Donostia 2016

Published on juillet 10th, 2016 | by MagMozaik

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L’humanité saisie au fil de l’émotion pure…

Les portraitistes de l’émotion pure, capables de saisir au vol l’intensité, la vérité, la dignité des visages et la fierté de regards comme autant de reflets flamboyants de l’âme, de la vie tout simplement, sont rares! Point de fioriture ou d’accessoire superflu dans l’objectif de Pierre Gonnord. Seul le personnage, pudique, marqué par la vie, blessé ou étincelant de jeunesse suffit, en noir et blanc ou en couleurs vraies, à imposer sa force et son humanité sur un fond noir, épuré, abrupt. Et de fait, toute l’humanité, dans ses beautés, ses déchirures, ses usures défilent ici en une somptueuse galerie vibrante, sensible comme amoureuse des traits de chaque homme, de chaque femme ou de chaque enfant, de toutes conditions, de toutes races et de tous âges. Magie d’un regard dont l’acuité argentique imprime sa générosité sur des clichés d’où jaillissent des cris de vie, de douceur ou d’infinies tristesses. Avec Indarra, exposition consacrée à ce photographe virtuose, en collaboration étroite avec Donostia 2016 au casino Bellevue, du 9 juillet au 2 octobre, Biarritz donne tout son vrai sens à l’humain, en une cinquantaine de clichés dont 11 consacrés à la découverte d’un Pays Basque tout en forces et légendes.

Comment une exposition majeure se sculpte-elle ? Sur des émotions ressenties au hasard d’autres expositions, en des regards qu’attire le choc d’un tableau, d’une sculpture ou d’une photographie  qui illuminent des espaces. Pour Pierre Gonnord l’étincelle a jailli d’une collection privée espagnole, exposée l’an dernier en ces lieux. L’envie furieuse de saluer le talent d’un homme, autodidacte, dont les errances sur émulsions coïncidaient avec une année culturelle européenne en quête d’humanité profonde et de dialogues de paix. L’an prochain, ZIGOR habitera cet espace somptueux, épuré, du Casino Bellevue qu’il balise déjà en deux oeuvres de hêtre sensuelles.

Le titre de l’exposition « INDARRA » illustre à merveille la multiplicité des niveaux de force évoqués, presque invoqués: Force des âmes, force des vies d’hommes, de femmes et d’enfants, force physique, forces de la nature si présentes dans l’esprit basque ou ceux d’ailleurs, tout aussi lourds de non-dits! Cette série de force basque nous entraine au delà du simple physique pour s’approprier un monde, un territoire, une atmosphère riche de ses légendes, de son histoire et de son identité viscérale, fière et ombrageuse. Aux pierres, dont la vitalité fusionne avec les muscles des hommes et des femmes, se tiennent, en une résonance magique, d’autres rochers ou arbres surgis, tels des personnages torturés et millénaires emplis de bien des secrets, des forêts brumeuses où l’air humide frémit de mythes enfouis et que le soleil exhale. Des forces à travers lesquelles les humains fusionnent avec la nature et les animaux en une réalité qui se fait mythe pour mieux se cacher des regards sceptiques de nos modernitéS froides, insensibles aux rêves et aux fantasmagories.

Les photographies de Pierre Gonnord sont des peintures que l’argentique ou le numérique sublime. De Goya aux peintres flamands toute la beauté crue des visages, paysages et animaux fougueux surgit pour raconter des vies entières, des légendes, des fiertés aux silences assourdissants de dignité et de force vitale, en une mise en scène, en lumières, qui magnifient les sujets ainsi happés. Car oui, l’oeuvre de Pierre Gonnord se vit et se ressent en une force incroyable, celle d’une humanité authentique, celle de ces petits ou gitans ou mineurs ou femmes, que la vie a fracassés, engloutis et burinés sans que jamais la flamboyante résistance de ces êtres soit égratignée, bien au contraire. un écrin épuré pour sertir des pans de vie magistraux que racontent les visages, les arbres, les pierres, les chevaux impétueux. Des itinéraires de rage, de colère, de tristesse ou de sérénité toujours emplis d’une indestructible soif de vivre, droit ou droite dans des bottes de sept lieues qui se nomment humanité ciselée sur le fil ténu de l’émotion. Du 9 juillet au 2 octobre, dans le cadre de Donostia 2016, la ville de Biarritz se fait, au Casino Bellevue, miroir de belles rencontres éphémères, sensibles, pures et parfois brutales entre les regards croisés du photographe et de ses modèles qui ont su s’apprivoiser en des traces de l’instant fugace, captées en une frissonnante alchimie.

Mais au delà du simple cliché, argentique ou numérique, Pierre Gonnord ne pense son art qu’à travers ces étincelles subtiles de rencontres qui donnent du sens à son oeuvre. En une époque sursaturée d’images, réapprendre à regarder, à écouter, à raviver cette “llamarada” chère à Sistiaga, petite flamme incandescente qui permet de suivre des expériences de vie, devient une urgence pour que l’intimité fragile de rencontres, en regards ou visages, ne disparaisse pas dans l’oubli d’instantanés sans âme. l’émotion suscitée par ces chemins croisés guide sa démarche car il faut laisser le temps au temps de se connaitre, de se dire, de se frotter les uns aux autres en rugosités précieuses,  pour graver la vérité, les vérités  de ces portraits. De cette densité-là, rare et intense, naissent des instantanés qui concentrent des parcours, des chemins de traverse croisés, parfois provoqués, parfois impromptus, et des dialogues inscrits en chaque millimètre de photographies magistrales. Une vieille femme happée en sa solitude que les mots ne suffisent plus à magnifier, une autre, mère sereine, dont l’allaitement engendrera des enfants d’une incroyable puissance, ces gitans aux regards de braise dont les chevaux racés expriment la noblesse en une fusion, fracassante de vies, indicible. Et puis ces mineurs des Asturies que la vie a foudroyés et brisés en visages de colère, tristesse, douleur et néanmoins fierté pudique. Des travailleurs de l’ombre saisis en images projetées ici, conscients de perdre, quelques mois plus tard, leur emploi, pour cause de fermeture des galeries…Instant fragile, poignant, déchiré, au coeur des salles qui enchainent les bribes de vies offertes avec infiniment de pudeur, de respect et de délicatesse. L’ambition? emboiter ses pas et ses objectifs dans ceux de groupes humains aux identités culturelles fortes.

En contrepoint, les oeuvres de Oteiza, Mendiburu, Chillida et surtout Zigor puisent en cette nature vivante, vibrante, toute l’énergie pure de raconter une terre aux mille histoires, saveurs et odeurs. Une ode charnelle aux merveilles de ce territoire basque. Un Mendiburu dont Zigor, très justement, dira qu’il avait l’art, sublime, de coudre le bois!

www.biarritz.fr

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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