Politiques culturelles

Published on octobre 16th, 2017 | by MagMozaik

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Résurrection de vieilles dames insolentes

La Villa Beatrix Enea réouvre ses portes, et son parc somptueux après un lifting architectural que cette vieille dame méritait amplement en quelques 1 an et demi de travaux délicats. Une semaine plus tard, voilà que renait de ses cendres le Château de Baroja. De quoi s’interroger sur une ville qui nous donne des signes forts de belle politique culturelle et patrimoniale.

Malgré de beaux restes soigneusement entretenus depuis 1993, notre vieille dame Beatrix Enea, toute en pierres de Bidache, née à l’aube du XXième siècle, méritait bien un léger dépoussiérage et quelques aménagements, histoire de s’adapter à sa nouvelle vocation d’être l’écrin précieux d’expositions d’artistes contemporains d’excellence. et de services administratifs. Un espace rajeuni, réorganisé, en accord avec les ambitions de la ville de devenir, avec le théâtre Quintaou, le littoral et la galerie Pompidou, la référence régionale incontournable d’art contemporain, n’en déplaise à ses voisines!  Pôle unique, sans doute pas, eu égard à la proximité d’espaces de belle densité historique restaurée tels le Didam ou la Crypte Sainte Eugénie, mais en tous cas l’un des plus importants par l’excellence des artistes choisis qui en occuperont les cimaises et les volumes. A la barre un architecte qui a su fondre la modernisation indispensable de structures d’exposition dans un creuset historique immuable dont l’histoire fleure bon les années folles, et un parc où faune et essences subtiles s’accommodent fort bien de sculptures en harmonie avec le décor, au coeur même de la ville. Mais aussi, un homme de grande culture, respectueux du patrimoine de la ville et conscients des enjeux artistiques à venir, Jean Michel Barate, adjoint à la culture. Autre vieille dame rajeunie dans le respect de son identité architecturale et réaménagée pour mieux servir ses nouvelles fonctionnalités dotées de normes de sécurité et de déambulation dans les lieux publics adaptés à tous les âges et tous les handicaps.

Sauf que là, contrairement à sa voisine résolument relookée art contemporain, le pari était d’une envergure plus ample, eu égard à la superficie ( 2000 m2 sur 4 niveaux et 400m2 de parquets) à restaurer totalement de pied en cap et au style architectural bien différent des fringantes allures art déco de la Villa Beatrix Enea. Autre différence de taille: Si Beatrix Enea nécessitait, outre une modernisation des équipements d’accès et de fonctionnement, juste une nouvelle décoration et architecture intérieures identifiant mieux son rôle de centre artistique contemporain, Baroja, en dépit d’une façade somme toute bien préservée, devait se soumettre à une profonde et entière reconstruction intérieure, pour pallier une vétusté dangereuse, qui respecte néanmoins les structures fortes et boisées d’origine. Pour autant, ces deux bijoux patrimoniaux témoignent de la volonté forte d’Anglet de s’affirmer comme le fer de lance régional de la création d’art contemporain, de valoriser ses plus beaux fleurons historiques et de les intégrer à la vie quotidienne des familles, enfants, et plus largement, citoyens angloys. Un challenge qui plaçait, dès l’origine , la barre d’excellence culturelle et patrimoniale à des niveaux jamais atteints auparavant avec la gageure de faire de ces deux vielles dames en dentelles de pierres et de bois, les actrices fondamentales d’une ville en plein devenir. A volonté forte, à politique culturelle, environnementale et patrimoniale forte, moyens mobilisés en conséquence avec ce brin fou d’imagination de grands ordonnateurs capables de fondre l’histoire patrimoniale dans la modernité, ou inversement, tout en nuances respectueuses. Chaque édifice répond à des missions passionnantes et précises. Cela explique sans doute des partis pris de restauration bien différents d’un édifice à l’autre: Enfilade de salles d’animations et d’ateliers dotées des meilleurs outils pour la jeunesse tout en préservant la beauté originelle des boiseries d’un côté, choix de la luminosité et d’un look résolument moderne de l’autre avec boiseries repeintes en blanc de l’autre dont l’intérieur se fait à lui seul véritable oeuvre d’art contemporain.

Des dynamiques similaires président désormais à la nouvelle vie des deux édifices, les transformant en ruches de créativité où forger les talents et citoyens de demain. Passés tous deux entre les mains successives de grands bourgeois ou d’aristocrates autant éclairés que fortunés, chacun revendique un style spécifique lié à sa date de construction que rehaussent désormais des touches architecturales de modernité et de fonctionnalité,  à la symbolique néanmoins différente, car si Béatrix Enéa revendique le choix artistique de son auvent de verre, Baroja fait le choix, certes tout aussi artistique, de l’élégance et d’une fusion avec un splendide élément patrimonial, sans autre souci que celui de la fluidité de circulation. A Beatrix Enea le rôle majeur d’ accueillir les services de communication et de culture, l’exposition de 3 grandes expositions contemporaines par an mais aussi de proposer des résidences d’artistes, d’assurer la conservation d’une fabuleuse collection municipale de plus de 1000 oeuvres contemporaines en des conditions optimales et d’éditer des catalogues spécifiques labellisés Beatrix Enea, avec l’ambition de faire de l’espace un Centre d’Art Contemporain unique en notre territoire. De fait, ce vent de fraîcheur vient renforcer à point nommé l’intégration d’Anglet en multiples réseaux d’art contemporain reconnus à l’échelle régionale voire nationale.

