Festivals

Published on octobre 6th, 2016 | by MagMozaik

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Li(v)re en scène, l’ i(v)resse des mots…

En cette rentrée, les mots nous invitent décidément aux voyages en des imaginaires littéraires qui, du Boucau à Anglet, en passant par Biarritz, se déclinent en partitions bien riches et plurielles pour le seul plaisir de s’enivrer de li(v)res sensibles partagés au fil de pages découvertes sur scènes multiples ou au coeur du monde, des mondes, de l’édition et de l’écriture. Après “A mots ouverts”, les “Petits Plaisirs” boucalais et avant le prix Boncourt, les lectures théâtralisées de Biarritz nous entrainent loin en “Terre d’exil” du 13 au 16 octobre, pour une étonnante “Invitation aux Voyages” sous la houlette de Claire Borotra et Anne Rotenberg.

Revivifier la lecture: un rêve impossible?

A l’heure du net, bien des dérives et pratiques brossent le visage de cultures appauvries et d’humanités manipulées dont elles accentuent les modes accélérés de diffusion instantanée. sur les plateformes de réseaux sociaux sursaturés, dopés souvent aux infos-intox, sources effrayantes de buzz creux et insipides voire dangereux, tous les excès se développent, tous les effets pervers d’un non contrôle s’ancrent dans les imaginaires. Nouvelle culture de l’éphémère, de l’approximatif où tout circule vite, toujours plus vite, trop vite. A son service? Un nouveau langage réduit à la simple expression phonétique au mieux! Le langage SMS, posts, émoticones, envahit nos quotidiens où pour rester dans la course des “amis FB” ou twetter il faut aussi rester vif, rapide, réactif. Ces vocabulaires intrusifs, formatés, universels  bousculent, ébouriffent, torturent bien des mots dont les appropriations, les volutes conjuguées en écrins de livres et de papier dépérissent, isolés, proscrits au coeur de cet immense supermarché mondial de la sous-culture. Preuve s’il est est de cet avilissement culturel et signe alarmant, la récente réforme de l’orthographe qui déracine les langues de leurs origines et leurs histoires respectives comme une urgence de non mémoire, et l’apparition en nos dictionnaires, gardiens de multiples et savoureux temples, de nouveaux mots ou expressions en des proportions quelque peu outrancières. Certes une langue doit savoir évoluer avec son époque et ses comportements ou outils sociétaux modernes mais un peu de maîtrise sensée et raisonnée serait tout de même de bon aloi non?

Et pourtant, la révolte des mots aux formes sculptées et partitions sonores, égrenées en si foisonnants registres, gronde. Leurs formes subtiles et plurielles de résistance s’affirment, s’affinent s’aventurent en des territoires inédits plus diversifiés, modernisés et repensés que jamais, investissant des champs d’imaginaires contre lesquels aucune globalisation médiocre, aucune uniformisation d’esprits laminés, ne sauraient se battre et surtout gagner. Car le verbe ciselé en phrases aux rythmes si différents, aux sens si pointus, aux émotions si uniques, définit l’intelligence, la sensibilité, la culture infiniment intime et foisonnante de chaque être humain dans le monde, de l’humanité du monde, qui se pique au jeu de conjuguer des partages et des métissages culturels à travers ces dialogues précieux que les mots si pluriels autorisent avec jubilation.

Plus que jamais, une armée libre, pacifique et dévastratrice de livres, de mots, de styles, de genres, s’invente des modes inédits et créatifs d’expression, de partage, se trace de nouveaux chemins de traverse hors des sentiers battus où dorment les livres dans la poussière académique et mobilise des hommes et des femmes, superbes hérauts modernes, prêts à édifier de fines passerelles entre le verbe et tous les univers qu’il nourrit ou inspire.

Car si réintroduire le goût de la lecture dans nos quotidiens, si en transmettre la pratique naturelle à notre jeunesse ou tous ceux et celles qui n’y ont pas forcément accès pour diverses raisons d’éducation ou de moyens est une évidence, en forger les outils ludiques, créatifs, en espaces de libertés et d’imaginaires à inventer jour après jour, reste la priorité. De vrais libraires indépendants s’y attèlent, boutant les best-sellers/marchandises (ou boites de conserve) hors des esprits néophytes pour mieux réécrire le sens des ancrages culturels, voire identitaires. C’est le cas d’Elkar, du festin Nu, de Bookstore et autres petites cavernes d’Ali Baba qui sertissent les mots en dédicaces, rencontres, ateliers d’écritures diverses autour d’expositions, de concerts ou de films nourris de tant de mots, de tant de nouvelles écritures, de tant de jeunes auteurs passionnés et passionnants, de tant de transversalités nécessaires, de tant d’ancrages en des événements festifs inscrits au coeur des vies urbaines et citoyennes. C’est plus récemment le cas de festivals consacrés à la parole tissée en dentelles uniques comme à Anglet avec les “Mots ouverts” ou au Boucau avec les “Petits plaisirs littéraires”. C’est toute cette démarche créative, d’ouverture à d’autres formes d’expression et de partage autour du livre, adapté et théâtralisé que se proposent d’offrir au biarrots Anne Rotenberg et Claire Borotra en une “Invitation aux voyages” qui se préoccupe, pour cette édition 0, du thème si douloureux de la migration et de l’exil.

