Bien vivre

Published on octobre 22nd, 2016 | by MagMozaik

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Lurrama à l’heure de la “bonne bouffe”

Lurrama, dont on sait désormais le fort engagement en faveur d’une agriculture citoyenne qui privilégie la production de qualité locale et impulse de saines attitudes de consommation éco-responsables en faveur des paysans des animaux et de l’environnement,   tient sa 11ème édition à la Halle d’Iraty du 4 au 6 novembre. Une thématique qui s’interroge cette année sur les produits que nous choisissons de mettre en nos paniers avec tous les comportements politiques et individuels que cela induit. Périco Légasse, ardent défenseur de la bonne bouffe et des circuits de production locaux, parraine la manifestation, placée sous le signe de l’Auvergne qui partage avec le Pays basque bien des problématiques. Outre cette nouvelle thématique et la région invitée, ainsi mise à l’honneur, le livre “La cuisine de Lurrama”, édité et vendu à cette occasion, fait l’événement. Un événement fondé sur la solidarité à travers 600 bénévoles.

Eduquer le consommateur

Certes, les valeurs défendues par Lurrama et l’association qui porte cette “terre-mère” (Euskal Herriko Laborantza Ganbara) impliquent bien des combats politiques et économiques pour qu’émerge une vraie législation de protection et de valorisation de l’agriculture paysanne mais elles supposent, surtout et avant tout d’éduquer le consommateur à acheter, cuisiner et manger sain, bon et local. C’est tout le sens du focus porté cette année à la question fondamentale: “Quelle agriculture dans mon panier”. Conférences, tables rondes et projection de films, les 4 et 5 novembre ( auxquels participeront des paysans et paysannes auvergnats) en déclineront les différents aspects en 3 rendez-vous animés par des figures locales et des spécialistes.

Le 4 novembre, esquisse des gouvernances alimentaires à mettre en place dans les territoires conjointement à une responsabilisation des consommateurs. A 15 h00, une table ronde aborde des exemples concrets en Auvergne et présente le travail en cours du Conseil des Elus basques. A 17h00, Périco Légasse, journaliste-écrivain très engagé contre la “malbouffe” à travers différents ouvrages et interventions régulières dans Marianne et sur Public Sénat ( notamment “A tables citoyens!”, récemment publié aux Editions Le Cerf) et Brigitte Allain, députée initiatrice de la loi de 2016 “Manger local”, affirmeront sans détour que oui, “l’alimentation c’est l’affaire de tous!” A 19h00, projection du film de Pierre Beccu “Regards sur nos assiettes” , tant il est vrai que “Goûter – comprendre – savoir, c’est déjà changer les choses…”

Le lendemain, à 11h00, place au pragmanisme: “Où acheter nos produits locaux ?” Vaste sujet que nourriront des initiatives concrètes d’organisations de paysans ou de coopératives de consommateurs. A 15h00, débat très actuel sur la nécessité ou non de tuer les animaux pour se nourrir et la place à accorder aux régimes carnés dans notre alimentation, en présence de Jocelyne Pocher, passée de l’élevage à l’INRA, de Véronique Zenoni, vétérinaire ostéopathe et de Mikel Hiribarren, paysan d’Itxassou et membre du syndicat Confédération Paysanne. A 18h00, le désormais célèbre film de Cyril Dion et Mélanie Laurent, “Demain”, largement diffusé ici, proposera des solutions évidentes de bons sens pour résoudre les crises économiques, écologiques et sociales.

En contrepoint et illustration de cette thématique générale, les organisateurs publient un ouvrage fort, symbole de 10 ans de collaborations entre paysans engagés dans l’offre de produits authentiques et les restaurateurs attachés à les valoriser, “La cuisine de Lurrama, 25 chefs, 25 produits de l’agriculture paysanne au Pays, Basque”. Un livre né d’une belle rencontre entre Ludivine Charniguet ( rédactrice), Christophe Lebrun (photographe) et 50 fidèles de Lurrama, avec une double ambition commune d’expliquer ce que sont les produits du terroir en AOP, IGP, Bio ou démarches collectives et de proposer les recettes de quelques chefs soucieux d’orchestrer en cuisine ces produits là. Un incontournable préfacé par Périco Légasse, édité en bilingue, vendu à Lurrama et en librairies au prix de 25 euros.

L'Auvergne, à l'aube d'un nouvel avenir

Très sensible au contexte géographique et  agricole partagé avec notre territoire de montagne, et encore davantage aux exigences d’adaptation, de survie, voire de reconversion communes, une forte délégation de plus de 55 paysans et paysannes débarque à Iraty pour mieux renforcer encore ces affinités électives avec, toutefois des parcours et une histoire bien spécifiques. Avec 5% de l’emploi total et 40% de petites exploitations, l’Auvergne reste à majorité un pays d’élevage bovin pour la viande, le lait et les produits fromagers mais compte également des structures ovines et caprines, sans oublier, en marge, ses productions de céréales et la viticulture. Sur le marché fermier, ses producteurs, sous la houlette le l’Association Régionale pour l’Emploi Agricole et Rural et de la Confédération paysanne d’Auvergne,  proposent 5 AOP fromagères: le Cantal, le St Nectaire, la Fourme d’Ambert, le Bleu d’Auvergne et le Salers.

