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Published on septembre 14th, 2017 | by MagMozaik

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L’insoutenable légèreté de …la gouache!

Voilà un an, les galeristes Bouscayrol cédaient leur espace à leur fils pour investir un lieu lumineux d’une grande élégance sobre, au 5 avenue Reine Victoria. Ils y proposent, depuis, des expositions dopées à la vie, au mouvement, aux couleurs à travers des artistes qui on su se bâtir une oeuvre en créativités épurées constantes, toujours en quête de perfection. Après Sonia Delaunay cet été tout en inspirations dadaïstes d’avant garde pour son époque, ils consacrent, du 3 au 30 septembre, une étonnante rétrospective aux oeuvres de Pierre de Berroeta, basque de coeur et de racines, qui ne laisse de surprendre par la finesse, la densité, la gaité et la maîtrise de techniques et de traits tout en arabesques de précision, d’inventivité et de mouvements aériens.

Pierre de Berroeta c’est avant tout le refus net de suivre les modes et la facilité créative. En quelques grandes étapes/ruptures de sa vie, il s’inventera, en plus de 50 ans d’une oeuvre prolixe et multiforme, un style et un langage d’incandescente finesse où se télescopent la recherche de formes, de mouvements et de palettes colorées mais aussi celle des jeux de lumières à travers la transparence et les superpositions entrecroisées de tonalités, en deux techniques majeures complémentaires: la gouache, d’une liberté créative infinie, évanescente, mouvante et subtile, comme un terreau d’expérimentation et prélude à ses grandes toiles à l’huile. Né en 1914 à Paris, il se forme aux meilleures techniques artistiques qui lui laissent l’empreinte de ses mentors miniaturistes et post cubistes. Il acquiert de solides bases à L’école Nationale des Beaux Arts de Paris dont la maîtrise lui permettra de s’affranchir au fil des années, passant de la figuration aux vibrantes transparences à l’abstraction lyrique. Les premières années de sa brillante et fulgurante carrière restent marquées du sceau de la figuration.

Epoux en 1941 de sa condisciple des Beaux Arts Marguerite Barboteau, dite Guichoune et père en 1943 de sa fille unique Marie-Laure, sa personnalité complexe et contradictoire s’esquisse déjà entre la personnalité de l’homme, affable, sociable, curieux de tout et de tous, et celle du peintre, secret, solitaire, tourmenté et tiraillé entre 4 sources majeures et bouillonnantes d’inspiration raffinée nées de quelques ruptures de vie et de passions omniprésentes: L’exubérance latino américaine, la miniature tout en précision et traits et formes géométriques enchevêtrées en arabesques inventives toujours inédites, le cubisme tardif et son amour inconditionnel pour les spectacles circassiens. Etrange et radicale évolution illustrée en gouaches d’une grâce et d’une légèreté pétillante incomparables, en toiles magistrales, somptueuses de couleurs vives et riches de matières mixées, entre sable et peinture, et en grandes fresques monumentales conjuguant les commandes officielles en tapisseries (150 en 50 ans), verre, faïence et autres laves dont il orne édifices publics ou privés.

Son départ en argentine, dès 1945, signe la première rupture. Nourri des paysages exubérants, des habitants, d’une faune et d’une flore denses et flamboyants, il passe insensiblement aux premières stylisations pour ne garder que l’essentiel de ce qu’il ressent en des tons fauves, écrasés de lumières et d’atmosphères lourdes mais où la finesse des traits se fait suggestion plus que description réaliste. L’architecture minimaliste, aux contrastes violents de clairs obscurs et de teintes en camaieux de bleus et de blancs, du village espagnol de Peniscola, le porte, en un second choc pictural de 1954, très rapidement vers l’abstraction lyrique. Chaque jour, il enchaine les gouaches, dont beaucoup sont le prélude de grandes toiles à venir qu’il enrichit peu à peu de nouvelles textures, de nouvelles couleurs claquantes, hurlantes de vie et de mouvement. Pendant plus de 30 ans il développe une virtuosité sculptée à l’aune de l’élégance raffinée, de la subtilité aérienne, de la transparence et la superposition vibrante et délicate de teintes et lumières jusqu’à atteindre l’épure totale, magnifique de ses compositions inspirées, en formes où chacun peut projeter son imaginaire en d’infinis sens pertinents. Une oeuvre magistrale qui donne envie de rire, de danser en tourbillons de traits élaborés presque extatiques, que ses dernières années rendront plus douloureuse, criarde et agressive comme pour surmonter en un ultime feu d’artifice d’arabesques tortueuses, les souffrances de la maladie. A voir de toute urgence juste pour l’ivresse des sens et les voyages de nos regards mais aussi pour l’ouvrage exceptionnel que consacre à l’artiste Patrick-Gilles Persin, grand expert d’art et commissaire d’expositions nationales et internationales, auteur de plus de 50 albums de référence sur l’art et des artistes majeurs.

Galerie Bouscayrol, 5 av Reine Victoria, entrée libre du lundi au samedi de 15 à 19h00

« Pierre de Berreota », Patrick-Gilles Persin, BB créations 2017, 39 euros.

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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2 Responses to L’insoutenable légèreté de …la gouache!

  1. Madame CLERC,
    Nous venons de lire sur internet votre article concernant l’exposition de mon père à la galerie Bouscayrol et voulions vous féliciter car il est rare de lire une analyse sur l’oeuvre et sur le peintre de cette qualité.
    Vous avez parfaitement cerné la peinture et l”artiste
    Nos remerciements vous accompagneront au quotidien.

    • MagMozaik says:

      Ce n’est jamais difficile de bien parler d’un peintre d’une telle envergure!!! Et ils sont rares croyez le bien!! Et puis je fonctionne aux coups de coeur dont c’est d’autant plus facile pour moi!!

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