Coups de coeur

Published on juillet 8th, 2017 | by MagMozaik

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Ramiro Arrue: Aux rendez-vous de l’histoire!

Véritable acte de naissance artistique de l’EPCI qui en valide, ô combien, la légitimité profonde, l’imposante et flamboyante exposition Ramiro Arrue au Casino Bellevue de Biarritz présente l’oeuvre d’un artiste aux facettes plurielles qui incarna haut et fort, par son immense talent, la culture et l’identité basques en une époque de résistance pour leur survie et leur rayonnement mondial, à travers la peinture, les fresques, les décors ou costumes de théâtre ou de danse et surtout un engagement fort et personnel contre toute forme d’éradication brutale et barbare de la liberté d’expression ou de se vivre basque.

A l’initiative du Musée Villa Les Camélias de Cap d’Ail et grâce à de multiples donateurs privés et institutionnels dont la Ville de Saint Jean de Luz et le Musée basque et d’histoire de Bayonne, ce sont plus de 300 oeuvres et documents originaux, jalons essentiels de l’oeuvre de l’artiste, que propose le service culturel de la ville de Biarritz. L’occasion de découvrir, sous un angle nouveau et plus kaléidoscopique , le parcours atypique de Ramiro Arrue, entre modernité et tradition. Un juste hommage en retour d’Olivier Ribeton , grand spécialiste de l’artiste qui fut l’un des fondateurs du Musée basque et d’histoire de Bayonne avec William Boissel en 1924 et dont il réalisa la première affiche de présentation au public.

Preuve s’il en est d’une manifestation pour le moins symbolique, la présence de nombreuses personnalités de la Communauté d’Agglomération Pays Basque, unis pour célébrer une icône identitaire,” entre avant-garde et tradition”, dont on sait combien il s’impliqua dans bien des formes de résistance culturelle, à travers notamment le mouvement Eresoinka de 1937 à 1939. Il sut se forger toute un éventail d’armes redoutables mis au service de sa culture territoriale et des populations qui la tissent encore au quotidien dans leur vie politique, socio-économique, artistique, culturelle et linguistique. Des armes pour témoigner et transmettre des valeurs uniques. Des armes qui balayèrent un large spectre, du dessin de costumes et décors pour ballets, chants, fêtes mondaines et pastorales ou autres mascarades, aux émouvantes scènes d’une vie qui structure l’âme basque, du travail aux champs aux fêtes de villages, des danses souletines, danses du bâton ou de l’épée, sans oublier le fandango, aux musiciens, en passant par l’illustration de livres, les émaux, La décoration murale en fresques, notamment aux bars basques de St Jean de Luz et Biarritz en 1926 et 27, les arts du spectacle, et les affiches publicitaires et touristiques . Des scènes contrastées et émaillées de visions plus introspectives et profondes à travers des paysages épurés pour n’en garder que l’essence vitale, de la montagne à l’océan. Mais aussi des références troublantes à la mythologie revisitée, véritable incarnation et suc de l’identité basque opposés avec une fluidité incroyable de pudeur, de fusion et de pertinence aux symboles chrétiens ou franquistes, posées, par exemple, en 9 panneaux muraux pour Isidro de Monzon, présents pour la première fois à Biarritz. 

