Expos

Published on décembre 16th, 2016 | by MagMozaik

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Fulgurances de matières

Le vent du large souffle sur la crypte Sainte Eugénie avec Patrick Chappert-Gaujal, du 17 décembre au 29 janvier prochain. Aucun tableau ou sculpture ne porte de nom histoire de laisser vagabonder les imaginations. Aux visiteurs d’investir les oeuvres en des significations et univers qui leur appartiennent, tout comme cet art abstrait choisi parce qu’il n’impose aucun code, aucune limite à l’imaginaire, telle une porte ouverte vers de multiples variations dont la musique n’est guère absente. Au fil de ces compositions majestueuses, sourd le chant des baleines, somptueuses, subtiles , délicates, qui magnifient ces laisses de mer, déchets humains vomis par les vagues  mais auxquels l’artiste redonne une nouvelle vie, une nouvelle forme ludique, colorée, ciselée en dimensions inédites.

L’océan éructe de ces bois flottés que l’artiste redresse en une fierté et un mouvement de résurrection. De rien, de débris morts, il fait une architecture somptueuse, parée de mille formes et tonalités, de détails greffés en multiples matières récupérées dont l’harmonie se fait musicalité, comme des chrysalides devenues papillons ou flèches de cathédrales inédites dressées en libres et virtuoses compositions, exubérantes et tout en mouvements stylisés. En frises, tableaux ou sculptures monumentales, toutes ses matières composites se font dentelle finement tissée en tonalités flamboyantes, vives, rugueuses pour un nouveau langage  poétique où chacun puise une histoire, un voyage, une atmosphère, une partition d’imaginaires pluriels, de continents improbables à inventer, telles ces bouées ouvertes, comme des fruits mûrs, sur un inventaire à la Prévert où chacun trouve les souvenirs et sensations qu’il attend, qu’il projète. Plus on s’imprègne de ces oeuvres, plus on entend le ressac, le chant des baleines, le mystère abyssal de l’océan abimé que répare l’artiste en réhabilitations d’ordures et de saccages. Sans titre pour nous orienter vers quelques interprétations partiales, guidées, il nous invite sur le fil de mouvements subtils à réinventer nos imaginaires, à nous approprier son oeuvre selon nos envies, nos émotions intimes. Quand lui propose des bois flottés dressés en fines énergies créées en Suède, nous voyons des totems africains ou amérindiens. Toute la beauté de ses créations réside justement en cette liberté là qui nous permet de rêver, de nous évader, de vibrer sur des images suggérées et qui n’appartiennent qu’à notre univers. Mais ne mesure-t-on pas le génie d’un artiste à cette invitation à se projeter dans un ailleurs dont il nous ouvre les portes en toute liberté? 

L’homme, formé aux beaux-arts de Perpignan, s’est nourri, dès 1977, de nombreux voyages et points d’ancrage, de la Suède, où il vécut 5 ans à partir de 1985 à l’Afrique du Sud et au grand Sud, du côté de Narbonne, où la mer l’inspire, l’étoffe, lui donne un souffle qu’expriment ses magnifiques et complexes constructions élancées.  Collectionneur dans l’âme depuis toujours, il conjugue sa passion de garder et d’engranger à celle de l’archéologie dont les indices rejetés par les flots sont autant de bribes de vie à réinventer, reconstituer en structures étonnantes où bouillonnent les détails, les interprétations possibles. Un vent du large vers d’autres cieux et d’autres cultures qu’il intègre subtilement dans ses créations à travers ses cartes maritimes anciennes où s’inscrivent des pans entiers d’humanité suggérée, digérée par l’écume des vagues sur le sable de ses collectes aléatoires. Son obsession de la matière l’amène à visiter et travailler des matériaux aussi différents que la laisse de mer , le métal ou la lumière dont il joue avec infiniment de diffraction.

Son succès aujourd’hui mondial ne saurait étonner tant est magistral et grandiose son talent. Depuis 1975, il a participé à plus de 250 expositions personnelles et collectives en France, Suède, Espagne, Danemark, Allemagne, Suisse, Sénégal, USA…et cette année en Chine dans des Musées à Pékin, Shanghai, Canton…Une exposition féérique qui devrait enthousiasmer les enfants dont on sait la riche imagination, due à une belle collaboration avec Yannick Minous de la Galerie GSN de Pau qui nous permit l’an passé de découvrir les univers de Georges Visat et de Costa. En contrepoint de la Crypte Sainte Eugénie, 3 statues monumentales on jeté l’ancre à la Cité de l’Océan.

Un homme lumineux, ouvert à tous les mondes possibles, aventurier des imaginaires et d’une rare poésie à découvrir et rencontrer du 17 décembre 2016 au 29 janvier 2017 tous les jours (sauf le mardi, le 25 décembre et le 1er janvier) de 14h à 18h30 à la Crypte Sainte Eugénie dont la musicalité architecturale sied à merveille à ces envolées lyriques d’océans perturbés.

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

www.chappert-gaujal.com

Photos Mathieu CLERC, video Philippe SIRET

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