Donostia 2016

Published on juillet 7th, 2016 | by MagMozaik

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L’incandescence musicale…

Grande figure fondatrice, avec Chillida, Oteiza et Basterretxea,  de Gaur, mouvement d’art abstrait d’avant-garde des années 60, né, à Donostia, d’une volonté de résister aux muselages franquistes pour lesquels l’art était une incongruité inutile et non productive, José Antonio Sistiaga a, au fil des années d’une dignité insensée, su vaincre, avec une créativité flamboyante, tous les obscurantismes castrateurs de cette période sombre. Et pas n’importe où! Au Teatro Victoria Eugénia qui accueille aujourd’hui les plus beaux fleurons de la coopération créative transfrontalière, Jazzaldia et Ballet T en tête! Après avoir inauguré l’an passé le DIDAM, sous les auspices de Jean-François Larralde, ardent défenseur et promoteur de tous ces sublimes talents artistiques basques, et de la Mairie de Bayonne, il nous revient à Arnaga, plus serein, conscient et dynamique que jamais, pour une exposition incontournable dans le cadre de Donostia 2016. L’occasion d’un émouvant et subtil voyage au coeur d’un parcours unique où les arabesques musicales tumultueuses, les souvenirs et les engagements humains forts tiennent une place prépondérante. Un homme aux textures plurielles extra-ordinaires que les années effleurent à peine, tant reste vivace sa passion de la liberté, de raconter son univers et de s’exprimer au coeur des ombres, lourdes de sens, de son atelier de Saint Sébastien.

Une seconde rencontre, en ce cadre hanté de souvenirs chers à Edmond Rostand. Une rencontre sensible, à fleur d’émotion et d’évocation de ce que furent les combats essentiels de sa vie: Hommage à un père, droit dans ses bottes, persécuté, dénoncé, abattu finalement par la bêtise humaine incarnée en un prêtre et un policier tortionnaires, limite psychopathes… Flambeau repris pour écraser l’infâme avec force incandescences abstraites et tumultes de combats fiers. 

Natif de Saint Sébastien, il nous raconte son parcours, ses engagements, ses ancrages et choix artistiques dans l’instantané, le direct et la spontanéité de création. Un art du mouvement exigeant qui ne saurait se développer que sur grands formats et autres supports plus visuels. Sa technique impulsive des projections est indissociable de son expérience cinématographique, puisque, parallèlement, il explore bien des supports. Il peignit ainsi à l’encre sur des pellicules de film en 70mm X 3 pour un résultat étonnant de quelques minutes salué en 68, comme oeuvre avant-gardiste. 2 km ainsi conçus en 17 mois!  Henri Langlois, magicien de tous les possibles, lui conseillera alors de ne jamais mettre de musique sur ses oeuvres qui sont à elles seules des partitions musicales. Superbe description que nous ressentons aussi pleinement.

Sistiaga crée dans dans l’urgence impérieuse du mouvement et de l’instinct, en projections aléatoires et en quête incessante de lumineuses couleurs mélodieuses où chaque jet se fait phrasé musical impétueux et nerveux. Ses toiles respirent l’espace qui s’écoute en un silence assourdissant, où retentissent, se bousculent, les notes de Ravel ou de Pablo de Sarasate, comme des respirations musicales de sa vie, en souvenir d’un père meurtri par les miasmes de dictatures cinglantes. Des partitions chromatiques fougueuses et coléreuses où se télescopent les résistances contre ce qui, ceux qui, défigurent avec violence la liberté de se dire, de se vivre aux couleurs d’un Pays Basque ivre de pudeurs et de fiertés ombrageuses, silencieuses!