A Baroja la mission de mettre en scène la créativité des enfants de la ville en espaces bien définis et moyens modernes, selon les tranches d’âges réparties en niveaux, de 6 à 13 ans, en 5 zones d’activités truffées d’espaces communs dont une salle multimédia et des salles zen, point fort du projet pédagogique fondé sur l’épanouissement et l’équilibre des enfants. Dans les deux cas, la rénovation a envahi l’ensemble des structures, des sous-sols, devenus lieux de réserve d’oeuvres ou ateliers d’inventivité, aux étages multiples passés au moule de la modernité de manière plus ou moins radicale! Béatrix Enéa se veut plus insolente que son homologue avec ses boiseries repeintes en blanc et ses accrochages d’oeuvres en multidimensions, parfois jusqu’aux plafonds! Baroja a su, en revanche préserver ses boiseries d’époque telles quelles ou recréées à partir de bois de mêmes tonalités. Si l’une est résolument d’avant-garde dans le droit fil de son histoire art déco, l’autre garde en elle des reflets d’un passé somptueux plus classique que les rires d’enfants peindront de mille couleurs en aménagements qui n’ont rien à envier à sa petite consoeur: Panneaux de verres émaillés de ronds de couleurs, verrières aux motifs circulaires adaptés aux lumières du jour et surtout codes couleurs pour chaque tranche d’âges concernée. Une même respiration, une même luminosité, un même dynamisme incandescent habitent les deux espaces sertis en écrins de verdure inchangés, embaumés de multiples essences.

Une histoire parallèle unit les deux petits joyaux rénovés. L’ainé? Le château de Baroja construit en 1876 et qui porte le nom de la famille du dernier propriétaire, Joachim de la Gandara y Navarro, marquis de Baroja. Un ensemble magnifique acheté en 1997 par la ville, avec ses dépendances des années 50, à la ville de Toulouse, pour en faire un centre de loisirs et un espace de culture aux Ecuries! La puinée? La villa Baroja , née en 1905, qui tire son nom de l’un de 6 enfants du dernier acquéreur, Beatriz, délicatement ourlé d’Enea qui signifie mienne en basque. Une bâtisse acquise en 1995 par le municipalité. Les deux monstres sacrés avaient, depuis lors, un grand besoin de dépoussiérage en conformité avec les normes actuelles de lieux publics et leurs vocations spécifiques très différentes les unes des autres, induisant des architectes forcément adaptés aux rôles assignés à chaque ensemble : Pierre-Jean Harte-Lasserre à raison de 900 000 euros pour Béatrix Enéa et le duo Jacques Leccia/François Garrouteigt pour 2,8 millions d’euros sur Baroja. Pour le Centre d’Art, il convenait un soupçon de provocation. Pour le château des papillons, un duo doux et subtil convenait davantage aux univers enfantins.

A cette occasion, chaque vénérable dame y va de son voyage impromptu et de sa signature inaugurale.  Beatrix Enea, tout en provocation, se permet un voyage délicieux au souffle maritime vers Vanuhatu, le temps d’accueillir en ses salles pimpantes baignées de lumière et ses parquets exceptionnels, tout en bois chaleureux, un artiste d’envergure internationale aux douces effluves océaniques modernes sur le thème de la culture surf, Gilles Barbier, pour une exposition « Word Wide Wave » conjuguant, étonnants tableaux, constructions et sculptures qui envahissent le rez de chaussée en tourbillons et tubes qui nous révèlent les fonds sous- marins à respecter, sur fond ludique de ces quelques attributs de surfeurs que sont les tongs et les chemises hawaïennes. A Baroja, le théâtre est de mise qui nous présente, en une visite scénographiée et ludique toutes les activités passées, présentes et à venir qui incendieront les lieux. Un chirurgien spécialiste de la réparation des vélos au sous sol, une gymnaste qui nous apprend l’art d’écouter les autres en rez de chaussée, une princesse des papillons qui finit par vaincre le tonnerre  et puis le zen pour se détendre, oublier son portable ou les rumeurs de la vie au premier étage et tout à l’avenant, dont de magnifiques et extravagantes robes créées avec Christophe Pavia et qui intègrent en détails étonnants toutes les activités proposées en ce centre de loisirs unique dont on imagine que la fréquentation déjà bien élevée va exploser radicalement!! Ces nouvelles structures l’autorisent aisément! … Une visite rafraichissante qui présage bien, grâce aux équipes de l’endroit et à Dominique Lambert  en particulier, de ce qu’imaginera ce château de tous les possibles!!! Pour 2018, d’autres travaux concerneront les espaces plus modernes pour 2,5 millions d’euros mais, en attendant, on espère vraiment que restera le chapiteau, seul volume ludique adapté en jauge aux spectacles, et que les Ecuries nous enchanteront encore et toujours de leurs vagues musicales du jeudi et autres concerts.

Pour tous renseignements sur les deux espaces et leurs activités: www.anglet.fr

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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