Coups de coeur

Published on avril 21st, 2016 | by MagMozaik

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Oh… les Beaux Jours!!

Etrange pièce que celle écrite par Samuel Beckett qui jouait allègrement sur les sonorités vocales et musicales en un cadre bien insolite et pour le moins original! Un petit clin d’oeil qu’on ne saurait éviter à l’évocation de cette nouvelle grande et riche manifestation qui accroit largement l’offre culturelle de Biarritz en mi-saison. De fait, Michel Veunac avait déjà inscrit dans son programme municipal la volonté de faire revivre l’esprit d’un événement aujourd’hui disparu: Les Fêtes Musicales de Mai. Confiant en la personnalité créative, “extra-ordinaire” et talentueuse en diable de Thomas Valverde, déjà à l’origine du formidable Festival International de Piano en août sur la ville, il lui confia derechef la mission périlleuse d’imaginer un programme musical, éclectique dans les styles proposés, tous publics, mais avec des musiciens et artistes de haut niveau. Après un premier rodage l’an dernier avec Richard Galliano et Ibrahim Malouf, surgit aujourd’hui, du 13 au 21 mai, en 4 lieux distincts de la cité, une manifestation élaborée avec intelligence et émotion qui réussit le challenge de bâtir de subtiles passerelles entre musiques classiques et contemporaines, esthétiques différentes et arts numériques, étonnants de constructions scénographies très pertinentes.

De l'art du décloisonnement

Thomas Valverde le revendique haut et fort, il navigue sur le fil de ses curiosités foisonnantes et des palettes de ses émotions multiples. Son ambition? Inciter le plus large public à glisser, en une aventure musicale unique, d’un style à l’autre d’apparence très opposés en un large panorama qui aurait pour centre de gravitation la musique dite “classique” mais dont les frontières s’estompent à travers de jeunes virtuoses, plus éclectiques, et des esthétiques souvent liées aux personnalités et cultures musicales denses de ces talents là! Le Festival International de Piano l’avait prouvé à l’envi par la richesse des interprètes, voire compositeurs de très haute qualité conviés, cet événement là le confirme! Thomas Valverde illustre d’ailleurs bien, par son parcours personnel, l’émergence de nouveaux artistes qui savent avec brio construire de mutiples passerelles subtiles entre genres sensés diverger, entre jazz et baroque, réécriture de grands classiques et new age, pop et musique sacrée, chant lyrique et formations très ouvertes aux scénographies qui intègrent les images aux sons.

Ce pianiste-compositeur très original et créatif le souligne d’ailleurs: De nouveaux artistes se profilent qui prennent désormais en mains leurs envies d’univers personnels et novateurs. Les trois formations invitées, nous le constaterons vite avec une certaine délectation, ne doivent en rien leur existence à une quelconque décision institutionnelle mais bel et bien à la volonté d’un chef d’orchestre, souvent impétueux et insolent, voire iconoclaste, dans ses choix artistiques, de mettre véritablement en scène son propre ensemble, ce qui en renforce inévitablement et fort heureusement la vitalité et la grande souplesse des répertoires et interprétations inédites, quasi identitaires! C’est ainsi le cas du “Balcon” dont la créativité scénographique ludique n’a d’égale que son impressionnante virtuosité. Gourmandise, émotion, découverte, voilà les fils rouges qui guident la première programmation de ce festival atypique, presque expérimental.

On l’aura deviné, les extrêmes sensibilité et curiosité de Thomas Valverde lui dictent une programmation conçue en une architecture émotionnelle. 3 variations en rythment les choix. Joie, exubérance lumineuse et positive? C’est le registre où se situent les deux concerts d’ouverture et de clôture avec Karine Deshayes, magnifique interprète de Rossini en “Force Majeures” et Chucho Valdès accompagné de son groupe de jazz cubain. Le sens du sacré tout en exaltation, voire transe, et profondeur? Voilà une partition dévolue à l’ensemble “Pygmalion” de Raphaël Pichon et ses motets de Bach ou, à l’opposé, dans les douleurs intenses de l’exil, au libanais Bachar Mar-Khalifé, la grande valeur montante de ces dernières années. L'”extra-ordinaire”, le hors normes, le fantastique et le fantasmagorique? Des limites de l’imaginaire où nous entrainent le Quatuor Voce en un spectacle, “Ressac”, où les images de Yannick Jacquet épousent les volutes des phrasés de Ravel, mais aussi l’étonnante Shéhérazade de Rimski-Korsakov revisitée par Arthur Lavandier sous la direction du fulgurant Maxime Pascal et son ensemble “Le Balcon”.

