Coups de coeur

Published on juillet 29th, 2014 | by MagMozaik

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Petite leçon de virtuosité et d’humilité…en mi majeur!

Le Festival International de Piano Classique lançait  hier soir, avec panache, sa 5ème édition,  dans une Gare du Midi bondée. Un programme russe consacré à 2 “Everest” du répertoire: Le concerto numéro 1 de Tchaikovsky, interprété par Thomas Valverde, concertiste de renom, compositeur et créateur de ce festival, ainsi que le concerto numéro 2 de Rachmaninov superbement servi par la nouvelle prodige Coréenne Hj Lim.

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Acoustique difficile …mais état de grâce.

La sonorisation d’un orchestre symphonique n’est jamais chose aisée et l’on aurait pu craindre, en début de concert, qu’elle ne mette les interprètes en difficulté. C’était sans compter sur la pugnacité du chef d’orchestre Alexandre Rabinovitch Barakovsky.



Le Talent pur… le décorum bling bling en moins!

Si certains “conductors” aiment à cultiver leur image narcissique, Alexandre Rabinovitch Barakovky a rappelé à ceux qui auraient pu l’oublier, que la musique était avant tout une affaire de cœur et de passion. On attendait une queue de pie, un col empesé, un noeud papillon ou, au minimum, un baguette. Vint un petit homme à l’allure de tzigane russe, dont le charisme et les incroyables mains nues habitées par la partition,  enflammèrent la scène et le public, séduit par tant de virtuosité, de talent et de maitrise.  Dépouillée de tout superflu, par la grâce de sa direction et d’un corps tout entier dansant, habitant la musique, la Gare du Midi fut ainsi le théâtre d’une soirée peu commune.

Thomas Valverde dans les étoiles.

Avec une simplicité qui n’a d’égale que son immense talent, Thomas Valverde s’installa au piano. Si le premier mouvement fut, pour les musiciens et le public, un moment d’incertitude, inhérent à une acoustique très mat, le second, “andantino semplice” rayonnait d’une grande beauté. Par un jeu tout en délicatesse, inspiré, un phrasé d’une belle limpidité, Thomas Valverde signa une interprétation magistrale qui trouva écho dans le tempêtueux troisième mouvement “Allegro con fuoco“. De quoi conquérir un public déjà sous le charme. A l’entracte, dans les travées de la Gare du Midi, le temps ne s’écoulait pas .Un plaisir inédit et palpable s’emparait des lieux.

HJ Lim,nouvelle prodige du piano international… Un instant rare.

Sa longue chevelure traversa la scène éclairée. Un sourire, un visage lumineux disant assez sa jubilation de dompter les touches, toute de noir vétue, à l’instar des merveilleux musiciens de l’Orchestre Régional Bayonne Côte Basque, HJ Lim s’installa.



Cette jeune Coréenne de 24 ans a déjà enregistré en 2011 chez EMI classique l’intégrale des sonates de Beethoven ainsi qu’un disque en 2014 consacré à Ravel et Scriabine.

Dans ce premier mouvement (On sait que Rachmaninov a dans un premier temps composé les deux derniers mouvements avant d’écrire le premier, avec un peu plus de difficulté – en 1900, il joua les deuxième et troisième mouvements à Moscou, ajouta le premier au printemps 1901 et donna la première exécution complète le 9 novembre de notre calendrier -, comme s’il avait d’abord dû passer la tête hors des eaux profondes de l’angoisse pour pouvoir la peindre. Ainsi, le finale sonne-t-il comme un grand et immédiat retour à la vie, à la fois grandiloquent – synonyme de joie débordante – et tendre), c’est le piano, seul devant l’orchestre muet, qui égrène dans un crescendo ces premiers accords aux accents dramatiques.

En quelques mesures, HJ LIM conjugua au présent, virtuosité et musicalité, et nous ouvrit un flacon de fragrances enivrantes, ne faisant plus qu’un avec son instrument, dans une sorte de transe musicale incroyable. D’un regard, elle questionne l’orchestre et l’invite à devenir concertant. Comme un danseur du Kirov, les bras, que dis-je tout le corps d’Alexandre Rabinovitch Barakovsky se déploient dans l’espace faisant jaillir de l’orchestre des sonorités cuivrées. Final de ce premier mouvement? Un torrent impétueux. On croyait avoir atteind le ciel…HJ Lim nous offrit les étoiles.

