Donostia 2016

Published on juin 24th, 2016 | by MagMozaik

0

Quand la légende rencontre l’art!

Quel plus beau lieu de rencontre imaginer entre l’histoire, le patrimoine et l’art contemporain qu’Arnaga, l’antre légendaire de Chanteclair et de Cyrano dont la musique et le verbe haut résonnent encore en ces jardins enchanteurs et cette maison qui fleure bon le temps où l’on donnait du temps au temps? L’Association Echanges Pays Basque, initiatrice du projet, la Ville de Cambo et la Fondation Donostia 2016 s’y retrouvent aujourd’hui et jusqu’au 16 octobre pour célébrer quelques légendes d’époques phares, celle de Rostand et celle de Gaur, autour d’une superbe exposition des oeuvres de José Antonio Sistiaga, d’Inigo Arregi et de Jesus Etcheverria dont les peintures et sculptures s’accordent étrangement bien avec ce sublime décor de paix et de sérénité. Dialogue impromptu qui n’en finit plus de célébrer l’intelligence et la créativité intemporelles au détour des allées et des couloirs. L’occasion de revisiter un art de vivre révolu à la lumière d’artistes de la liberté, sous la houlette de l’incontournable Jean-François Larralde.

En ce silence unique et raffiné, empli d’extraordinaires musiques passées ou présentes dans l’imaginaire de son créateur, Edmond Rostand, on se prend à saisir en fines volutes les notes d’un piano à queue, revisitant la salle de réception, les fantaisies de Pablo de Sarasate, chères à Sistiaga, ou les partitions jazzy ou rock d’Arregi, le maître aérien des rythmes de métal dont les sonorités inondent les abords du bassin. Un dialogue constant en passé et présent, centré sur la notion de paysages où les oeuvres s’intègrent et se fondent tout naturellement en flambloyances énergiques. Les chênes magnifient les bronzes impérieux d’Etcheverria quand les allées du parc laissent irradier le mouvement des oeuvres d’Arregi en souffles musicaux silencieux mais si intenses de vie, en un somptueux hommage à Oteiza et Chillida, ses maîtres. Sistiaga joue ses partitions de couleurs à l’Orangerie, dans les Ecuries et au fil des pièces de la maison où plane la magie du poète. Tant d’histoires et de souvenirs se téléscopent ici en une incroyable osmose quasi palpable au delà des années.

Une confrontation magnifiquement orchestrée par Jean-François Larralde, commissaire de l’exposition dont on connait le sens aigü et affuté des mises en scène subtiles, à fleur d’émotions! Une initiative qu’a voulu suivre résolument pablo Berastegi, Président de la Fondation Donostia 2016 et producteur culturel émérite, dont on ignore bien souvent le colossal travail de conception, d’organisation et de coordination en cette année de capitalité européenne pour le moins grandiose. Mais au delà, cette exposition unique s’entoure d’une série d’événements complémentaires. Aux conférences et visites commentées de Jean-François Larralde, magnifique homme-orchestre dont la passion a suscité bien des découvertes d’artistes basques et dynamisé tout autant de musées (à Guéthary notamment), s’ajoutent d’étonnantes manifestations autour des oeuvres ici proposées. “La sortie du jour”, tableau monumental de Sistiaga en hommage à Maurice ravel donne ainsi lieu à une master class de l’Académie Maurice Ravel dans l’Orangerie, emplie des créations magistrales du maître. L’espace culturel Assantza de Cambo accueille en parallèle les statues de Jesus Etcheverria tandis qu’en septembre et octobre, le Cinéma l’Aiglon diffusera des longs métrages documentaires consacrés à Sistiaga pour en savoir davantage du processus de création et de l’intimité du peintre.

Un lieu exceptionnel pour des oeuvres fortes. Le domaine appartient aujourd’hui à la ville de Cambo qui compte, sur 7 mois, chaque année, quelque 90 000 visiteurs, plaçant Arnaga au rang de 3ème site le plus visité sur notre territoire, autonome qui plus est. L’occasion de parcourir une belle demeure aux parquets de marqueterie d’une virtuosité insensée, tout en fines boiseries et modernité, très avant-gardiste à l’époque, si l’on sait regarder les panneaux électriques ou les salles de bains-saunas, alors révolutionnaires! Les jardins? A la française, à l’anglaise, en une architecture végétale des plus élaborées. Un art de bien vivre qu’agrémentait en ce temps le petit théâtre de plein air, nécessaire ici, où  virevoltaient les vers et les notes de musique, dans le cadre d’une haute bourgeoisie éclairée.

On ne présente plus le grand Sistiaga dont les peintures sont à elles seules de véritables partitions musicales en somptueux mouvements; artiste d’avant-garde et de résistance à tout muselage qui expérimenta l’art révolutionnaire de créer sur pellicules. On sait également tout ce que notre territoire doit aux inspirations sculpturales de Jesus Etcheverria dont les oeuvres nerveuses, élégantes, et fières résonnent de l’esprit rebelle et farouche des basques en austères oeuvres magnifiquement ciselées (On peut en admirer quelques-unes en exposition permanente sur la Villa Beatrix Enea d’Anglet). On connait moins Inigo Arregi, talentueux élève d’Oteiza et Chillida dont les oeuvres recomposent l’espace en rythmes, tensions et forces de métal, en une jonction fulgurante entre ciel et terre. Magie des oeuvres, féérie du cadre… n’hésitez pas à vous plonger au coeur d’une exposition où tant de strates plurielles vous disent l’histoire complexe de notre territoire.

En prime, on vous laisse regarder un entretien en trio rare, entre Pablo Berastegi, incroyable de douceur comme à son habitude, un Zigor ma foi très en forme, et Inigo Arregi tout à ses architectures métalliques sur fond de rock et de jazz, qui s’achèvera en fou rire! Une bien belle soirée de rencontres uniques! Sistiaga nous a néanmoins manqué!!

This Post Has Been Viewed 182 Times

Tags: , , , , ,


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑
  • Rejoignez-nous sur Facebook

  • Catalogue art/culture

  • L’annuaire Mozaik 2017

    L’annuaire Mozaik 2017
  • Panier