Coups de coeur

Published on août 15th, 2017 | by MagMozaik

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Remparts: Un tourbillon de vies

Depuis 2 ans, Bayonne, Pampelune et Fontarrabie développent de concert un vaste projet autour de leurs remparts respectifs, une richesse patrimoniale et historique dont le financement par le programme de coopération européenne interrégions, Poctefa, qui a nom Créacity, impose d’imaginer au coeur de ces murailles restaurées une véritable et dense vie culturelle et citoyenne en termes d’arts, de musiques, de découvertes et de gastronomies jumelées. Vie de remparts, remparts de vie? Nous venons d’en savourer le dernier cru exceptionnel.

Les 12 et 13 août, inscrits au coeur de multiples animations, deux événements phares investissaient les remparts et les casemates entre Porte d’Espagne et Tour de Sault, en une découverte colorée du Chemin de Ronde, revisité, avec fougue et créativité, par moult artistes, grands chefs locaux et produits authentiques du terroir: les Remp’Arts et Remp’Arts Gourmands, de 10 à 18, 19 ou 21h00 selon les jours. Un joli tourbillon des sens et arts multiples, entre regards avisés et saveurs subtiles à savourer ou humer, en promenades ponctuées de rencontres avec de multiples talents, d’initiations culinaires et de dégustations délicieuses. Et surtout, une manière intelligente de visiter quelques casemates d’anthologie qui, en des temps anciens, assurèrent la défense de la ville, mais aujourd’hui écrins de bien des penas d’excellence, telles Or Konpon ou Ttipi Ttapa, ou de quelques confréries alléchantes telle celle du jambon de Bayonne. Des casemates miroirs d’une histoire mouvementée qui ancrent aujourd’hui bien des animations culturelles sur ces ports d’attache de pierre autour de la ville, ouverts à ses voisines transfrontalières. Une obligation de programme dont on peut désormais affirmer qu’elle a été largement satisfaite voire sublimée d’année en année grâce à l’imagination débordante des acteurs culturels et associations de la cité qui sculptent avec brio et émotion le nouveau visage des remparts.

Les Remp’Arts, proposaient leur 5ème opus. Après 3 ans passés au pied des remparts Lachepaillet, quelque 67 artistes, peintres sculpteurs et photographes s’installaient pour la seconde fois sur le chemin de Ronde de la Tour de Sault, plus propice à supporter les humeurs intempestives de notre météo fantasque. On se souvient des bains de boue à la Poterne qui rendaient impraticables l’accès à ces créations plurielles. Perchée sur les remparts, la manifestation offre désormais, sur un site mieux protégé et goudronné, un magnifique panorama sur une belle diversité d’oeuvres dans un cadre architectural somptueux où s’aventurent quelques fumets d’Alain Darroze ou de Christophe Leborgne, de quoi s’enivrer de tout ce qui fait la beauté de notre territoire. Un événement désormais récurrent né des envies impétueuses de la Galerie des Corsaires, largement suivies et soutenues par la Ville de Bayonne, soucieuse de valoriser tous ces artistes locaux. Un événement qui s’enrichit, au fil des années, d’animations originales, de la fresque collective aux ateliers enfants/adultes et au Body Painting sous la houlette d’Agnès Lacombe, cet incandescent et délicat trublion créatif en mode pirate! Une organisation impeccable, à l’écoute des exposants et un dévouement créatif de tous les instants des membres des Corsaires à saluer encore une fois! Côté cour? Une belle vitrine de toute la diversité de notre territoire en une mosaïque chatoyante de peintures, sculptures et photographies. Des regards et univers entrecroisés dont nous avons dégusté toute la richesse et les explorations. Les prix? Personne n’y songe! Seuls importent ici les échanges avec le public, la convivialité et la stimulation entre exposants dont la créativité se nourrit de cette juxtaposition nécessaire. Pas vendre forcément sur place, mais enclencher quelques envies qui se concrétiseront (ou pas) à plus ou moins long terme car, oui, il faut du temps pour s’approprier une oeuvre d’art, la caresser du regard ou du bout des doigts et, au fil de la promenade, se constituer dans un coin de mémoire, sa galerie personnelle idéale. Bien sûr, les créations originales sont à privilégier mais eu égard à la précarité et la volativité du marché de l’art sous l’influence de modes éphémères ou de cotes plus ou moins bien évaluées, on ne saurait trop conseiller aux artistes – quand la discipline s’y prête – d’imaginer de multiples déclinaisons de leurs oeuvres, plus abordables en termes financiers. Un minimum de souplesse en somme pour mieux séduire et convaincre les acquéreurs potentiels. Nonobstant les difficultés au quotidien, nous remarquons avec plaisir que les cadences de création ne s’essoufflent guère, bien au contraire et nous avons découvert bien des nouvelles orientations, bien des nouvelles séries, bien des nouvelles inventivités, signes d’un dynamisme toujours en éveil. D’une année à l’autre, les artistes se fidélisent mais mais leurs propositions se renouvellent amplement en présentations qui prennent aussi en compte un itinéraire global et des oeuvres déjà connues. 

