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Published on novembre 28th, 2016 | by MagMozaik

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Regards de femmes

Deux jeunes femmes, deux parcours, deux déclics qui vous font basculer vers une passion pour l’image, pour l’émotion, pour l’humain en mode tendresse et humour…Deux regards fins, féminins, terriblement actuels, aux franges d’imaginaires poétiques, sensibles, sur la pointe des pieds de deux objectifs. Carine Ferrières, « smartphotographe », monte monte ! Valentine Khadhar, « Street Art photographe », saisit sur le vif de ses rencontres, de New York à Biarritz, d’étonnants personnages en situations burlesques. L’une et l’autre se posent en décembre dans la cité d’Eugénie de Montijo, au Colisée et à la Médiathèque… Petite balade en instantanés .

Carine Ferrières manie, chose étonnante, le smartphone avec l’oeil esthète des plus grands photographes. Elle signe de son regard d’artiste des instantanés mûrement pensés et scénographiés, jouant de contrastes entre matières rugueuses, éclairages réhabillés avec subtilité d’ombres, lumières et teintes pastel, et angles de vues précisément, délicatement, architecturés en un magie du moment furtif, éphémère. Mais contrairement à ce que pourraient laisser imaginer de son art ses oeuvres, elle ne manipule pas un attirail complexe d’appareils sophistiqués avec téléobjectifs et autres détails techniques dernier cri. Non ! Juste un smart-phone aux applications souples et bien étudiées qui se plient à sa réactivité et sa sensibilité. Avant de pouvoir saisir LA photo, elle l’a déjà en tête, bien imaginée et construite dans l’espace par un regard d’une acuité incroyable, telle cette Tour Eiffel surprise au ras du sol ou ce Pont des Arts dont la rugosité des bancs et la nudité des grilles exemptes de cadenas amoureux mettent l’accent sur un ciel somptueux de luminosité diaphane en une solitude chargée d’émotion brute et fugace.

Car jamais cette virtuose, dernier grand prix des Remp’Arts, ne vous livrera une photographie telle quelle. Outre le point de vue très particulier et l’oeil qui sait d’instinct quoi s’approprier et comment, l’instant saisi au vol subit quelques modifications qui lui apporteront toute sa charge émotionnelle, véritable signature de la jeune femme, en équilibres et symétries dont l’apparente froideur bien léchée laisse surgir une vague sensuelle de présences humaines en filigrane, comme des traces d’histoires vécues là, telles ces eaux d’Hossegor dont les remous cachent le sillage d’un bateau, semant derrière lui des nuages effilochés, comme accrochés aux reliefs de la côte… Horizons incertains où l’océan fusionne en volutes tourmentées avec le ciel. De Bilbao aux magnifiques architectures revisitées par son objectif à celles, insolites, presque incongrues, en télescopages d’époques, de Paris ou la Défense, du Pont des Arts au Sacré Coeur, vibrant d’une aura de tumultes passés, toute un intensité de vie jaillit de ses photographies… Un talent ciselé en dentelles de détails à suivre de toute évidence dans cet univers où l’urbain et les espaces solitaires dialoguent étrangement. Dès le 5 décembre elle nous entraine en République Dominicaine au Colisée pour d’ébouriffantes découvertes..

Valentine Khadhar tisse bien des passerelles entre New York, Paris et Biarritz, ville d’ancrage familial. Dans la frénésie urbaine new yorkaise, elle s’est forgé un regard mutin, burlesque tout en finesse, délicatesse et humour, ciselant son objectif en mode street art qui sait être là au bon moment pour LA photo chargée d’émotions, de bribes de vies ! Elle conjugue passants anonymes et décors avec une virtuosité que le hasard lui offre en écrin, se jouant de situations absurdes, incongrues, pour en révéler toute la poésie et la fragilité humaine, si douce à capter en cet univers urbain. Dans le métro, cet homme s’arrête brusquement pour composer un numéro. Mais à ses côtés, incrusté sur le mur, jaillit un homme de peinture qui happe en quelques secondes le numéro de la personne appelée.. Ailleurs, dans la rue, un autre se fait caresser doucement par un mannequin délicat en devanture d’un magasin…Instants furtifs d’infinies douceurs, comme une parenthèse dans une ville bruissante de vies si diverses, si fugitives.. Une monstrueuse métropole si saturée d’émotions qu’elle ne les regarde plus mais qu’un simple regard met en pause, juste le temps de composer d’amusants tableaux où les humains sculptent quelques apparentements terribles avec les panneaux publicitaires, tel ce merveilleux couple couronné d’un avocat coupé en deux parties qui en deviennent d’irrésistibles oreilles de lapin ou cet homme surgi d’entre deux jambes virtuelles de femme. La ville mais aussi l’océan, celui d’une cité de l’enfance. Valentine passait ses étés à Biarritz sur des plages kidnappée par maints touristes dont elle restitue aujourd’hui toute la tendre absurdité en des postures finalement très mises en scène, quoiqu’impromptues ! Sur transparences océanes, un genou jaillit non loin d’une brochette de dames qu’admire, non sans une certaine perplexité, un vieil homme, se demandant sans doute laquelle sera la mieux rotie au soleil.

Un joli regard neuf, presque ingénu et jamais critique mais dont l’angle se fait impertinent par ces instants loufoques volés à des quotidiens que nous ne savons plus voir par habitude, par lassitude peut-être. Deux photographes qui nous réapprennent à voir, à aiguiser nos regards, non pour juger ou dénoncer mais pour retrouver le goût de l’humanité avec tous ses délires, petites absurdités et histoires si humaines finalement!! On ne peut hélas tout vous montrer ici! Notre belle Semaine n’y suffirait pas alors allez les voir, dégustez leurs oeuvres, savourez leurs poésies et leurs insolences magnifiques! Deux femmes de coeur, deux femmes aux regards de belle flamboyante jubilatoire!

Carine Ferrières, Le Colisée Biarritz, du 5 au 31 décembre et Valentine Khadhar, Médiathèque de Biarritz, du 1er au 31 décembre

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

Crédit photos artistes

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