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Published on décembre 3rd, 2017 | by MagMozaik

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L’humanité interpelée

Voilà des « Singularités Plurielles » qui, pour se décliner en 4 talents bien différents, ne s’en harmonisent pas moins sur des valeurs communes tout en tolérance, respect de l’homme ou de la nature et délicates finesses aériennes. 4 virtuosités bien particulières par leurs inspirations, leur mode d’expression et leurs techniques qui se répondent les unes les autres en résonances étonnantes chargées de cette nécessaire humanité qu’il faut parfois hurler au fil de ses travers ou de son histoire blessante, voire blessée.

Des univers en confluence

Du 18 novembre au 17 décembre, crypte Sainte Eugénie, 2 hommes et 2 femmes conjuguent ensemble leurs univers pour des messages artistiques engagés, ancrés en quelques réalités pas toujours bonnes à pointer du doigt, qui convergent curieusement. Défendre la nature en la représentant, c’est évoquer tous les mythes et légendes qui la subliment en bien des cultures mondiales animistes et ancestrales, d’Haïti à l’Indonésie, du Pays Basque à la Polynésie. C’est aussi la désincarner pour l’abstraire d’une réalité qui la blesse, la détruit, alors que tant de vies l’habitent, la font bruisser et se défendre. Défendre la nature c’est aussi interpeler le monde moderne sur cette nature humaine que l’on exclut et que l’on rejette aux franges désolées des villes, parce que libre et différente de nos normes urbaines ou sociales, car flamboyantes. Pour dire ce monde la tête à l’envers, mais que les cris artistiques rappellent à l’ordre de plus en plus, les 4 artistes ont choisi des thèmes spécifiques et forts, parfois violents, souvent doux et oniriques qui, chacun à leur manière, nous rappellent les fondamentaux de la vie entre les hommes ou avec la nature, à travers de nobles matières, de la peinture au travail subtil sur les motifs en passant par la sculpture sur bois et acier ou la céramique en tableaux, mais aussi au fil de styles bien différents, de l’abstraction figurative aux constructions finement chorégraphiées en passant par les volumes massifs de bois ou les toiles empreintes de symbolismes puissants en collages étonnants. 4 artistes de générations différentes aux parcours bien différents qu’unissent des préoccupations communes: Agnès Berniolles, dite L’AB, Guy Perraudin, David Joly et Veronika Pertseva.

Agnès Berniolles, dite L'AB

A l’initiative de cette exposition collective, puissante et si transversale, Agnès Berniolles, dite L’AB, dont les sensibilités se calquent sur de multiples styles évolutifs, de l’abstraction à la figuration libre. Elle explore au fil de ses instincts ce qui la rend inclassable dans ses infinies variations de mouvements où le bleu domine comme une couleur de paix et d’énergie. Pour cette exposition, et pour bien se définir libre de tout courant, elle a décidé d’une rétrospective à spectre large de 1977 à aujourd’hui, privilégiant le thème de l’arbre, somptueuse entité pour le moins menacée et qui hante souvent ses inspirations. Avec une belle surprise quant à l’accomplissement maitrisé  de son art multiforme et mouvant, de nouveaux petits tableaux en forme de céramiques magnifiquement équilibrées à travers ces arbres aux mille vie qui glissent et dansent sur des teintes tantôt sereines, tantôt incandescentes. Un vrai tourbillon de gestuelles arborées dont on ressent, au toucher, le vrai souffle. C’est organique, puissant, et ça vous emporte en ces forêts où les « Ents » de Tolkien ou du Pays Basque vous hurlent combien leur vie nous est précieuse.

Guy Perraudin, le bois en mémoire

Un respect de la nature, hélas violée, que fait sien également Guy Perraudin, mêlant en structures chaleureuses et incisives à la fois, des histoires humaines de destruction, intimement liées à celles d’un Pays Basque où, du côté de Larla et Iparla, les mines se nourrissaient du massif des Arbailles et d’Iraty. Depuis, les mines se sont éteintes et les bois reprennent leurs droits tant abîmés. Utilisant les bois meurtris par la tempête Martin en 1999, l’artiste nous balance des sculptures qui saignent du fer ou de l’acier qui les a dévastées avec cette fougue de réappropriation magnifique. Des oeuvres que la cire et l’huile adoucissent, massives, brutes. Et rien de plus sensuel que de caresser ces oeuvres que l’acier tour à tour blesse ou raccommode en importables et grossières sutures jusqu’à faire suinter la sève que renaît, aujourd’hui que les déchirures humaines se sont évanouies en espaces jadis éradiqués. Nous avions eu l’occasion voilà longtemps de le découvrir à la Cité de l’Océan et c’est un réel plaisir que de retrouver quelques unes des plus belles oeuvres de Guy Perraudin sous les mains duquel les nervures du bois jaillissent.

Quand la discrimination se fait abjecte

Plus attaché à une humanité dévastée, David Joly nous propose, en collages qui sont autant de magistrales gifles à nos intolérances, une vision particulièrement violente de nos sociétés urbaines qui oublient, loin derrière ces tas de détritus suburbains, ces gens du voyages, gitans, roms ou tsiganes dont la liberté d’être et de s’exprimer ne rentrent pas dans les moules de nos modes de vie calibrés. Alors on les rejette dans ces espaces noirs, honnis, d’où jaillissent pourtant les flammes de la vie. Etonnant combien dans ces toiles, l’humain n’apparait que là, dans ces campements de fortune, comme des mythes vivaces ! Car les légendes et la mythologie, âme des hommes, est sans cesse présente en ses oeuvres de magnifique spiritualité. Vous y trouverez même un autel caché qui rend hommage aux esprits qu’incarnent au Pays basque les arbres et les pierres, l’air et l’eau qui irriguent nos terres. Une spiritualité essentielle, basique, primale, qui vient de loin dans nos mémoires et l’histoire de nos civilisations anciennes et qu’ont su conserver, protéger les cultures ma’ohis ou les aborigènes, entre autres. Une dualité très complexe qui ne parle finalement que de l’essence vitale des hommes, en fusion complète avec la nature qui les entoure. Un vrai coup de coeur qui mêle style naïf haïtien, techniques de collage moderne et sources anciennes de vie en des styles qui cinglent le regard.

Motifs et textures aériens

Enfin, la benjamine russe, si fine, aérienne et subtile dans ses compositions très design, Veronika Pertseva. Graphiste et scénographe, elle s’attache aux trames de tissus où elle imprime des motifs aux mille facettes, détachables ou pas! Ses oeuvres, tout en légèreté et raffinement, nous invitent à regarder sous un angle nouveau tout ce que la matière peut générer de créativité, qu’il s’agisse de serpent de perles en céramique sur planches mouvantes ou de carrés de tissus découpés qui ouvrent la porte vers d’autres univers où tout imaginer des signes imprimés comme un langage onirique. Une exposition sensible, finement ourlée de regard différents mais qui parle, sous de multiples angles d’une même chose: Nous, humains, doués de conscience et d’imaginaires à fleur de peau et de neurones  pour mieux résister aux intrusions nocives de nos modes de vie.

Pour toutes informations www.biarritz.fr.

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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