Côté jardin? Bien sûr, au sens propre, les sculpteurs ancrés sur l’espace central herbacé. Au sens plus large, les animations intelligemment conçues se sont faites catalyseurs de performances étonnantes et ludiques, la vivacité créative des artistes incitant bien des enfants à investir les immenses pages blanches où inscrire leurs rêves au chapitre 2017, les ateliers fusionnant, en une fraîche et délicate harmonie, avec les séances de body painting dont l’atmosphère se modulait au gré des modèles et des envies de créateurs. Une effervescence saisie au vol le dimanche 13 en un feu d’artifice de couleurs et de rires qui n’ont cependant pas perturbé Andréa Bernardini, concentré sur la réalisation d’une fresque au symbolisme fort et aux puissantes teintes fauves. Aux pinceaux et aux doigts, faits prolongements de créativité, Agnès , Claude , Julia et Vincent, tous inspirés par ces oeuvres d’art naturelles que sont aussi les corps, se prêtant, pour certains, au jeu de rôle entre peintre et modèle. Un joli coup de coeur pour le recto-verso d’Agnès Lacombe, projeté, en volutes colorées que les mouvements du corps animent, sur le magnifique photographe Jean-Michel Degrange, mais aussi le serpent de toutes les tentations réalisé par Julia sur le corps de Vincent Tessier dont on passera sous silence, pour bien des raisons, la tenue vestimentaire, certes minimaliste, mais néanmoins très provocatrice avec fausse ingénuité. Et puis, entre temps, sur les deux jours, artistes, enfants et adultes se lâchaient en impulsions jubilatoires sur les pages blanches …Petit aperçu en images! Attention certaines pourraient choquer des regards non avertis!

Les prix décernés – car il convient aussi d’en parler ? Un prix Photographie décerné ) Cédric Ortiz pour ses insolites vues de Bayonne sous la pluie en palettes sensibles de noir et de blanc, un prix peinture remporté à juste titre par Thierry de Marichalar pour ses aquarelles subtiles et magistrales dans le traitement diaphane de la lumière diffractée par l’air ou l’eau. Une très belle découverte en nuances et mouvements juste devinés, esquissés avec infiniment de pudeur et surtout un autodidacte dont l’univers de transparence vibrante s’appuie sur une technique parfaitement maîtrisée au service d’un indéniable et immense talent. Côté sculptures, l’insolite un brin loufoque s’impose avec Bernard Brochard. La ville a distingué Tidey Gall, le public couronnant le travail d’Eljo. Ce ne sont bien sûr pas nos choix mais un palmarès en ce domaine ne laisse aucune place à l’objectivité tant il reflète les visions de l’art des membres du jury, domaine où tout se mesure à l’aune de la sensibilité et de l’appropriation très personnelle des oeuvres. Peut-être, en ce genre de décisions, faudrait-il ajouter des critères plus affinés et complexes tels que la créativité productive, le nombre d’expositions réalisées en oeuvres toujours nouvelles ou la capacité de vente de chaque artiste. On serait alors surpris du résultat! Un palmarès d’acheteurs ou de collectionneurs diffèrerait aussi sensiblement! Et peut-être qu’intégrer des journalistes ou commissaires d’exposition au jury offrirait un regard plus global, réaliste et distancié sur l’appréciation des oeuvres ou créateurs récompensés. 

Côté papilles, les saveurs virevoltaient! Outre les penas nichées dans les casemates, en sous sol place d’Espagne ou en hauteur aux franges du chemin de ronde, bien des producteurs  proposaient leurs petits joyaux territoriaux où s’insinuaient des jeux de bois pour les enfants. Gâteau basque de Bixente Marichular, miel, glaces à la plancha, jus de fruits et gazpachos bios…. De quoi nourrir vos envies les plus délicates. Alain Darroze officiait, comme de coutume, à Ttipi Ttapa pour nous régaler de ses virtuosités et inventions, Pimençon en tête,  tandis qu’à quelques encablures, Pena Besteak, Christophe Leborgne nous invitait à partager les expériences culinaires de grands chefs du pays basque en  ateliers gustatifs.

Mais tout le mois d’août s’enchainent les animations sur les différentes sites historiques et fortifiés. Des visites guidées, bien sûr, classiques ou insolites voire ludiques en jeux de piste, découvertes de cages d’escaliers magnifiques, ballades au crépuscule, parcours au coeur de la cathédrale Sainte Marie, sans oublier le spectacle de la Cie Jour de Fête, « L’invisible de la ville », en une déambulation teintée d’humour et de beaucoup d’émotion!  Des rencontres gastronomiques également autour du chocolat, fleuron historique de Bayonne depuis le XVIIème siècle, sans compter de multiples concerts en différents registres musicaux. Les idées fourmillent de fait qu’un petit dépliant complet vous permet de sélectionner, disponible à l’Office de Tourisme notamment. De belles promenades à travers une cité qui vous ouvre les portes, au hasard des quartiers, de bien des édifices, musées remarquables, riches en expositions, du Didam au Musée basque et d’histoire de Bayonne, et remparts que cette vie artistique, culturelle et gastronomique en ses murs permet de rénover, du Bastion Royal à la Poterne en passant par le Chemin de Ronde, sans pour autant oublier les terrasses de café qui chaque soir résonnent de mille notes en volutes changeantes.

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

Photos Mathieu CLERC, video Philippe SIRET

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