Coups de coeur

Published on mai 3rd, 2015 | by MagMozaik

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Quand Biarritz se pique d’Années Folles…

1919-1929…Au sortir d’une guerre meurtrière et à l’aube d’une évolution sociale majeure avec la libération des femmes, le monde entier vit une frénésie d’émancipation et de liberté créatrice dans tous les domaines des arts, de la culture, des spectacles, de la mode ou de l’architecture. Déjà prisé par l’aristocratie et la haute société européennes mais aussi par d’innombrables célébrités, Biarritz devient alors le lieu culte de tous les possibles et de toutes les fêtes endiablées, avant l’éteignoir de la crise économique et de la guerre 39-45. Dès lors s’impose à jamais son rayonnement international qui ne cessera de se développer désormais.

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Serge Istèque à la barre d’un impétueux navire

– Aujourd’hui, un homme de culture, Serge Istèque, ancien danseur, élève de Koldo Zabala, et figure bien “chapeautée” de Biarritz, a su rassembler bien des partenaires, témoins ou historiens de l’époque pour redonner à la ville l’incandescence fulgurante et créative de ces années folles, à travers une manifestation phare, appelée à devenir l’événement identitaire annuel de la cité balnéaire, comme une mémoire historique flamboyante et enfin ravivée en mode art déco! Du 3 mai au 16 juin, le riche programme des festivités de l’association Biarritz Années Folles débute par une belle exposition à la Crypte Ste Eugénie, en collaboration avec les services culturels de la ville, où le tout Biarritz se pressait dans la soirée du 2 mai. Le suave prélude d’un important dispositif qui replongera la ville, ses habitants et ses visiteurs, les 6 et 7 juin, en un monde d’insouciance et de frénésie, un monde du paraître et des paillettes en mode champagne, mais aussi un mode local pétri de traditions, de contradictions et d’hésitations entre la vie réelle des petites gens, partagée entre ambitions commerciales et condamnation religieuse de moeurs légères, via l’Abbé Larre, surnommé “le vinaigre” et l’introduction illusoire de la bourgeoisie biarrote en des univers qui la dépassaient largement, un monde tout en contrastes entre passé et futur, traditions historiques et promesses de devenirs ambitieux. Un univers cosmopolite de métissages sociaux à la faveur de tendances culturelles et sociologiques nouvelles.

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– C’est toute une émergence du futur en condensé qui surgit en ces années là et que n’arriveront pas à enrayer les sombres périodes de 1930 à 1945. Biarritz, portée de manière unique sur les rails de la renommée, ne cessera de développer son image internationale jusqu’à aujourd’hui en s’adaptant à tous les contextes socio-politiques, économiques et touristiques au fil des années jusqu’à miser aujourd’hui sur de nouveaux modèles de développement axés sur l’économie de la mer et une image touristique haut de gamme, vitrine du Pays Basque qu’elle incarne officiellement en terme de label.

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Serge Isteque: “Chapeau” l’artiste!

– Il convient de souligner le remarquable travail de Serge Isteque, fondateur de l’association Biarritz Années Folles, et âme de cette manifestation,  dont l’exposition, inaugurée le 2 mai, est le prélude. Une première édition qui fut difficile à mettre en oeuvre en termes financiers, dans un contexte économique délicat, mais qui se réalise enfin, néanmoins, avec le concours de la ville de Biarritz, à travers ses services culturels, de nombreux mécènes et surtout la forte implication d’associations, notamment culturelles, de formations artistiques diverses, de commerçants, de restaurateurs et de bénévoles, entre autres, qui ont permis au rêve de devenir une réalité étincelante. Bénévoles, associations et multiples intervenants qui ont uni leurs efforts et leurs compétences pour élaborer une manifestation d’envergure, dense, colorée et prestigieuse.

Une belle évocation de riches heures.

– Lorsque l’on songe aux années folles de Biarritz on se dit Marquis d’Arcangue, Diaghilev ou Stravinski en fêtes brillantes ou somptueuses, vague architecturale art déco qui enfièvrera toute la côte, des landes à Biarritz en passant par Bayonne et les frères Gomez, gotha parisien dont la luxuriance et la créativité envahira nos saisons, de Cocteau à Guitry, de Charlot à Joséphine Baker ou de Coco Chanel à Poiret, cortège d’élégantes ou d’aristocrates en d’incessants défilés de voitures mirobolantes, tournois de tennis ou de golf ou soirées au Régina ou au Palais, hauts lieux de rencontres mondaines raffinées. On pense fastueuses présences de princes, de reines ou de rois en villégiature tel Alphonse XIII et sa sulfureuse maîtresse, dynamisme économique induit par la présence de personnalités illustres d’Europe et de monde entier, un monde bruissant de vie où d’innombrables “Gatsby” permettraient, par leur opulence et leur imagination, à la ville de se développer et de se construire une image de havre international privilégié.

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– Mais on pense aussi vie locale stimulée par tant de richesses et de créativité insufflés en quelques années, bourgeoisie localement bien ancrée et valorisée par une soudaine notoriété, bénéfique aux activités économiques, sociales et politiques, petits métiers du quotidien propulsés et diversifiés en multiples catégories nécessaires aux besoins d’une population touristique exigeante en termes d’image, de souvenirs ou de consommation d’une certaine authenticité locale, notamment gustative en ce port de pêche! On pense enfin, à l’inverse, bonne société prude et bien pensante qui, sous les effets oratoires de l’abbé Larre, s’insurge contre ce Sodome et Gomorre qu’elle fustige à coups de sermons . Bref, on pense à une sorte de laboratoire proposant un concentré exubérant et instructif d’un monde en devenir, pour le meilleur ou le pire mais selon une courbe ascendante inflexible en terme de notoriété.

