littérature

Published on février 5th, 2017 | by MagMozaik

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“On ne va nulle part si on ne sait pas d’où l’on vient”

Joseph Boyden est un écrivain canadien de langue anglaise, né dans l’Ontario en 1966, cadet de sept sœurs dans une famille de onze enfants. Il a des origines irlandaises, écossaises et amérindiennes (qui le rattachent aux indiens Cree).

Son grand-père maternel a combattu en France durant la première guerre mondiale. Son père, médecin militaire, a été l’un des plus décorés de la seconde guerre mondiale : « Il a été blessé à Monte Cassino, décoré. Jamais il ne m’en parlait. Quand j’étais enfant, il refusait qu’on chasse. Plus tard, j’ai rencontré son batman, comme on dit dans le jargon militaire canadien – son ordonnance. Il m’a appris qu’il avait fini lieutenant-colonel. Je l’ignorais ». Ce père meurt quand il n’a que huit ans et il s’en inspirera pour l’un de ses personnages.

Adolescent, c’est un punk à la crête iroquoise. Il vit un moment dans la rue. Il étudie. Il participe à des concerts comme intermittent du spectacle et  exerce d’autres petits métiers, barman dans des pubs et même fossoyeur. Il arrive en 1987 à La Nouvelle-Orléans, accompagnant un groupe de punk rock de Caroline du Sud, « Bajooka Joe ». Il fait beaucoup la fête et participe aussi à des ateliers d’écriture où il rencontre son épouse, la romancière américaine Amanda Boyden. Ils se sont mariés en 1996.

Quelle a été l'origine de ses romans, la toute première étincelle ?

Joseph Boyden a choisi d’écrire sur ses ascendances indiennes. Ses ouvrages sont consacrés au destin des premières nations du nord de l’Ontario qui vivaient libres avant de se retrouver cloîtrées dans des réserves. Son style, d’une grande pureté d’écriture, est direct, sans fioritures. Ses mots, savamment choisis, nous atteignent à chaque phrase.

« Je connaissais la figure et le destin de Jean de Brébeuf, un missionnaire jésuite venu de Normandie, capturé par les Iroquois et mort brûlé vif en 1649. Il était venu dans le Nouveau Monde pour sauver l’âme des peuples primitifs, mener les sauvages vers la lumière du Christ. Mais il existe, sur ce moment fondateur de l’histoire du Canada, un autre regard possible – une autre version, que personne ne semble connaître : sur le territoire nord-américain, avant l’arrivée des Européens, vivaient des individus qui formaient des sociétés humaines aussi sophistiquées et complexes que les sociétés occidentales. Il ne s’agit pas de verser dans le romantisme : ce n’était pas un monde parfait, un paradis caché. Mais un lieu où ces communautés avaient appris à cohabiter plus ou moins harmonieusement, et où les Européens ont amené le déséquilibre, suscité les guerres entre les tribus » (extrait d’une interview dans Télérama du 7/06/2014).

Son premier roman, « Le Chemin des âmes » (Three Day Road)

A été bien accueilli par le public et lui a permis d’acquérir une certaine notoriété au Canada où il remporte le prix Amazon en 2006. Ce roman retrace le périple de deux jeunes Indiens Cree engagés volontaires pendant la première guerre mondiale.

1919, Nord de l’Ontario. Niska, une vieille Indienne Cree, attend sur un quai de gare le retour d’un soldat. Pourtant, l’homme qui descend du train n’est pas Elijah mais son neveu Xavier qu’elle croyait disparu, ou plutôt son ombre, malade et méconnaissable. Trois jours durant, à bord du canoë qui les ramène chez eux, Xavier, entre la vie et la mort, replonge dans les eaux sombres de son passé. Lorsque, en 1914, il avait décidé avec Elijah, son meilleur ami, de s’engager dans l’armée canadienne, ils étaient certains l’un et l’autre de connaître l’aventure de leur vie. Mais sur les champs de bataille français, l’enfer les attendait…