La musique? Elles s’inscrit au coeur de sa démarche sur des portées picturales qui insufflent le mouvement en ses tableaux sur des tempos que lui seul connait. Sa jeunesse fut imbibée de sonorités subtiles, ancrées dans l’âme de l’identité basque. Pablo de Sarasate envahissait, par ses notes impétueuses, la maison familiale. Mais peu doué, selon lui, il n’embrassa pas la carrière de virtuose. Ses enfants répareront par la suite cette vocation manquée en devenant, pour l’une pianiste, pour l’autre organiste. Et le dernier? Peintre bien sûr! Pour Sistiaga, il est absurde d’abreuver les enfants de niaiseries Walt Disney car ils sont plus créatifs et méritent bien mieux! Pas étonnant en ce cas que ses enfants aient embrassé des carrières  entre croches et pinceaux avec talent! Aujourd’hui il ne peut peindre qu’en silence tant son art s’imprègne de sonorités transposées en touches colorées.

découvrir des oeuvres magistrales dont les inspirations, lourdes de sens, vont de Ravel aux étoiles en passant par le livre des morts de l’Egypte antique! De quoi nous séduire tant ces oeuvres nous plongent dans une respiration musicale, sur une portée dont les notes se feraient mouvements et couleurs projetés sur les toiles. Une épure de sonorités assourdissantes de silence que viennent ponctuer, avec grâce et rugosité, des envolées picturales de jour et de nuit…Une atmosphère, on a dit atmosphère, qui nous entraine dans le sillage abrupt, puissant, de ses esquisses sensuelles au fusain sur papier de chair ou de ses fresques magistrales qu’Arnaga sublime! Une heure de balade à laisser le temps au temps de ressurgir comme un cristal fragile de la mémoire, douloureux ou assagi au fil des années. Un homme merveilleux au regard de braise, de fougue inextinguible, de sensibilité aigüe, qu’il est rare de croiser en nos époques de mensonges et de normalités administratives absurdes. Un artiste qui continue, 5 jours sur 7, à peindre en son atelier quand les hommages à son génie pictural ne se bousculent pas trop!! Il vit aujourd’hui près de Saint jean de Luz, si proche de son cher Ravel! Un hasard ou une évidence!

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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3 Responses to L’incandescence musicale…

  1. Sistiaga Gorka says:

    Bonjour Mme Clerc,
    Permettez moi de vous signaler une petite erreur dans votre très élogieux article sur le peintre Sistiaga.
    Mon père a peint son film “Ere erera baleibu izik subua aruaren…” entre 1968 et 1970, directement sur la pellicule 35mm. Les deux grandes tables lumineuses présentent quelques extraits.

    Son autre film “Impressions en haute atmosphère” 1988-89, que l’on peut voir en projection dans une autre salle, a été peint lui aussi directement sur la pellicule. J.A. Sistiaga a utilisé pour ce faire un autre format: le 70mm/15 perforations qui correspond au format des films Imax/Omnimax.

    Je reste à votre entière disposition et vous prie de croire Mme Clerc,à l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

    Gorka Sistiaga

  2. Sistiaga Gorka says:

    Bonjour Mme Clerc,

    Permettez moi de vous signaler une petite erreur dans votre très élogieux article sur le peintre Sistiaga.
    Mon père a peint son film “Ere erera baleibu izik subua aruaren…” entre 1968 et 1970, directement sur la pellicule 35mm. Les deux grandes tables lumineuses présentent quelques extraits.

    Son autre film “Impressions en haute atmosphère” 1988-89, que l’on peut voir en projection dans une autre salle, a été peint lui aussi directement sur la pellicule. J.A. Sistiaga a utilisé pour ce faire un autre format: le 70mm/15 perforations qui correspond au format des films Imax/Omnimax.

    Je reste à votre entière disposition et vous prie de croire Mme Clerc,à l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

    Gorka Sistiaga

    • MagMozaik says:

      Je suis désolée de ne pas avoir eu ces précisions mais nous pourrons je pense très vite réparer cette lacune lors d’une rencontre que j’aimerais susciter avec vous et votre peintre, ce grand monsieur que j’admire infiniment!!

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