Donostia 2016

Published on mars 2nd, 2016 | by MagMozaik

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Oskara, la tradition revisitée!

Kukai Dantza ? Qui ne connait pas cette troupe extraordinaire qui revisite les grands classiques de la danse traditionnelle basque en mode contemporain, grâce à l’apport de chorégraphes extérieurs, d’artistes plasticiens et de compagnies de théâtre. A l’origine? Jon Maya, danseur virtuose qui, voici quelques années, crée sa propre troupe, entraînant en son sillage de jeunes talents prêts à suivre sa démarche résolument actuelle, sans pour autant renier une base fondamentale basque. Pourquoi Kukai? Un nom venu ainsi par hasard pour sa belle consonance et pour une compagnie qui n’avait rien de hasardeux! Après bien des expériences contemporaines d’envergure internationale, Kukai s’est lancée dans une aventure qui met en relief des cultures associées à leurs paysages géographiques, en lien direct avec un partenaire essentiel, Marcos Morau de la Véronal. Oskara en est la version basque que nous avons eu la grande chance de savourer dans toutes ses volutes chorégraphiques …Petit périple au sein d’une compagnie atypique, à travers son fondateur, ses ballets et ses projets à venir!

Kukai dans tous ses états: Entretiens croisés

En lice en cet après midi, prélude à la représentation unique de la soirée, Jon Maya, fondateur de la Compagnie Kukai Dantza basée à Errenderia, et Mathieu Vivier pour la Scène Nationale du Sud Aquitain. Un entretien croisé pour des projets d’envergure menés en commun, d’autant que la Scène Nationale co-produit pour la première fois un ballet de Kukai Dantza!

Nos questions sont certes nombreuses mais Jon Maya y répond avec un bel enthousiasme et une passion intacte pour son art, car il se considère, avant tout, comme un danseur, entrainant dans son sillage, depuis les débuts de la compagnie, de jeunes talents virtuoses, 5 au total. Actualité oblige avec l’exposition Soka Dantza de l’Institut Culturel Basque installée, après Biarritz, à Donostia, dans laquelle Jon Maya a laissé des traces de sauts basques sur de vastes toiles blanches, ses pieds imprégnés de peinture faisant office de pinceaux. Impression? De la curiosité tout d’abord, puis une vague d’émotion le submergeant pour cette aventure insolite.

Très impliqué sur Errenteria, port d’attache de Kukai, et dans le Ballet T de Malandain Ballet Biarritz, Jon Maya a travaillé, sur Oskara, avec le chorégraphe Marco Morau de La Véronal dans un projet permettant de visiter, en gestuelles chorégraphiques, de multiples régions à travers leurs cultures, leurs traditions et leurs paysages, ainsi sublimés. Oskara est l’opus basque de ce vaste ensemble ambitieux pour lequel tous les arts ont été finement mobilisés afin d’esquisser une manière somptueuse de vivre, en filigrane, ses racines, en mode contemporain et traditionnel à la fois, des danseurs et lumières aux décors, des costumes aux musiques et chants. Une épure virtuose où l’on retrouve, au fil des tableaux chorégraphiques,  les masques de carnaval, les sonneurs de cloches ou les hommes chevaux de la Soule, ponctués des chants vibrants de bertsulari ou de choeurs.

Dès l’origine d’Oskara, la Scène Nationale du Sud Aquitain, dont on connait la vertu de découvrir moult talents insolites et inédits, est intervenue en co-production et accueil de la troupe sur Bayonne. Mais autour de l’événement, tout un parcours de sensibilisation à la danse et aux spécificités de la troupe s’est enclenché, dans les lycées et écoles, à travers des ateliers de danse et de scénographie notamment.

Un dispositif qui a permis la participation au spectacle, en 3 interventions, d’un groupe amateur de danseurs, qui s’est joint aux 5 danseurs professionnels et habituels de Kukai, à savoir Alain Maya, Eneko Gil, Bon Huarte, Nerea Vesca et Urko Mitxelena. Cet accompagnement se poursuit actuellement et se double d’une tournée du précédent ballet de Kukai résumé en une prestation de quelque 20 minutes.

Une épure virtuose et magistrale

Fin janvier, 2 représentations d’Oskara, auxquelles nous n’avions pu assister faute de places, étaient programmées à Donostia dans le cadre de l’année culturelle européenne 2016. Un rattrapage le 1er mars à Bayonne que nous pensions encore perdu pour les mêmes raisons d’engouement! Et puis, petit miracle, nous avons pu admirer cette merveilleuse création. Nous remercions vivement la Scène nationale de nous avoir permis de savourer ce délicat mets de roi!

Un théâtre plein à craquer, émaillé de belles personnalités dont Pantxoa Etchegoin (Institut Culturel Basque) et Philippe Oyhamburu, immense écrivain et poète basque que l’on ne présente plus tant il incarne la légende culturelle basque contemporaine. Un grand ami de mon illustre arrière grand-père, Faustin Bentaberry, musicien dont le souvenir ne me quitte jamais dans ma démarche journalistique en faveur des cultures et des arts au Pays basque.

Place au spectacle… Pour seuls décors, des voiles évanescents comme des brumes de ce pays où les traditions identitaires se nichent dans les montagnes. Et des profondeurs de ces vallées austères, ombrageuses, surgissent des choeurs et musiques qui disent assez la pudeur et la dignité de l’âme basque. Sur scène, un vieil homme aux chants de tempêtes, dont la voix impose silence et respect. Images cliniques d’un homme nu, étendu sur un brancard, comme un symbole de la mort incertaine des traditions?

Et puis tout revient de sa mémoire, en personnages toujours de blanc vêtus, danseurs sublimes dont la gestuelle contemporaine élégante s’enrichit de sauts basques traditionnels aériens et magiques… En filigrane et voiles à peine effleurés surgissent les légendes de la mythologie basque… L’ours des montagnes, les espiègles farceurs de carnavals, visages cachés par de subtiles dentelles blanches, le sonneur annonciateur du printemps et de la vie et ces hommes chevaux souletins dont la gestuelle exprime toute la fusion entre tradition et modernité… Et puis cette fin, comme un cycle de vie, où le sonneur, dénudé, repart sur son brancard .. Seul demeure le chant vibrant d’émotion du vieil homme en costume gris.

Inutile de vous conter l’ovation qui s’en est ensuivie! Un théâtre debout pour acclamer l’incroyable talent de cette compagnie qui, on l’avoue, nous a tiré quelques larmes en hommage à cette sublime interprétation de la culture et de l’identité basques. Je suis certaine que Philippe Oyhamburu aura aussi agi de même devant tant de souvenirs et de grâce égrenés en mouvements qui disent tout de la fierté d’être basque.

www.kukai.info et www.scenenationale.fr

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

Photos Mathieu CLERC, vidéo Philippe SIRET

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