Terre d'exil et de tréteaux

Difficile et frustrant, en 4 jours, de convoquer sur les planches autant d’auteurs de tous horizons, en des textes méconnus et poignants, que le souhaiteraient les organisatrices! Autant de virtuoses de l’adaptation pour la scène, d’artistes de la mise en espace pour de superbes acteurs que cette aventure, au delà de leur notoriété, a séduits. Sur ce thème si fort, douloureux et actuel de l’exil provoqué pour de multiples raisons différentes (intérieur et identitaire, politique ou économique), 7 écrins de mots subliment des lectures théâtralisées, comme des ébauches intimes et magnifiées de petites pièces mises en scène et d’autant plus émouvantes qu’elles restent esquissées bien que réappropriées par chacun. A leur service, un lieu somptueux où l’espace sculpte les mots en une acoustique qui laisse s’envoler les voix, les intonations violentes ou secrètes, le théâtre du Casino.

7 lectures en scène qui évoquent tout en pudeur les exils forcés ou volontaires, ou renoncés à la dernière minute pour des passions plus fortes qui vous interdisent les départs pourtant nécessaires. Le 13 octobre à 21h00 Stefan Sweig nous entraine dans un “Monde d’hier” d’errances contre le fascisme qui le conduiront à son propre suicide un soir de février 1942. Adaptation de Laurent Seksik, mise en scène de Patrick Pineau pour Jérôme Kircher. Le 14, à 19h00, Ariane Efron nous livre ses lettres à Boris Pasternak en un cri déchirant de résistance à l’exil politique dans d’affreuses conditions de non être. Adaptation de Véronique Olmi, Mise en scène de Gérard Desarthe pour Judith Magre et Gérard Desarthe. Suivent ces japonaises qui n’on jamais vu la mer à 21h00. Troublante et véridique histoire de ces jeunes femmes paysannes qui pensaient trouver l’Eldorado en Amérique et ne furent que des esclaves violées par de vils époux avant le renvoi dans leur pays, Pearl Harbour oblige. Adaptation de Gérard Stehr, mise en scène de Richard Brunel pour Claire Borotra, Sara Martins et Lin-Dan Pham. Le 15, à 19h00, “toutes les terres de ce monde sont terres d’exil” pour Jeannine Worms à qui l’on reprocha un exil insouciant en Argentine pendant la guerre à son retour en France. Adaptation de Gérard Bonal, mise en espace d’Anne Rotenberg pour Claire Chazal. A 21h00 Lydie Salvayre se demande comment on peut basculer vers l’exil en pleine guerre civile espagnole. Un regard croisé entre sa mère et Bernanos mis en scène par Michel Vuillermos pour Laurence Colussi, Françoise Fabian et lui-même. Dimanche enfin, un exil nécessaire mais avorté pour l’amour d’une femme. Comment partir en laissant les siens? Telle est la douloureuse question que pose à 16h00 “La nuit de Lisbonne ” d’Erich Maria Remarque sur un montage de Jean-Benoit Patricot, une mise en scène de Didier Long pour Clémentine Célarié et Bruno Wolkowitch. Victor Hugo en exil ferme la marche en beauté à 18h00 avec Jacques Weber qui souligne combien l’éloignement nourrit l’art et l’écriture de bénéfiques influences créatives parfois.

Autour des mots, des contrepoints lumineux

Le Cinéma le Royal, très sensible à de tels sujets captés sur le fil de l’émotion et d’un public réceptif, a su intégrer dans sa programmation quelques petites pépites étroitement liées à ces thèmes de l’exil ou de la migration si douloureusement actuels, en écho des lectures théâtralisées, à travers un film et deux documentaires cinglants. Le 13 octobre à 14h00, diffusion de “Stefan Sweig, adieu l’Europe”de Maria Schrader centré sur l’exil de l’auteur meurtri entre Rio de Janeiro et Buenos Aires, New York et Petropolis. Le 14 octobre à 16h00, Nathalie Loubeyre nous propose “La mécanique des flux” dans l’absurdité violente des courants migratoires en Europe. Point d’orgue et non des moindres, les réalités de l’ile de Lampedusa, centre de gravité des traversées migratoires clandestines de ces 20 dernières années, illustré par “Fuocommare, au delà de Lampedusa” de Giamfranco Rosi, diffusé le 16 à 14h00.

La Médiathèque tisse, en quelques conférences, d’autres trames de réflexion vers la pop’philosophie, courant cher à Deleuze, à travers le thème de l’exil version Socrate. Une conférence animée le 15, à 15h00 par Mathieu Accoh et Lionel Faure-Corréard. Bien d’autres rencontres littéraires émaillent le festival de leurs interrogations pertinentes. Le 24 à 17h00, Marie Bouchet évoque la littérature de l’exil aux Etats Unis à travers l’oeuvre de Nabokov, Hemingway et Fitzgerald. Le 15 à 11h00, en écho à l’expérience de Victor Hugo, Jean-Philippe Mercé pose l’intéressant débat de l’art de l’exil ou comment ce dernier peut être un ferment créatif bénéfique finalement. Enfin le 16 à 17h00 Lydie Salvayre, prix Goncourt 2014 pour “Pas pleurer” revient sur cet exil post révolution libertaire espagnole de 1936 vécue par sa mère et sa famille.

En marge du festival, “Ulysse, retour d’exil” s’invite en une exposition des planches du roman graphique de Jean Harambat comme une belle immersion dans la sphère de l’exil que traversent bien des personnages anachroniques, de Lawrence d’Arabie à Jaqueline de Romilly. Pour clore en beauté cette première manifestation, les toutes nouvelles Edition Triartis inaugurent une belle collection intitulée “L’Invitation aux Voyages “qui reprend quelques unes des belles créations du festival.

Une première édition bien alléchante de toute évidence!

Pour toutes infos complémentaires: www.biarritz.fr

Catherine Clerc, magmozaik64200@gmail.com

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