Festivals

Published on octobre 10th, 2017 | by MagMozaik

0

Pluralités et tolérance à fleur de festival

Pour son opus 5, l’ « Hendaia Film Festival » confirme, du 19 au 22 octobre,  sa place unique et essentielle dans le concert des plus grandes manifestations de courts métrages. Secret de sa réussite? Son positionnement, son parti pris d’humanisme et de solidarité, sa fougue créative et sa sincérité, son large spectre de programmation ouvert sur tous les métissages sans tabou, son ancrage en un territoire à la croisée de toutes les traversées humaines, de tous les partages culturels et linguistiques et une proposition toujours étonnante d’événements pluridisciplinaires en marge des projections, à travers des expositions de talents neufs, comme une belle bouffée de fraicheur créative atypique.

Mais surtout, l’énergie d’un petit bout de femme, Angela Mejias, photographe sensible à la pointe de tous les combats humanistes pour mieux défendre sa culture, les cultures minoritaires du monde entier, sa langue, les langues minoritaires du monde entier, dénoncer toutes les dérives d’un monde déboussolé et promouvoir les talents de jeunes cinéastes en un format bref, incisif et cinglant qui autorise toutes les gifles magistrales et les poignantes, sensibles, fines ou abruptes prises de conscience citoyennes : Le court métrage. Depuis 5 ans, la ville d’Hendaye, dont on connait les engagements sur toutes les formes intelligentes et audacieuses d’expression, accueille à Mendi Zolan et au mythique cinéma Les variétés, cette pépite d’exception culturelle aux souffles salutaires, frais et jubilatoires. Jusqu’à présent, la fondatrice de ce petit bijou d’exception nous livrait un éditorial plein d’un humour décapant, masquant souvent ses révoltes face à un monde qui marche de plus en plus la tête à l’envers. Elle n’aura pas eu cette année le temps de hurler ses mots et cracher ses photos abruptes sur une situation catalane qui coïncide tant avec les couleurs de tolérance et de métissage que peint chaque année l’événement en somptueuses palettes de liberté dans une langue universelle qui n’est pas de bois mais juste humaine.

Car ce sont là les ressorts fondamentaux de ce festival qui, avec un panache insolent, a su donner la parole libre aux minorités ethniques, linguistiques et sociales. Qui a su ouvrir ses portes à la jeunesse, promesse d’une humanité plus consciente, plus tolérante, plus attentive à la complexité subtile et parfois douloureuse des autres. Qui a su, l’espace de quelques jours trop brefs, mais intenses, concentrer toutes les forces de résistance aux tabous, aux censures, aux interdits, aux uniformisations globalisantes et appauvrissantes culturelles. Qui a su tisser et ciseler de vastes champs de liberté d’expression entre de multiples peuples de toutes nationalités et propulser la culture basque en des circuits de diffusion dont devraient pouvoir bénéficier toutes les langues identitaires. Qui a su, enfin, imaginer une bulle insensée de rencontres, de partages, de dialogues, d’univers nouveaux sur 4 jours dont la semence ravageuse s’épanouira lentement mais sûrement partout dans le monde. Utopique ? Peut-être… ou pas, tant la force de vraies convictions s’enracine dans les esprits. Bousculé, dérangé, réveillé, dopé à l’humanisme et au respect des différences, le public le sera certainement et de plus en plus chaque année en un passage en force qui bouleverse tous les codes étriqués des cultures dites dominantes et les modes d’intégration en manières inédites de vivre la culture, les cultures,  au quotidien avec fierté, gourmandise, intelligence et lucidité.