« Lorsque j’ai commencé à écrire Le Chemin des âmes, je voulais que mes deux jeunes tireurs d’élite indiens, envoyés en France et en Belgique sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale, viennent du lieu le plus calme et le plus reculé qui soit. J’ai naturellement choisi la baie James. Dès lors que j’y ai eu vécu durant quelques années, ce lieu est devenu pour moi indissociable de l’écriture. J’aime écrire dans un endroit qui me procure un sentiment d’isolement parfait, aussi bien physique que mental. Mes personnages sont alors contraints de s’extraire de leurs propres zones de confort pour se développer, gagner en autonomie, se mettre à exister en dehors de moi. La baie James continue à avoir cette emprise sur moi ».

Paru chez Albin Michel en 2006, traduction de Hughes Leroy, 391 p.

Son deuxième roman, « Les Saisons de la solitude » (Through Black Spruce)

Remporte le prix Giller en 2008. Ecrit à deux voix, ce livre continue de narrer la vie des descendants de Xavier de nos jours.

Will Bird, un ancien trappeur, petit-fils de Xavier, est dans le coma. Annie, sa nièce, se trouve à son chevet. Chacun parle à l’autre, Will dans son esprit et Annie par la parole. Ils déroulent chacun leur vie, faite de contrastes entre les forêts canadiennes et les tours de Manhattan, la quête du gibier et celle de la célébrité. Mais surtout, la tragédie d’un peuple contraint de vivre dans des réserves, prisonnier de l’alcool et de rêves inassouvis de liberté, de préservation de son mode de vie dans le respect de ses traditions.

Paru chez Albin Michel en 2009, traduction de Michel Lederer, 528 p.

En 2014, "Dans le grand cercle du monde" (The Orenda)

Raconte les guerres fratricides entre Indiens. Comme dans « Le chemin des âmes » trois voix se superposent dans le récit. Il s’agit en fait du «préquel» qui remonte jusqu’au XVIIe siècle, dans l’histoire de la famille Bird et dans celle du Canada, pour mettre en présence trois personnages principaux : un guerrier huron, une adolescente iroquoise et un missionnaire ­jésuite français.

L’arrivée de missionnaires jésuites au Canada, surnommés les Corbeaux par les indiens va progressivement gangréner leur vie d’hommes libres. Insidieusement, ces missionnaires vont parvenir à influer sur leur comportement. Les indiens en ont conscience, mais ne veulent pas comprendre que ces changements seront définitifs. Des combats auront lieu, opposant missionnaires et indiens ainsi qu’indiens Hurons et Iroquois.

« Nous menons tous nos propres guerres, des guerres pour lesquelles nous serons jugés. Certaines, nous les menons dans les forêts proches de chez nous, d’autres dans des jungles lointaines ou dans de distants déserts brûlants. Nous menons tous nos propres guerres, aussi vaut-il peut-être mieux ne pas juger, car il est rare que nous sachions pourquoi nous nous battons avec autant de sauvagerie ».

Paru chez Albin Michel en2014, traduction de Michel Lederer, 608 p.

Les trois romans de cette trilogie de la famille Bird, membres de la communauté indienne des Cree, peuvent se lire indépendamment les uns des autres. Cependant, comme dans « Star Wars », on peut aussi respecter l’ordre chronologique de cette saga.

Il serait regrettable de ne pas citer un autre livre de Josepth Boyden : « Là haut vers le Nord » écrit en 2001. Il s’agit d’un recueil de treize nouvelles étonnantes, mélange fascinant d’émotion, de colère et de grâce, de violence et de poésie.

Paru chez Albin Michel en 2008, traduction Hugues Leroy, 275 p.

« Seulement après que le dernier arbre aura été coupé,

Seulement après que la dernière rivière aura été empoisonnée,

Seulement après que le dernier poisson aura été pêché,

Seulement alors tu découvriras que l’argent ne peut pas être mangé.”

Prophétie des indiens Cree

Catherine Bosser pour Magmozaïk64200@gmail.com

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