La Pénélope des notes…

Dans le second mouvement “Adagio sostenutoHj Lim se mit à tisser en mi Majeur. Sur son écheveau sonore, l’orchestre se donnait en offrande. Des rais de lumière se formaient sous ses doigts et chuchotaient des notes d’amour avec un pupitre des vents divinement inspiré. La délicatesse et la souplesse du phrasé incroyable donnèrent à cet équilibre soliste orchestre toute sa beauté et son émotion. Sur la mer d’Ithaque voguait une déesse échevelée et la Gare du Midi avait pour elle les yeux de Chiméne. Le dernier mouvement? Jubilatoire et vibrant. Les doigts d’HJ Lim couraient sur le clavier , transformé en une palette de couleurs aux nuances infinies.

Standing ovation.

Des travées de la Gare du Midi, une clameur, des bravos fusèrent dès la dernière note évanouie. Deux pièces de Prokofiev interprétées seule par Hj LIM, en rappel, clôturèrent le concert, sous les yeux du chef, accroupi près du piano. Thomas Valverde saisit le micro et rappella que le Festival proposait jusqu’au 6 août des concerts exceptionnels dont on retrouvera la programmation sur le site.

www.festivalpianoclassique.

L’after…
Ce concert se poursuivait au casino de Biarritz  sur des notes plus gastronomiques! Un buffet, magnifiquement préparé par la famille Oteiza, l’un des nombreux partenaires de cet événement avec Izarra, attendait artistes et convives.Un remerciement aux solistes pour leur disponibilité. Hj Lim et Thomas Valverde se prêtèrent avec délicatesse au jeu des photos et de l’interview. Dans les allées du Casino, le chef d’orchestre Alexandre Rabinovitch Barakovsky, d’origine russe et résident suisse,électron libre ivre de fatigue et de notes, se présenta, dans un français impeccable. Cet homme est à lui seul un  flamboyant cocktail d’intelligence, de générosité et de talent, servi avec grâce et subtilité dans un verre de simplicité. Certains de ses collègues devraient s’y abreuver.

Xavier Heuty, Catherine Clerc,contact@magmozaik.com

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3 Responses to Petite leçon de virtuosité et d’humilité…en mi majeur!

  1. Dominique Miller says:

    Tres belle soirée , c est vrai , mais comment est il possible d inviter de tels talents, alors qu il n y a pas de clim ? Nous mêmes ,dans la salle , transpirions .. Et ” l électron libre ivre de fatigue et de notes ” l était certainement aussi à cause de la chaleur ! J avais vu autrefois Alexandre Rabinowitch avec Martha Argeritch , nous sommes venus ” pour ” lui en premier lieu , et j’ ai regretté ce manque d égard pour lui . Beaucoup apprécie aussi j.Kim, virtuose joyeuse ! Merci à Monsieur Rabinowitch , merci a tous solistes et orchestre .

  2. philippe gabarrot says:

    trés belle transcription du concerto de tchaikovsky pour piano orchestre et baryton puisque ce talentueux chef nous a en plus fait l’offrande de sa superbe voix pour se substituer à un pupitre de cuivres subitement absent… sans parler de se grand silence en point d’orgue témoin d’un manque de travail de l’ensemble plus que d’un “moment d’incertitude”.
    grand moment d’angoisse pour le public sans doute bien moindre que pour Thomas Valverde…
    heureusement la deuxième partie a laissé une meilleure impression largement dominé par un piano somptueux qui a su effacer les insuffisances toujours présentes de l’orchestre

    • MagMozaik says:

      il faut tout de même dire que l’orchestre n’a eu qu’un jour pour répeter avec ce grand chef!! c’est un peu court tout de même et tous ces musiciens ne s’en sont pas si mal sortis!!

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