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– L’exposition de la Crypte Saint Eugénie donne un avant goût palpable de tout ceci que les journées des 6 et 7 juin incarneront. Meubles art deco, scènes emblématiques de la vie et des traditions culturelles locales en affiches et peintures-plus ou moins bonnes du reste-, esquisses en aquarelles d’une vie mondaine luxuriante sur nos plages ou en nos hôtels de luxe, céramiques somptueuses à la hauteur d’une clientèle richissime, photographies d’aristocrates ou de personnalités phares de l’époque et, en résonance, échos brutaux de l’histoire avec des commémorations locales des blessures de la grande guerre ou d’une vie locale ordinaire dérangée par la présence souvent intempestive de fous créatifs dont les nuisances sonores perturbent la villégiature…
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Ce sont tous ces pans de vie fugaces que l’exposition ressuscite en photographies, plans d’architectes, pétitions ou arrêtés municipaux, objets du quotidien, tableaux, affiches et meubles qui nous immergent en des temps insouciants mais néanmoins empreints d’un passé meurtri ou en devenir comme s’il fallait vivre et inventer avec une intensité absolue, en quelques courtes années, le futur, avant d’inévitables catastrophes mondiales. Etrange sensation de se plonger au coeur d’Orphée, des boutiques de Mademoiselle Chanel, ou, aussi étonnant que cela puisse paraître, des scènes délétères de “Shinning” où un Jack Nicholson se retrouve en de somptueuses fêtes d’un temps révolu…

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Pétition des clients de l’Hotel du Palais contre les nuisances sonores de ces drôles d’engins à moteur!

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Une belle évocation, à tout le moins, due à l’association Biarritz Années Folles et à la mobilisation d’innombrables fonds  ou collections publics et privés, dont  vous ne sortirez pas indemnes! Allez rêver!

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Deux journées phares d’immersion dans le temps

– les 6 et 7 juin prochains, Biarritz se met au diapason des Années Folles. Curieuse sensation, en ce week end de rêve, de revisiter un temps révolu mais ô combien authentique et riche d’extravagances. Un marché fermier avec petits métiers, disparus depuis, aux Halles, tel ce glacier proposant des blocs de glace pour conserver les aliments ou ce porteur d’eau prompt à rafraichir de belles élégantes en voitures somptueuses, chiens de race en laisse et vêtements de haute couture en signes ostentatoires de distinction ou de richesse, poissonniers, lavandières, laitiers, producteurs paysans de fruits et légumes, animaux à profusion… Un foisonnement de métiers auxquels les activités du port font écho. Et puis les chants, les danses ou bribes de vie locales en un dimanche ponctué d’un mariage people et d’un sermon acide de l’abbé Larre… Les baigneurs profitent de l’océan et les mutxiko se déchainent avec gaité.

– Et puis les soirées mondaines se succèdent au Régina, emblème art déco de la ville, et en d’autres palaces, réunissant le gotha parisien , l’aristocratie ou la bonne société locale et européenne, tandis que les écoliers et sportifs se détendent, tout cela sous le regard vigilant de la maréchaussée ou des élus locaux!

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Le hall rénové art déco du Régina

– Un défilé en multiples tableaux parcourt le centre ville, de la Gare du Midi à l’hôtel du Palais, de la Grande Plage au port vieux  pour revenir, via les places Ste Eugénie et Clémenceau sur le parvis du Casino municipal. Plus de 200 participants costumés suivis par des photographes et reporters de l’époque, sans compter la parade des élégantes et de leurs merveilleuses voitures anciennes aux Halles et dans Biarritz, dont les accès sont fermés pour l’occasion aux véhicules contemporains…

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Fabio Lopez, Malandain Ballet Biarritz

– En 5 espaces distincts, compagnies de théâtre, de danse ou de musique brossent en quelques pas , mots et notes, un tableau endiablé et coloré d’une vie locale où les traditions se mêlent aux évocations en danse, revue ou théâtre d’artistes de renommée mondiale. Jardin Public, Parvis sud du casino municipal, esplanade du Casino, Place Ste Eugénie, Place du Port Vieux, autant de lieux phares de Biarritz qui accueillent le Théâtre du Versant pour une évocation des pièces de Cocteau, le Rideau Rouge pour une savoureuse partie en compagnie de Maîtres Baigneurs, Lulu et son théâtre de l’Infini, les Ballets Oldarra ou les Noces chorégraphiées par Fabio Lopez du Malandain ballet Biarritz, après la célébration d’un mariage princier sur la grande plage, la Revue Nègre de Joséphine Baker , entre autres…Le tout s’achève en un bel apéritif et un bal populaire sur musiques, costumes et danses  d’époque!

– Les restaurateurs ne sont pas en reste qui, pour certains, proposeront un menu Années Folles au gré de leur inspiration, le 6 au soir ou le 7 mai, à midi et/ou le soir! N’hésitez pas à vous costumer pour mieux partager cette ambiance survoltée et survitaminée avec le grain de folie qui convient!

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6 Responses to Quand Biarritz se pique d’Années Folles…

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  2. THETAZ says:

    superbe travail qui mérite récompense

  3. Artola Naudet says:

    La crypte était fermée à 16h aujourd’hui hui . Heure d ouverture annoncée de 14h a 19h !!! Jour de fermeture le mardi!!!!!! Pas très sérieux tout ça !!!!

  4. Faveri says:

    Peut-on se procurer le texte du sermon de l’abbé Larre? Si oui où et comment?

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