Spectacles vivants

Published on avril 15th, 2015 | by MagMozaik

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Mais comment peut-on être persan?

La Compagnie Deux Temps Trois Mouvement présente ce soir à la Scène Nationale « le Papalagui », adaptation du discours d’un chef de village des Samoa sur les blancs, paru en 1920. La société occidentale y est passée au crible avec humour et malice. C’est également un message de tolérance superbement interprété par le comédien malien Habib Dembélé.

« Frères, que pensez-vous d’un homme possédant une hutte assez grande pour y loger tout un village de Samoa et qui, ne serait-ce que pour une nuit, refuse son toit au voyageur qui passe ? Que pensez vous d’un homme tenant dans ses mains un régime de bananes et qui n’en donne pas une seule à l’affamé qui lui demande ? Je lis l’indignation dans votre regard et je vois un grand mépris sur vos lèvres. Et bien c’est ainsi que le Papalagui se comporte à tout instant. Même s’il a cent nattes, il n’en donnera pas une seule à celui qui n’en a pas. Il lui reprochera plutôt de ne pas en avoir. Il a beau posséder une hutte remplie de haut en bas de provisions suffisantes pour des années à lui et à son aïga (famille), il ne lui vient pas à l’idée d’aller chercher ceux qui son blêmes et affamés. Et il y a pourtant beaucoup de Papalagui blêmes et affamés.»  Extrait du Papalagui

Le Papalagui désigne le Blanc, l’étranger, littéralement : le pourfendeur du ciel. Le premier missionnaire blanc qui débarqua à Samoa arriva sur un voilier. Les indigènes prirent de loin les voiles blanches pour un trou dans le ciel, à travers lequel le Blanc venait à eux. Il traversait le ciel.

Le Papalagui 3

Pas de cadeaux pour les blancs !

A l’origine de ce texte, il y a le choc des civilisations : au tout début du XX e siècle, Erich Sheurmann écrivain et conteur allemand part découvrir la Polynésie et les îles Samoa. Il y a recueilli pendant une année de séjour les propos de Touiavii, chef de la communauté villageoise. En 1915, De retour d’un périple en Europe, Le chef Touiavii rapporte à sa tribu les étranges mœurs et coutumes des Papalagui, les hommes blancs. Ils vivent les uns au-dessus des autres dans d’immenses huttes de pierre, étranglent leurs corps avec des étoffes, emprisonnent leurs pieds… Si sa description nous renvoie directement aux méthodes anthropologiques européennes, elle nous montre à quel point, lorsque nous ne possédons ni les codes d’une société, ni son vocabulaire, ceux-ci peuvent nous sembler étrangers. Récit de voyage raconté sous la forme d’une conférence, le Papalagui constitue, avec un humour irrésistible, une critique acerbe de notre société.

Le Papalagui est paru en 1920 en Allemagne, mais il aura fallu attendre le début des années 80 pour qu’il paraisse en français. Aujourd’hui, il est traduit en une quinzaine de langues et vendu à des millions d’exemplaires.

Qui parle?

Le metteur en scène Burkinabé Hassane Kouyaté explique le parti-pris d’un mise en scène proche de la conférence : « Qui parle ? C’est toujours la question essentielle au théâtre, mais ici elle était redoublée, car Touiavii s’adresse à ses congénères. Il nous a paru inutile et saugrenu de mettre en scène une imagerie d’une communauté des îles Samoa. Le ridicule de l’hypothèse nous aurait vite fait honte. C’est pourquoi nous avons choisi la thématique de la conférence, du récit de voyage comme nous pouvons en voir ici et là sous la forme que nous connaissons bien : connaissance du monde. Et il nous a semblé évident que la représentation du public des îles Samoa ne pouvait être que …le public lui-même. En espérant qu’il pourrait, même si c’est un leurre, se mettre par moments “dans la peau” de ceux qui avaient écouté Touiavii une centaine d’années auparavant. »

Message de tolérance universelle

Le comédien malien Habib Dembélé, interprète avec ironie et tendresse le discours de Touiavii. S’appuyant sur des diapositives de photos d’époque, il pointe avec délice toutes les curiosités des blancs, de leurs accoutrements aux coutumes. On est évidemment bien obligé de faire face à notre incongruité..de blanc! Le texte n’a hélas pas pris une ride… »

« Je pense que ce texte touche l’essentiel en l’être humain, le naturel, la simplicité. Il défend une forme de communion avec la nature, face au matérialisme des occidentaux. Mais le message est que sur cette Terre nous sommes différents et ensemble » explique le comédien. « En Afrique on dit qu’il y a ma vérité, ta vérité et La vérité. Je ne peux pas exiger que ma vérité devienne celle de l’autre. Si nous ne faisons pas attention au respect et à la tolérance, cela conduira à notre perte ».

Près d’un siècle après sa rédaction, le texte d’Erich Scheurmann présenté comme un recueil d’observations et de réflexions, n’a rien perdu de sa pertinence. La civilisation occidentale est passée au crible du bon sens d’un dignitaire samoan du début du siècle. Touiavii ne cache ni sa surprise ni son indignation après avoir constaté l’étrange manière dont vivent les ressortissants d’une grande puissance coloniale ; il s’amuse du manque de savoir-vivre des Blancs et s’indigne de leur hypocrisie. Près d’un siècle plus tard, la charge n’a rien perdu de son insolence. L’introduction d’Eric Scheurmann souligne la portée universelle du regard de celui qu’il présente comme son ami : « Touiavii, l’insulaire sans culture, considérait toutes les acquisitions culturelles européennes comme de la folie, comme une impasse […]. Mais il le fait avec le ton de la mélancolie, témoignant que son ardeur missionnaire prend sa source dans l’amour humain, non dans la haine ».

« Le Papalagui », d’après Erich Scheurmann, mise en scène de Hassane Kouyaté.

Une co-production Festival international des théâtres francophones en Limousin.

Compagnie Deux Temps Trois Mouvements France

Compagnie So (La parole). Mali

Avec le soutien de la CITF et du Centre Culturel Français G.M. de Ouagadougou

Réservations :

Scène nationale

Théâtre de Bayonne, place de la Liberté (tél. : 05 59 59 07 27)

www.scenenationale.fr

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Prix des places : Tarif réduit B & enfant : 12€, Tarif réduit A : 16€, Plein tarif : 18€

Antoinette PAOLI, magmozaik64200@gmail.com

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