Vu dans la presse

Published on mars 15th, 2017 | by MagMozaik

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Like a rolling stone…

A l’été 1965, Bob Dylan, à deux doigts d’arrêter sa carrière, compose le mythique « Like a rolling stone », violente diatribe sociale, qui, à travers l’album « Highway 61 revisited », dans la lignée contestataire d’un Kerouac, lui redonne une énergie nouvelle et une raison de poursuivre un itinéraire musical emblématique dont la portée démesurée lui échappe en quelques secondes.

Rolling stone est une métaphore de vagabond. Par ce titre, Dylan explose les codes musicaux traditionnels en un chef d’oeuvre qui influencera pour longtemps des générations de musiciens auteurs interprètes, surfant sur la bourrasque mondiale qui, du refus du Vietnam à mai 68 en France, inventera de nouvelles sociétés à tous les niveaux.

Rock et Comédie Française, voilà de quoi en surprendre plus d’un par ce choix un brin iconoclaste, en rupture radicale, mais ô combien jubilatoire, avec les registres classiques. Inspiré d’un texte de Greil Marcus, « Like a Rolling Stone, Bob Dylan à la croisée des chemins, » la pièce imaginée par Marie Répond se situe très exactement au point de rupture où tout bascule, du discours contestataire violent du musicien, ancré dans une inspiration anarchiste ravageuse, à son succès planétaire, le transformant en leader des aspirations de générations entières partout dans un monde secoué de mutations sociales, économiques, politiques et culturelles irréversibles. Une phase de hiatus déchirée entre l’homme révolté et une image de rassembleur charismatique qu’il pressent dans un tumulte de l’esprit indicible mais dont il ne pourra plus jamais contrôler l’effet tsunami, en coïncidence parfaite avec les attentes d’une jeunesse mondiale revendicative et avide de libertés.

Dans ce studio d’enregistrement où Dylan, en plein désarroi et recherche de repères, adopte une attitude imbuvable, le déclic se produit, propulsant l’homme vers une image étendard qui le dépasse amplement. Il fut là au bon moment, à ce point où, sans le vouloir, ou l’avoir cherché, il prend une dimension symbolique planétaire qu’il est loin encore de comprendre. De retards au studio insupportables en deux douzaines de prises ratées et exaspérantes, il finit par faire jaillir l’inimaginable chef d’oeuvre que son énergie, en communion avec celle des musiciens, et son immense talent, encore en devenir, cisèlent, en une pépite encore mal dégrossie sur le fil incisif de mots survitaminés, réduits de 20 pages diarrhéiques à des couplets affinés, condensés, sculptés en quelques notes abruptes, hurlantes et géniales qui transcendent sa voix pourtant nasillarde.

Sur scène les instruments dont les sonorités nouvelles associées changeront la donne des nouveaux courants musicaux: une batterie, des guitares, un piano plongés dans le chaos indescriptible d’un studio d’enregistrement, prétexte à toutes les variations théâtrales sur les impétueux et déchirants préludes à la naissance d’un chef d’oeuvre planétaire et d’un intouchable Dylan! Mais au delà d’un événement ponctuel à l’onde de choc incroyable, une réflexion profonde sur l’acte de création qui concerne tout artiste et toutes disciplines confondues. Un petit bijou mis en scène par Marie Rémond et Sébastien Pouderoux. En studio-tréteaux? Gilles David, Stéphane Varupenne, Sébastien Pouderoux, stupéfiante incarnation de Dylan, Christophe Montenez avec Gabriel Sur et Hugues Duchêne.

La scène Nationale, Théâtre de Bayonne, 21 et 22 mars à 20h30. De 18 à 25 euros sur réservation.

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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