobre 7th, 2016 | by MagMozaik

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Sistiaga: Une mémoire incisive et flamboyante

Grande figure fondatrice, avec Chillida, Oteiza et Basterretxea,  de Gaur, mouvement d’art abstrait d’avant-garde des années 60, né, à Donostia, d’une volonté de résister aux muselages franquistes pour lesquels l’art était une incongruité inutile et non productive, José Antonio Sistiaga a, au fil des années d’une dignité insensée, su vaincre, avec une créativité flamboyante, tous les obscurantismes castrateurs de cette période sombre. Après avoir inauguré en 2015 le DIDAM, sous les auspices de Jean-François Larralde, ardent défenseur et promoteur de tous ces sublimes talents artistiques basques, et de la Mairie de Bayonne, il s’est ensuite posé à Arnaga, plus serein, conscient et dynamique que jamais, pour une exposition incontournable dans le cadre de Donostia 2016. L’occasion alors pour nous d’un émouvant et subtil voyage au coeur d’un parcours unique où les arabesques musicales tumultueuses, les souvenirs et les engagements humains forts tiennent une place prépondérante. Un homme aux textures plurielles extra-ordinaires que les années effleurent à peine, tant reste vivace sa passion de la liberté, de raconter son univers et de s’exprimer au coeur des ombres, lourdes de sens, de son atelier de Saint Sébastien. Il recevait le 5 octobre, pour l’ensemble de son oeuvre picturale, expérimentale et pédagogique, le prix Gure Artea du gouvernement basque à l’Artium de Vitoria. 

Le Gouvernement basque consacre aujourd’hui un artiste global dans  son parcours, ses engagements, ses ancrages et choix artistiques dans l’instantané, le direct et la spontanéité de création. Un art du mouvement exigeant qui ne saurait se développer que sur grands formats et autres supports plus visuels. Sa technique impulsive des projections est indissociable de son expérience cinématographique, puisque, parallèlement, il explore bien des supports. Il peignit ainsi à l’encre sur des pellicules de film en 70mm X 3 pour un résultat étonnant de quelques minutes salué en 68, comme oeuvre avant-gardiste. 2 km ainsi conçus en 17 mois!  Henri Langlois, magicien de tous les possibles, lui conseillera alors de ne jamais mettre de musique sur ses oeuvres qui sont à elles seules des partitions musicales. Superbe intuition que nous ressentons aussi pleinement.

Sistiaga crée dans dans l’urgence impérieuse du mouvement et de l’instinct, en projections aléatoires et en quête incessante de lumineuses couleurs mélodieuses où chaque jet se fait phrasé musical impétueux et nerveux. Ses toiles respirent l’espace qui s’écoute en un silence assourdissant, où retentissent, se bousculent, les notes de Ravel ou de Pablo de Sarasate, comme des respirations musicales de sa vie, en souvenir d’un père meurtri par les miasmes de dictatures cinglantes. Des partitions chromatiques fougueuses et coléreuses où se télescopent les résistances contre ce qui, ceux qui, défigurent avec violence la liberté de se dire, de se vivre aux couleurs d’un Pays Basque ivre de pudeurs et de fiertés ombrageuses, silencieuses!

La musique? Elles s’inscrit au coeur de sa démarche sur des portées picturales qui insufflent le mouvement en ses tableaux sur des tempos que lui seul connait. Sa jeunesse fut imbibée de sonorités subtiles, ancrées dans l’âme de l’identité basque. Pablo de Sarasate envahissait, par ses notes impétueuses, la maison familiale. Mais peu doué, selon lui, il n’embrassa pas la carrière de virtuose. Ses enfants répareront par la suite cette vocation manquée en devenant, pour l’une pianiste, pour l’autre organiste. 

Découvrir des oeuvres magistrales dont les inspirations, lourdes de sens, vont de Ravel aux étoiles en passant par le livre des morts de l’Egypte antique, telle est l’urgence de ce prix lourd de sens.  De quoi nous séduire tant ces oeuvres nous plongent dans une respiration musicale, sur une portée dont les notes se feraient mouvements et couleurs projetés sur les toiles et dont lui seul invente les arpèges. Une épure de sonorités hurlantes de silence que viennent ponctuer, avec grâce et rugosité, des envolées picturales de jour et de nuit…Une atmosphère, on a dit atmosphère, qui nous entraine dans le sillage abrupt, puissant, de ses esquisses sensuelles au fusain sur papier de chair ou de ses fresques magistrales qu’Arnaga sublime en une exposition à voir absolument! Un oeuvre magistrale comme un cristal fragile de la mémoire, douloureux ou assagi au fil des années. Un homme merveilleux au regard de braise, de fougue inextinguible, de sensibilité aigüe, qu’il est rare de croiser en nos époques de mensonges et de normalités administratives absurdes. Un artiste qui continue, 5 jours sur 7, à peindre en son atelier quand les hommages à son génie pictural ne se bousculent pas trop!! Il vit aujourd’hui près de Saint jean de Luz, si proche de son cher Ravel! Un hasard ou une évidence?

A ses côtés, les deux jeunes artistes également distingués font bien pâle figure et détonnent, tant Sistiaga les éclipse, sans préjuger pour autant de leur créativité en devenir, en dépit de parcours internationaux, certes, mais d’envergures peut-être surestimées, tant il est vrai que le talent ne se mesure pas toujours à l’aulne clinquante de quelques prestigieux musées. Mabi Revuelta, artiste de Bilbao décline les abécédaires en sculptures et mouvements de danse. Maité Marinez de Areneza se voit davantage récompensée pour son action pédagogique et de diffusion des arts contemporains. Une soirée en présence de Jean-François Larralde, incontournable et talentueux expert de la création contemporaine basque.

Nous aurons, certes, l’occasion de nous attarder plus longuement sur ce magnifique musée d’art contemporain basque, l’Artium,  trop méconnu en nos rivages où seul brille pour d’aucuns le Guggenheim de Bilbao. Et pourtant en ces murs d’une architecture insolente, création de l’architecte José Luis Catón, s’opère une vraie fusion entre les oeuvres et la structure, à l’instar d’un Centre Pompidou. Le musée lui même se dresse en véritable oeuvre d’art contemporaine par un jeu de lumières incandescentes bleues et rouges comme un paquebot surgi en ces terres non océanes. Dans l’entrée principale trônent la grande céramique de Joan Miró et Llorens Artigas, et la sculpture monumentale un Pedazo de Cielo Cristalizado, de Javier Pérez. Un musée qui abrite aujourd’hui une collection permanente et accueille bien des artistes en temporaire.

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

Photos Mathieu CLERC

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