Coups de coeur

Published on avril 14th, 2017 | by MagMozaik

0

Petits meurtres culturels…

En accord total avec cette chronique que Jean-Philippe Ségot de la Semaine du Pays Basque m’a permis de publier sur magmozaik le jour même de sa parution en kiosques, non sans une certaine délectation de ma part, voici un petit bijou bien ciselé et incisif qui sait titiller là où ça fait mal!! Amusez-vous et savourez bien! Sans doute y reconnaîtrez-vous quelques personnages hauts en couleurs au passage….Sans commentaire!

Quand je me trouve au cœur d’une réunion avec notre cabinet d’expertise comptable, où défilent les chiffres, s’entassent les nombres, s’emboutissent les additions, soustractions, pourcentages, sans parler des histoires spécifiques à tel ou tel organisme extérieur avec qui il faut bien avoir les contacts voulus par le législateur – et qui dans le secteur privé ne tiendraient pas plus de trois mois, tant ils sont des mastodontes rouillés – je me dis que je suis loin de la poésie de Saint-John Perse, loin du plaisir de la lecture et de celui de l’écriture. Et quand, le soir, je capte sur mon transistor les propos politiques des uns et des autres, leurs sombres querelles stériles, leurs vagues idées confuses pour notre société, je me dis que notre univers manque d’une grande idée qui devrait mener au moins ce pays, avec l’espoir de conquérir le monde un de ces jours…

Et si l’on mettait la culture, la lecture, la poésie, l’écriture, un peu plus au cœur des choses et des débats ? N’ai-je pas entendu bien souvent – y compris concernant le terrorisme islamique – que l’ignorance est la meilleure alliée de la dégénérescence de certains esprits ? Que devient l’homme sans culture, sans lecture, sans poésie, sans le théâtre, le cinéma, les musées ? Pas grand chose…

Et même s’il obtient satisfaction dans sa vie professionnelle, c’est-à-dire s’il arrive à conquérir l’argent ou le pouvoir, est-il vraiment abouti, est-il un exemple pour la Société ?

Bien entendu, il y a de ces grands capitaines d’industrie qui consacrent une partie de leurs gains à des œuvres culturelles. Encore faut-il constater que, le plus souvent, ils balancent leur argent dans un « système » où ce sont toujours les mêmes – et pas forcément les plus talentueux – qui récoltent abusivement l’argent des autres.

Le temps des mécènes me semble, en fait, bien loin. Où sont ceux qui finançaient l’exception culturelle française ? Où sont ces personnalités et fortunes locales qui, autrefois, aidaient tel ou tel artiste, écrivain, poète, qui aidaient une association qui avait un beau projet ? Morts, enterrés et remplacés par le vide…

Combien j’en vois, j’en rencontre, j’en reçois, de ces artistes ou « imaginateurs » d’un beau projet. Et toujours le même refrain, la même rengaine, l’impossibilité de boucler tel ou tel budget, voire de pouvoir commencer à trouver le premier euro d’un financement.

Mitterrand avait décidé, dès 1981, du 1 % du budget national pour la Culture, doublant ainsi ce qui existait auparavant. Belle initiative.

Mais le petit organisateur qui dans notre coin de France a une belle idée, à qui va-t-il la demander sa part des 1 % ? A personne ! C’est bien trop compliqué… Vous avez essayé de monter un projet culturel, littéraire par exemple, en sollicitant l’État ? Bon courage ! On vous demande de télécharger un dossier de 40 pages que vous mettrez trois semaines à remplir avec difficultés et, dans le meilleur des cas, vous recevrez une lettre de refus de trois lignes.

Il reste bien  entendu le recours aux élus locaux et particulièrement aux maires. Mais là aussi, ce n’est pas si simple, car les maires ont des adjoints à la culture – dont certains ont une compétences plus ou moins élevée – , qui sont trop souvent, et de plus en plus, cornaqués par un directeur des affaires culturelles, se prenant pour des espèces de divas de l’intelligence et de l’esprit, choisissant dans leur copinage habituel et se découvrant de passion pour telle ou telle connerie à la mode, dont ils auront entendu parler dans ces cocktails qu’ils aiment tant fréquenter ou organiser. Et tout cela avec de l’argent public, bien entendu…

Alors voilà, on uniformise la culture même locale, on chasse toute possibilité de donner le goût de l’idée, de la création, de la réussite, à ceux qui voudraient concevoir le monde, mais aussi leur petit coin de terre, comme un lieu où doit se multiplier l’enrichissement des esprits et non pas celui des portefeuilles…

Dieu merci, comme toujours, il existe de ces gens indécourageables, de ces associations remarquables, de ces artistes pauvres mais généreux, qui au coin de nos rues, trouvent toujours le moyen de partager, de donner ce refuge à notre besoin de culture multiple, permanente et éclectique. Au moment où Monsieur Borotra va publier ses mémoires que j’attends avec l’appétit d’un ogre, je me souviens qu’il décida seul de suspendre, la mise à disposition du casino municipal de Biarritz où nous organisions le Salon du Livre de Biarritz qui attirait chaque année 7000 visiteurs, où les stands étaient gratuits pour les auteurs et éditeurs d’ici. Il dépensa alors sans compter afin d’expédier un responsable des affaires culturelles parcourir des salons dans la France – toujours avec de l’argent public – pour, évidemment par la suite, ne rien faire pour le livre !

Alors ce week-end, allons tous au Biltzar des écrivains de Sare ! Parce que là-bas d’irréductibles Basques organisent, année après année, un exemple de ce que la Culture chez nous produit de mieux avec simplicité, intelligence et générosité.

Jean-Philippe SEGOT, La Semaine du Pays Basque du 14 avril

This Post Has Been Viewed 39 Times


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑
  • Rejoignez-nous sur Facebook

  • Catalogue art/culture

  • L’annuaire Mozaik 2017

    L’annuaire Mozaik 2017
  • Panier