littérature

Published on février 15th, 2017 | by MagMozaik

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Hola Leonardo !

Il est des auteurs dont l’écriture et les thèmes de prédilection sont d’une constante qualité et qui nous captivent chaque fois que l’on se plonge dans leurs livres. Ils allient une grande finesse d’analyse à un choix de mots justes et font preuve d’une sensibilité qui n’exclut ni l’humour, ni la noirceur. Toutes ces qualités qui font d’un écrivain, un Grand Ecrivain. Voici aujourd’hui l’un de ces magiciens des mots : Leonardo Padura.

Leonardo Padura Fuentes est né le 9 octobre 1955 à la Havane. Diplômé de littérature hispano-américaine, il deviendra romancier, essayiste, journaliste et auteur de scénarios pour le cinéma (notamment celui de « Retour à Ithaque » de Laurent Cantet). Il entre d’abord comme journaliste au supplément dominical du journal Juventud Rebelde et signe des critiques littéraires, ainsi que des articles de fond. Jusqu’en 1995, il est rédacteur en chef de La Gazeta de Cuba.

Ce grand écrivain a reçu de très nombreux prix pour l’ensemble de ses romans, qu’ils soient policiers ou historiques. L’explication en est simple : sa qualité d’écriture et sa fidélité à ses idéaux. Profondément attaché à son île, il en a partagé les espoirs révolutionnaires, sans jamais hésiter à dénoncer les dérives d’une bureaucratie omniprésente et souvent corrompue. Contrairement à d’autres écrivains cubains, qui se sont fait un nom en appelant au renversement du régime depuis leur exil doré de Floride ou d’ailleurs, Leonardo Padura ne s’est jamais coupé du peuple cubain et de ses aspirations. Peut-être est-ce la raison qui l’a protégé de la censure et lui vaut aujourd’hui d’être reconnu dans son propre pays.

La tétralogie des « Quatre saisons »

Au début de cette tétralogie, Leonardo Padura nous présente les personnages qui seront les principaux piliers d’une longue et passionnante série policière : le lieutenant-enquêteur Mario Conde, un flic un peu caractériel, alcoolo et désabusé, amateur de littérature, protecteur et vengeur des petits et des faibles, le Vieux, commissaire et grand fumeur de cigares, Carlos El Flaco, l’ami d’enfance, vétéran des guerres d’Angola cloué dans son fauteuil roulant, Josefina la cuisinière qui crée des banquets avec rien,  sans oublier le petit monde des habitants de La Havane. « Le Conde » est le représentant de la génération “cachée”, celle dont la lucidité a dû s’accommoder de l’échec des utopies.

Durant plus de  dix années, Leonardo Padura nous entraînera, au cours d’enquêtes palpitantes, dans différents quartiers de la ville, et abordera des thèmes sensibles sur la société cubaine, ses difficultés et ses travers.

« Passé Parfait » La Havane, Hiver 1989. Le lieutenant Mario Conde est chargé d’enquêter sur la disparition mystérieuse du directeur d’une grande entreprise.

« Vents de Carême » En 1989, pendant les jours étranges où commencent à souffler les vents de carême qui annoncent l’infernal printemps cubain, l’inspecteur Mario Conde rencontre une éblouissante saxophoniste, musicienne de jazz.

« Électre à La Havane » Mario Conde rend visite à un metteur en scène homosexuel qui lui permet de résoudre l’énigme du cadavre d’un homme vêtu d’une robe découvert dans un bois.

« L’Automne à Cuba » Face à la corruption de la police, Le Conde pense à démissionner mais accepte de mener une dernière enquête sur un assassinat : le meurtre horrible et quasi rituel d’un ancien responsable de l’économie cubaine exilé et de retour avec un passeport américain.

D’autres romans policiers ont  suivi cette tétralogie, tels « Mort d’un chinois à la Havane » ou « Les brumes du passé » et surtout « Adiós Hemingway » qui évoque le souvenir de l’auteur américain Ernest Hemingway auquel Padura voue une grande admiration. « La lecture de Hemingway a fait de moi un écrivain. Je l’ai admiré infiniment. Mais j’ai découvert sa part d’ombre. Alors, j’ai écrit ce roman pour régler mes comptes avec lui ».

Un auteur féru d’Histoire

Leonardo Padura ne s’est pas contenté d’écrire des romans policiers. Il s’est aussi beaucoup investi dans l’étude et la relation de faits historiques, reliant le passé au présent, articulant les faits, les époques et les événements, sans jamais perdre la maîtrise du récit.

Dans « Le palmier et l’étoile » le personnage principal, Fernando Terry revient à Cuba après dix-huit ans d’exil en Espagne. Cet ancien professeur de littérature a dû quitter son île natale au milieu des années 70 après son renvoi de l’université suite à une trahison. La quête d’un manuscrit perdu et les tâtonnements mesquins et maladroits de Fernando à la recherche du supposé traître, sont entrecoupés de la transcription de l’autobiographie fictive, solidement documentée, de José Maria Heredia (poète cubain presque homonyme de notre poète parnassien). C’est l’histoire d’un autre exil, celui auquel fut condamné le poète pour avoir participé au premier mouvement indépendantiste cubain.

Avec « L’homme qui aimait les chiens », sans doute son livre le plus abouti, alterne l’exil de Trotski à Coyoacan (Mexique) et les années de formation politique de Ramon Mercader, le jeune espagnol chargé de son assassinat. Leonardo Padura nous conte l’isolement croissant de l’homme public et la montée en puissance de l’agent de l’ombre. Il nous offre le plaisir de croiser Frida Kahlo et Diego Rivera.

Enfin, « Hérétiques », son avant-dernier roman traduit en français, nous permet de retrouver avec délectation Mario Condé dans un registre différent puisque, partant d’une enquête sur un tableau de Rembrandt volé en 1939, Leonardo Padura nous transporte à Amsterdam, en plein 17ème siècle, à l’heure des excommunications religieuses et des audaces picturales. Il nous donne à cette occasion une sublime leçon de peinture et rend un vibrant hommage au libre arbitre et à tous les “hérétiques” qui osent s’opposer aux dictats de leur temps ou de leur communauté.

Leonardo Padura vit à la Havane. Il s’est souvent déplacé de par le monde, mais, toujours, il est revenu dans son île. Depuis le 19ème siècle, l’exil est profondément lié à la vie cubaine et de nombreuses familles ont vécu des séparations, parfois sans espoir de retour. Si la levée de l’embargo devrait permettre d’améliorer progressivement la vie des cubains, Leonardo Padura ne croît pas pour autant que Cuba puisse devenir un jour une nouvelle étoile sur le drapeau américain. Par contre, il en est une pour ses lecteurs.

Tous les titres cités dans cet article sont traduits en France aux éditions Métailié.

Catherine Bosser pour magmozaik64200@gmail.com

Photos de la Havane : Catherine Bosser

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One Response to Hola Leonardo !

  1. Chris says:

    Merci pour cette belle découverte !

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