cette insolence là, si moderne, si rageuse, mais qui sait se vivre à voix basse, ces miroirs de fougues sans concession à toutes formes d’oppression, ces pans de vie si observateurs des évolutions sociales ou de libertés gagnées à ne jamais abdiquer comme celles des femmes, assumant à part entière leur place dans les travaux des champs ou toutes les variations quotidiennes de vie sociale, économique et culturelle, on les retrouve sublimés en portraits d’une luminosité colorée rare et cristalline, en paysages où se ressourçait l’artiste, dans une solitude méditative, en scènes de vie villageoise où s’impose son personnage si emblématique du « basque », symbole de permanence et d’intemporalité du peuple basque qui doit tant à ses épures de jeunesse, au début représenté le regard tourné vers son propre mental sans que les regards se croisent,  puis peu à peu ouvert aux autres en échanges festifs ou ludiques. On les retrouve dans ces atmosphères aux lumières impalpables mais si présentes qui enveloppent les paysages et les gens, dans ces luminosités diaphanes et brumeuses d’où surgissent les maisons, les impétueuses parties de pelote..ou de cartes en quelque auberge, le son cristallin des txistus sculptant les pas de danseurs aux magnifiques arabesques, notamment souletins. On les retrouve dans ces travailleurs, hommes ou femmes, aux vies simples mais dures, sur l’océan ou dans la montagne, ou dans ces scènes familiales qui glorifient la maternité ou la famille, tout en pudeur effleurée, dans une écriture réduite à l’essentiel des formes et des sentiments. On les retrouve dans ces magnifiques et si évidentes solidarités festives dont la musique, le chant et la danse rythment la puissance et la finesse en même temps.  Bien des techniques tentées, du dessin au fusain à la toile achevée, avec une prédilection pour la gouache , source de ses plus belles oeuvres et de mouvements que la technique autorise en belles fluidités et cette rémanence fauviste dans les tons bistres et marrons.

A la croisée d’une multitude de tendances artistiques qui firent toute l’effervescence créative et novatrice des années folles, Ramiro Arrue, natif de Bilbao en 1892, mit du temps à ciseler son style, né de sa passion pour son pays et la dignité ombrageuse, tumultueuse et généreuse de ses hommes et femmes. Immergé dans la “Grande Chaumière” parnassienne qui vit épanouir tant de palettes et talents somptueux, de Degas, Jacob à Gauguin, il côtoya Cocteau, Picasso, aiguisa ses esquisses aux côtés de cubistes et de fauvistes avant de peaufiner sa propre élégance de traits et de couleurs aux accents de Cézanne, sous l’influence de Modigliani avec une once de Chirico, parfois, dans le dénuement et l’aridité des paysages qu’il se plait à esquisser à l’aube ou au crépuscule pour mieux ensuite, en atelier, magnifier les tonalités saisies sous un soleil rasant et diffus. A l’instar d’un Gabriel Deluc quelques années auparavant, il choisira de témoigner de la beauté de son territoire natal, des hommes et des femmes qui l’ont modelé et le tricotent chaque jour en une dentelle complexe aux points uniques et secrets qui ont noms identité, culture et langue basques; des points virtuoses, réinventés chaque jour pour composer des oeuvres fédératrices, partagées, dynamiques et créatives qui nourrissent et nourriront encore tout ce dont est fait l’identité du peuple basque, dans toutes ses magnifiques contradictions et ses flamboyances muettes. Un choix engagé de régionalisme qui le fera acteur de bien des batailles pour le droit à l’identité et une vocation née d’un milieu familial très réceptif à l’art. Orphelin de naissance et très lié à ses trois autres frères Alberto, Ricardo et José, il choisira, en effet de s’installer à Ciboure en 1917 par amour de son pays, faisant fi d’un succès mondial qui s’annonçait sous les meilleurs augures à Paris.

Une magistrale exposition mise en scène par Sylvain Roca, relayée, au Musée basque et d’histoire de Bayonne par une seconde, plus modeste sur l’aventure du ballet basque Shorlekua, imaginé par le marquis d’Iranda Pierre d’Arcangues sur une musique de Joseph Ermend Bonnal. Une oeuvre prévue pour 1937 sous la direction chorégraphique de Serge Lifar mais qui ne verra jamais le jour avant l’intervention d’Oldarra et de son directeur artistique Philippe Oyhamburu sous d’autres formules… Du 1er juillet au 10 septembre, une vingtaine de dessins préparatoires de décors et costumes sont proposés à la salle Xokoa.

Exposition Casino Bellevue Biarritz du 8 juillet au 17 septembre: entrée 7 euros. Exposition Musée basque et d’histoire de Bayonne du 1er juillet au 19 septembre: entrée libre

Pour toutes infos: www.biarritz.fr et www.musee-basque.com

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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