Mais l’élevage se situe à un tournant décisif à bien négocier. Trop longtemps axée sur l’élevage intensif au  détriment d’une tradition de qualité, l’Auvergne souffre d’un manque de compétitivité. Elle s’oriente aujourd’hui vers un retour à la valorisation de ses atouts, plus qualitatifs, mais sans disposer des moyens nécessaires à leur développement et à favoriser l’installation de paysans motivés. Un virage tardif qui se paie aujourd’hui cher en terme de disparition  de paysans. Elle peut néanmoins s’appuyer sur ses races locales, valeurs sûres exposées à Lurrama (Vaches Aubrac, Salers, Ferrandaise, moutons Rava, Noire du Velay, Blanche du Massif Central, Grivette, Bizet et chèvres). De nombreuses dégustations proposées pour vous régaler de saveurs étonnantes et surtout le traditionnel repas du vendredi soir concocté avec virtuosité par le Lycée Hôtelier de Biarritz, délicieuse partition culinaire jouée de concert entre Pays Basque et Auvergne.

Les basques assurent également une belle présence avec quelque 50 postes fixes d’exposition de produits pour 80 fermes tournantes au total. Les deux territoires confondus, environ 25 races différentes seront proposées au public avec un ring de démonstration des savoir-faire (fabrication de fromages, les chiens de bergers….)

Des animations festives

Si Lurrama incite à la réflexion éco-agricole et éco-citoyenne, toutes les problématiques soulevées s’inscrivent néanmoins dans une ambiance chaleureuse et festive en diable! Ludique tout d’abord pour les enfants et les scolaires que l’événement privilégie tout particulièrement dans des perspectives de découverte et d’éducation. Un chapiteau de 800 m2 les accueille et une journée leur est consacrée le vendredi. 1000 élèves participeront ainsi aux 12 ateliers pédagogiques (déjà pleins!) et aux animations proposés en français et Euskara. Comme l’an dernier, les lycéens de l’ikastola Etxepare de Bayonne les guideront dans ce merveilleux dédale qu’ils retrouveront avec bonheur: La Ferme des enfants sur 100m2,  histoire de caresser quelques animaux, dont une petite vache, le parcours d’accrobranche, les jeux basques traditionnels, la structure gonflable, les ateliers sensoriels et de jardinage, les balades en calèches d’ânes, les lectures de contes, jeux en bois et ateliers coloriages. Tout un programme gratuit jusqu’à 15 ans où butiner également en famille.

Comment imaginer Lurrama sans sa restauration debout, où déguster des hamburgers locaux, frites du cru, taloas et autres bières ou cidres de notre territoire, et surtout ses 5 repas assis, régalant quelque 3000 convives sur 3 jours, dont les délicats fumets séduisent déjà nos narines, enchantent nos papilles… Nous ne vous révèlerons pas la teneur de ces menus de fins gourmets. Nous indiquerons juste quelques éléments propres à vous faire saliver d’avance. Le 4 novembre à 12h30, le chef Bixente Chapelet , Gaitia-Baigura de Mendionne, entraine en son sillage le Lycée hôtelier de Saint Jean Pied de port (14 euros). Celui de Biarritz assure la soirée auvergnate à 21h00 (23 euros). Le lendemain à 13h00, hommage rendu à la poule au pot de notre bon roi Henri IV par les concurrents du concours gastronomique (14 euros). Le soir, place au traditionnel Zikiro dès 21h00 (20 euros). Cerise sur le gâteau- basque comme il se doit- 20 cuisiniers et pâtissiers de haute volée imaginent le repas du dimanche à 13h00 (33 euros), dont 19 figurent dans l’ouvrage déjà évoqué. Tous ces repas gastronomiques sont en pré-vente à la librairie Elkar de Bayonne, à l’association organisatrice d’Ainhice Mongelos, au Xidero Bio de Mauléon, à la Cidrerie Xaia de Behobie et à la libraie Eki Denda de Biarritz.

4 concours émaillent la manifestation: Celui du fromage AOP Ossau-Iraty, catégories estives, fermiers et laiteries, celui de pré-sélection au Concours Général Agricole du Piment d’Espelette, celui de la meilleure baguette Herriko Ogia et le concours gastronomique des associations.

Nous ne détaillerons pas toutes les animations en danses et musiques en journées et en soirées qui rythment la bonne humeur ambiante, pour certaines co-produites avec l’Institut Culturel Basque. Nous relèverons juste quelques prestations originales. “The Inspector Cluzo”, vous connaissez? Sans nul doute mais savez-vous que ces rockers qui tournent dans le monde entier sont aussi des paysans des Landes. Ils abandonneront le temps d’une soirée leurs oies et canards pour enflammer Lurrama le vendredi 4 à 23h00. Le 5, dès 15h00 performance croisée de 3 heures du peintre Asiko Urmeneta et du musicien Jean-Christian Galtxetaburu.  Mais surtout, toujours le samedi après-midi, un défi de sports traditionnels basques qui, dans chaque discipline, confrontera le champion et le  vice-champion. Au programme, lever de paille, lancer de paille, lever d’enclume, de pierre ou de charrette… Une force basque magnifiée cet été par le photographe Pierre Gonnord au Casino Bellevue.

Alors amusez-vous, régalez-vous certes, mais en vous souvenant toujours qu’une alimentation saine, c’est un combat et un comportement citoyen local de tous les instants.

Lurrama: entrée gratuite le vendredi matin jusqu’à 14h00, puis à 4 euros pour les plus de 15 ans jusqu’à 18h00. Les soirées sont gratuites. Pour davantage d’infos: www.lurrama.org. Paiements en euskos!

Catherine CLERC,magmozaik64200@gmail.com

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2 Responses to Lurrama à l’heure de la “bonne bouffe”

  1. Arbelbide says:

    Où peut on trouver l’enregistrement de la conference de Perico Lefasse et Brigitte ? sur l’alimentation lors de lurrama 2016 ???? MERCI

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