Coups de coeur

Published on mai 14th, 2016 | by MagMozaik

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Petites bal(l)ades urbaines

Deux jours auront suffi pour surfer en des univers urbains forts, intenses mais aussi virtuoses et subtils comme savent les inspirer les partitions de jazz et de blues aux intenses gammes de vie. Des rivages bien éloignés de New York mais où nous ramènent avec flamboyance, élégance et architectures subtiles, les oeuvres d’artistes dont les palettes conjuguent couleurs vives ou nuancées, chaleurs métalliques ou rugosités de matières, regards incisifs ou vocabulaires créatifs,  et notes virevoltantes…

Entre chien et loup

Gilles Lavie, depuis quelques années, vit et pense la ville en des registres bien différents. A chaque série de toiles correspond une partition musicale bien particulière et néanmoins très urbaine avec , en filigrane évanescent, des références à des contextes culturels spécifiques qui en traduisent la texture et l’inspiration: Taxi Driver, entre chien et loup, en strate complexes où les taxis arpentent les quartiers aux limites troubles, aux tonalités sombres et flamboyantes à la fois, à l’ombre de gratte-ciel si impersonnels et entités néanmoins si vivantes, Miles Davis où “L’ascenseur pour l’échafaud” revisite un Paris incisif, aux pénombres crues et d’acier rouillé, tous ces paysages abrupts et grouillants d’une vie tumultueuse, underground, nocturne, que les armatures métalliques d’Odon Noblia  prolongent en cris acérés, sensuels, sensibles à l’extrême. Et puis, plus proches de nous, ces structures bayonnaises où les ponts hurlants contrastent tant avec les rives incertaines de rivières sombres, fougueuses.

Mais voilà que Gilles Lavie revit sa vie en des rythmes et couleurs plus fines, évanescentes et apaisées. Des palettes plus vives, comme si le jour reprenait le dessus, tout en poésie et notes subtiles. Toujours, certes, l’urbain mais en mode “Ecume des Jours” ou “Herbe Rouge ” où l’on entend la trompette douloureuse de Boris Vian tordre les structures d’immeubles avec une finesse d’émotions, de contrastes et de traits que l’on retrouve chez Michel Chalot. Ou, autre vision, celle de la Chocolaterie de Charlie dont la maison prend des allures gourmandes! Des tons éclaircis, presque tranchants et doux à la fois. Ces passages piétons où se balancent, épurés, des silhouettes, des jambes, des pieds à la manière d’Abbey Road et des “Fab Four”. Une vision obsessionnelle de l’homme inscrit en des architectures déshumanisées. Et puis ce joli clin d’oeil en relief aux belles bécanes de Porsche où de vielles pièces fusionnent avec des modèles mythiques. A savourer en fin de mois! On vous en dira plus!

En point d’orgue, comme un délicat rappel d’un Lou Reed, d’un Woody Guthrie ou autres Dylan et Cohen, cette guitare où s’inscrivent les villes en béton,  acier et fulgurances musicales…

A leurs côtés, un stupéfiant talent en herbe qui manie, chose étonnante, le smartphone avec l’oeil esthète des plus grands photographes. Elle signe de son regard d’artiste des instantanés mûrement pensés et scénographiés, jouant de contrastes entre matières rugueuses, éclairages réhabillés avec subtilité d’ombres, lumières et teintes pastel, et angles de vues précisément, délicatement, architecturés en un magie du moment furtif, éphémère.

Carine Ferrières, contrairement à ce que pourraient laisser imaginer de son art les oeuvres exposées, ne manipule pas un attirail complexe d’appareils sophistiqués avec téléobjectifs et autres détails techniques dernier cri! Non! Juste un smart-phone aux applications souples et bien étudiées qui se plient à sa réactivité et sa sensibilité. Avant de pouvoir saisir LA photo, elle l’a déjà en tête, bien imaginée et construite dans l’espace par un regard d’une acuité incroyable, telle cette Tour Eiffel surprise au ras du sol ou ce Pont des Arts dont la rugosité des bancs et la nudité des grilles exemptes de cadenas amoureux mettent l’accent sur un ciel somptueux de luminosité diaphane en une solitude chargée d’émotion brute et fugace.

Car jamais cette virtuose ne vous livrera une photographie telle quelle! Outre le point de vue très particulier et l’oeil qui sait d’instinct quoi s’approprier et comment, l’instant saisi au vol subit quelques modifications qui lui apporteront toute sa charge émotionnelle, véritable signature de la jeune femme, en équilibres et symétries dont l’apparente froideur bien léchée laisse surgir une vague sensuelle de présences humaines en filigrane, comme des traces d’histoires vécues là, tels ces pas gravés dans le sable d’une plage déserte de nos rivages ou ces eaux d’Hossegor dont les remous cachent le sillage d’un bateau, semant derrière lui des nuages effilochés, comme accrochés aux reliefs de la côte… Horizons incertains où l’océan fusionne en volutes tourmentées avec le ciel. De Bilbao aux magnifiques architectures revisitées par son objectif à celles, insolites, presque incongrues en télescopages d’époques, de Paris ou la Défense, du Pont des Arts au Sacré Coeur, vibrant d’une aura de tumultes passés, toute un intensité de vie jaillit de ses photographies… Un talent ciselé en dentelles de détails à suivre de toute évidence dans cet univers où l’urbain et les espaces solitaires dialoguent étrangement.

Partitions urbaines de Vincent Legand

Même partitions musicales jazz et blues avec Vincent Legand, en virées new yorkaises nocturnes, virevoltant sur les vagues d’un paysage urbain suitant le saxo et les clubs de Harlem où explose la vie, teintée de douleurs et de désespoirs. Mêmes tonalités, mais en un registre bien différent où les formes géométriques tissent un univers tout en pudeur, élégance et fines volutes épurées; où les matières aux sensuelles et subtiles sensations tactiles inventent des architectures graphiques et des constructions harmonieuses qui créent un langage, une grammaire, une musique, pleins d’émotions et de sens d’où surgissent des notes flamboyantes en palettes de tonalités contrastées et vives, ou nuancées dans les teintes brunes selon les inspirations de l’artiste. Derrière l’abstraction des volumes se profilent des bribes de vie décalées, intenses et tumultueuses qui disent et racontent l’imaginaire d’un artiste qui justement ne se dit pas, ne se raconte pas, mais qui bouillonne en ses devenirs.

Vincent Legand, nous le suivons depuis son exposition rétrospective à l’Atabal en 2014. Une révélation étonnante, due à Jean Supervielle. Il aura suffi de quelques mois pour que s’affine et s’affirme un talent dont la virtuosité a su exploser en oeuvres magistrales, enfin libéré des carcans de sa timidité! Le jury du prix Ducontenia à Saint Jean de Luz ne s’y est pas trompé en consacrant ses toiles les plus abouties de 2015 à la Rotonde et que nous avions eu la chance de découvrir à Guéthary. Un talent, faut-il le rappeler, qui n’a d’égale que sa grande virtuosité musicale aux percussions dont on aimerait qu’elle accompagne plus souvent ses expositions!

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One Response to Petites bal(l)ades urbaines

  1. marie Roza says:

    Bravo pour les coms. Effectivement ce fut un voyage dans l’art merci les artistes ne le dira de passer vous êtes formidables

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