Aux manettes, l’association Begiradak (les regards en basque), initiatrice du Festival dont Eduardo Manet assure la présidence d’honneur commune, mais aussi une équipe mobilisée, passionnée que les mêmes convictions animent avec rigueur, créativité et convivialité. 30 courts métrages sélectionnés de 1 à 18 minutes et présentés en 2 groupes de compétition, véritable spécificité du festival: la section internationale (16 courts) et la section Aquitaine Euskadi (14 courts issus de la région Nouvelle Aquitaine et des Communautés autonomes du Pays Basque et de Navarre). Un large éventail de pays colore les sélections dont, outre la France, l’Espagne, le Maroc, la Bulgarie, l’Argentine ou les Canaries. Aux manettes des jurys ? Des personnalités fortes aux parcours pluriels et pertinents, marqués du sceau de la liberté de se dire et de faire. Le compositeur Jean Musy préside la sélection internationale. Très attaché au rôle fondamental de la musique dans toute création cinématographique, il propose aujourd’hui le concept très novateur -et sûrement dérangeant! – d’un cinéma sans image qui met en notes de magnifiques textes d’auteurs. Il s’entoure de Julie Borgeaud, réalisatrice, monteuse, auteur, historienne de l’art et commissaire d’expositions, de Daniela Montecinos, plasticienne chilienne installée en France et de Jean Cazenave, réalisateur d’émissions TV mythiques comme « Apostrophes ». Côté Aquitaine Euskadi, Thierry Biscary, artiste basque, également musicien, l’un des fondateurs de Kalakan en 2009, entraine dans son sillage multiforme le réalisateur de courts métrages et de documentaires Axier Salazar, Edu Moyano, réalisateur et Céline Davanan, scientifique attachée à la préservation de la culture et du patrimoine. Pour chaque catégorie, 4 prix décernésLe meilleur film, la meilleure interprète féminine, le meilleur interprète masculin et une mention spéciale du jury avec une nouveauté cette année, le prix UCMF de la meilleure musique de film et toujours le prix du meilleur scénario basque.

Rencontres et expositions viennent en contrepoints ludiques, artistiques, incisifs, mais néanmoins subtils, nourrir de leur substrat d’imaginaires et de notes ce festival où tout est possible. Un festival qui depuis 5 ans nous étonne par ses découvertes musicales aux énergies flamboyantes, jubilatoires!! En 2014 ce fut Abdel en  une troublante réinvention de Brel. En 2015, l’incendie Exoset nous enflammait . Cette année, comme l’an passé, le groupe basque Cumbiam’Bero nous entrainera en des contrées latinos festives aux âmes meurtries et lasses de contextes politiques, sociaux et économiques gravés en des quotidiens difficiles que la musique permet d’oublier un instant en un vertige fulgurant de notes endiablées, comme autant d’actes de résistance et de liberté. La rencontre avec le public se focalisera sur toutes les étapes qu’exige la création de A à Z d’un film, sous quelque format que ce soit, de l’écriture à la diffusion en passant par les affres de la réalisation.

Mendi Zolan, formidable creuset artistique, se peint aux couleurs du festival à travers 4 expositions d’artistes en phase complète avec les propos et perspectives de l’événement. Sylvie Estaynou, très influencée par l’art aborigène, tout en symboliques initiatiques, nous présente des oeuvres de pointillisme ou peintures à points en acrylique sur toiles. Christophe Pavia, ce lapin fou tout droit sorti d’Alice au pays des merveilles, dresse mystérieusement les cheveux et dompte le papier pour en faire de somptueuses collections de robes baroques extravagantes où papillons et éventails rivalisent d’inventivité. Des sculptures raffinées et élégantes qu’il nous propose en créations ludiques. Sylvia Dotta nous entraine en un registre très particulier de peintures en traits fins, le filet porteno, emblème de Buenos Aires déclaré patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco en 2015. Enfin Halim Zenati, photographe algérien, embrasse se son objectif un large spectre de sujets, des visions de sa ville natale, du Brésil, de Cuba ou du Sénégal aux scènes musicales et au graffiti, passant peu à peu du noir et blanc argentique à la couleur numérique.

Un festival que nous voyons grandir, s’étoffer, s’affiner d’année en année et que nous aurons un immense plaisir à suivre avec passion. Et un immense coup de coeur pour cette affiche qui, tout en mosaïques de graphismes et de photos somptueuses, émouvantes, d’année en année aussi fidélise un public enthousiaste. Voilà qui nous correspond bien.

Pour toutes informations sur les programmes, les tarifs, horaires et lieux: www.hendaiafilmfestival.com

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

This Post Has Been Viewed 13 Times

Tags: , , , ,


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑
  • Rejoignez-nous sur Facebook

  • Catalogue art/culture

  • L’annuaire Mozaik 2017

    L’annuaire Mozaik 2017
  • Panier