Une programmation alléchante

4 espaces s’impliquent au cœur du festival: Le théâtre du Casino Municipal, la rotonde du Casino Bellevue, l’Atabal et l’Eglise Sainte Eugénie. Karine Deshayes, mezzo-soprano, ouvre le bal au Casino Municipal  le 13 mai à 20h30 pour un jubilatoire et gai florilège des œuvres marquantes de  Rossini, “Les Forces Majeures”, accompagnée des 37 musiciens de Raphaël Merlin. Un tintinabulement des plus cristallins!

Le week-end de Pentecôte accueille ensuite la création majeure du festival, prélude à une série d’événements phares,  récurrents chaque année, et qu’inaugure l’étonnant spectacle “Ressac” proposé à la rotonde du Casino Bellevue les 14 mai (19h00 et 20h30) et 15 mai (17h00 et 18h30). Sur les notes envoutante de Ravel, dont le quatuor en Fa Majeur, opus 35, sculptent des images océanes, de soleils brumeux, de houles sereines ou de fracas de tempêtes indomptables, le vidéaste Yannick Jacquet a imaginé une série de scènes maritimes impétueuses filmées en 120 images seconde et déroulées, en accéléré ou ralenti, selon la partition musicale, sur 12 écrans de 4m sur 3, disposés en arc de cercle panoramique de 180 degrés, sur lesquels déferlent notes et flots en des jeux infinis d’écrans, de mouvements et de nuances de couleurs. Un dispositif de 30 mn qu’il nous tarde de découvrir à travers l’interprétation du superbe Quatuor Voce, placé au cœur de cette prodigieuse installation.

Le 17 mai à 20h30 en l’Eglise Sainte Eugénie, place au profond et majestueux souffle baroque de Bach dont les motets, œuvres vocales les plus abouties dans le registre du sacré, résonneront en ces murs bien appropriés. Au pupitre, l’un des plus exigeant, passionné et doué chef d’orchestre nouvelle génération, Raphaël Pichon, à la tête de sa formation de 24 chanteurs et 4 instrumentistes hors-pair, Pygmalion. Frissons d’émotion garantis!

Le lendemain, dans le même registre de l’émotion oscillant entre exaltation et profondeur, la jeune étoile montante libanaise Bachar Mar- Khalifé nous entraine dans ses douleurs exacerbées d’exil à travers son nouvel album “Ya Balad” et son trio musical. A la croisée de la percussion, du piano et du chant, de la musique classique, de l’électro et des lancinantes sonorités arabes, l’artiste nous plonge au cœur de ses rêves et de ses souvenirs en une liberté de ton que nourrit sa culture franco-libanaise. Un concert des forces et blessures à ne pas manquer à l’Atabal, dès 20h30.

Très attendu pour son sens de la mise en scène dans l’espace et sa volonté d’effacer les frontières entre public et interprètes, entre musique contemporaine électronique et poème symphonique russe, revisité par Arthur Lavandier, le génial et frénétique trublion du festival, qui multiplie les expériences nouvelles, Maxime Pascal s’installe avec sa formation “Le Balcon” au Casino Municipal. Sa marque de fabrique? Elaborer à chaque spectacle des scénographies originales se jouant des espaces et des formes d’expression artistiques multiples intégrées aux concerts. Au programme le concerto pour un piano espace n°2 de Michaël Levinas et la Shéhérazade de Rimski-Korsakov en mode inédit! Qui sait si quelques créatures des mille et une nuits ne surgiront pas du public?

Enfin, gare du Midi, le 21 mai à 20h30, le festival s’achève dans l’allégresse avec Chucho Valdès et l’Afro Cuban Messengers pour un explosif et jubilatoire “Tribute to Irakere”. A 73 ans, la star mondialement reconnue du jazz afro-cubain enflammera la scène en un tourbillon endiablé de multiples influences musicales où se mêlent tambours sacrés et bata, chants yoruba, tonalités arabo-andalouses, mambo, frénésies de carnavals….

Pour toutes infos et réservations: www.biarritz.fr

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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