Personnalités arts et cultures

Published on juin 20th, 2015 | by MagMozaik

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Oroitzen Naiz… La belle mémoire d’ une belle personne!

Danseur, chorégraphe, directeur artistique, chanteur, chef de chœur, écrivain, conférencier, homme de radio, Philippe Oyhamburu né Doyhambure à Argelès-Gazost le 26 juin 1921 fétera dans quelques jours ses 94 ans, dont plus de 70 au service de la culture Basque. Aprés “La revanche de Bakounine ou de l’Anarchisme à l’autogestion” (Editions entente), ” L’irréductible phénomène Basque” et “Euskal-deituren Hiztegia” (Éditions Hitzak), le créateur d’Etorki revient sur ses odyssées artistiques à travers deux ouvrages:” De Biarritz à Tbilissi en passant par Bogota” et ” De Tbilissi à Getaria en passant par New-York “.



Le Temps des Rencontres.

De son enfance à Montevideo, qui se poursuivra à Paris, le futur élève du Lycée Janson De Sailly, se remémore les allers retours de Paris à Hendaye où il passe ses étés, observant en 1936, de Fontarrabie à Sokoburu, un flot ininterrompu de barques emplies d’un Peuple Basque fuyant le Franquisme.

-Tu eres Espanol ? No! Soy Basco como tu ! Lui répond Félix, 7 ans, réfugié.

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Ayant appris le fandango avec des danseuses d’Irun, les ballets Olaeta (www.balletsolaeta.com) cherchent en 1942 un accordéoniste, instrument que Philippe préférait au piano de sa mère. De l’arbre « du hasard et de la nécessité », une pomme vient de tomber dans le jardin d’Eden de l’homme au mille et une vie. Avant de quitter Biarritz pour retrouver Bilbao, Vitor OLAETA, le meilleur danseur de la troupe, transmet l’intégralité de son savoir à un passionné qui ne demande qu’à apprendre. Michel d’Arcangues, les biarrots Jontxu Hillau Pedro Choribit et tant d’autres forgeront une conscience politique, pour celui qui deviendra un authentique Abertzale.

D’Oldarra à la naissance d’Etorki

L’après guerre voit la naissance d’Oldarra enrichi d’éléments d’autres entités comme ERESOINKA (1937-1939), ensemble instrumental et vocal (mixte) formé à l’initiative du gouvernement Basque de Bilbao. Devenu directeur artistique, Philippe est aussi chef de Chœur. Oldarra alterne donc danses Bas-Navarraises ou Biscayennes, entre autres, et chants du Père Donostia, d’Etxabe, d’Ermand Bonnal ou des solos de Txistu.

La renommée du groupe est telle que, pour les besoins d’un concert, le studio de la Victorine à Nice reconstitue la place du village d’Iholdy !! Les champs Elysees, le Kursaal de Donostia (spectacle LURRARGI), tournée à Alger en 1951, Bruxelles, enregistrement d’un 78 tours ! sous le label chant du monde (Agur-Maria, Maritxu, Ama begira zazu et Txomin et un fandango avec à l’atabal Francois Heuty, mon père). Les amateurs d’Oldarra se démultiplient et conjuguent vie professionnelle, familiale et passion. Philippe quitte alors Oldarra pour créer la seconde troupe professionnelle après Eresoinka, “Etorki”

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L’épopée d’Etorki en 1972

Crée en 1954, formé de danseurs/chanteurs d’horizons lointains (on y parle trois langues) et du meilleur Txistulari que le Pays Basque ait connu, Polentzi Guezala, Etorki enchaîne les succès sur les scènes internationales. La tournée Etorki de 1972 en Afrique du sud (qui remontera en Amérique latine puis Rio de Janeiro) ferait à elle seule l’objet d’un roman.

Huit mois de tournée qui débute par 53 spectacles en 60 jours …en plein Apartheid, avec une troupe qui se voit refuser de faire un spectacle pour les hommes de couleur. Qu’a cela ne tienne ! Philippe et des chanteurs se retrouvent en fin de soirée dans les cuisines d’un cabaret où les cuisiniers chantent zoulou avant que le propriétaire des lieux n’appelle la police ! La troupe se disloque au gré des rencontres. Un chanteur “disparaît” en Bolivie pour retrouver sa fiancée à Montevideo, un turc embauché comme danseur reste en Afrique du Sud. Au Mexique la troupe continue jusqu’à San Francisco où trois danseurs contactent la diaspora des Basques de l’ Idaho …….pour payer l’avion jusqu’à New-York !! Le dernier carré paye son billet retour en dansant sur le paquebot les ramenant en Euskal Herri..

Oroitzen Naiz… Je me souviens..



Coproduit par Malandain Ballet Biarritz et l’institut Culturel Basque , trois destins exceptionnels se retrouvèrent fin septembre et début octobre 2011 au théâtre du Colisée à Biarritz. Mizel Theret, danseur et chorégraphe crée alors un ballet avec Philippe Oyhamburu, Koldo Zabala et Jean Nesprias. D’une délicatesse absolue, cette variation autour du corps qui vieillit, de destins qui se croisent et se ressemblent sera aussi produit sur les scènes du Téatro Principal (4 octobre 2011) de San Sébastien , Salle BBK de Bilbao, Salle Niessen de Renteria et à la Biennale de la danse à Lyon. Un documentaire sera réalisé par Caroline Otero et Catherine Guillaud.

L’Homme de Radio.

Pierre Schaeffer, compositeur de musique concrète fait entrer Philippe sur les ondes de Radio Outre-Mer qui interviendra sur France-Culture, Radio-France Internationale, Radio-Adour Navarre (Créée par Alexandre de la Cerda) et une quotidienne de 2009 à 2010 sur France bleu Pays Basque.Secret de jeunesse de l’homme?  ” Il faut vouloir vivre, j’entends par là non seulement exister, mais vivre, c’est à dire avoir envie des choses et tout d’abord savoir sortir de soi-même pour s’intéresser au monde, aux gens, essayer de les comprendre et d’apprendre, toujours apprendre.. “

L’anecdote.

En quittant Philippe, les bras remplis de cadeaux et d’une interview qu’il a illuminé de son intelligence, je lui fais part d’une histoire qui le concerne. Invité en 1994 à jouer du Txistu à Stockholm au WASAHOF, un restaurant où se retrouvent les artistes de la ville, j’accepte une invitation d’un compositeur qui me parle bien évidemment et en Français de ses voyages (un suédois qui ne voyage pas et n’est pas trilingue ça n’existe pas). Dans une maison perdue de la Pampa Suédoise à 23 heures, et au moment de se quitter, mon hôte me confie : “Il y a quelques années au Pays Basque j’ai rencontré de nombreux artistes dans différents domaines et il se trouve que lors d’une soirée on m’a présenté un homme brillant, danseur, chorégraphe qui avait vécu en une vie autant que 10 suédois réunis. Il s ‘appelait Philippe…. Philippe….

www.eke.eus/fr/nouvelles/1202119054

Xavier HEUTY, magmozaik64200@gmail.com

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