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Published on mai 30th, 2017 | by MagMozaik

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L’heure andalouse!

Du 1er au 5 juin, Saint-Jean-de-Luz accueille son 23ème Festival andalou. Un  foisonnement d’événements culturels se succèdent (danse, concert, soirées Tablao, exposition) tout en émotions et gestuelles fougueuses, incandescentes et contrastées, incarnations de la culture et de l’identité d’un peuple, entre spiritualité et langages artistiques indomptables, extrêmes et flamboyants, oscillant entre douleur brûlante, fierté ombrageuse, sensualité, séduction ravageuse à fleur de peau, jalousie ou colère démesurées et allégresse tumultueuse. D’étonnantes ponctuations inscrites au coeur d’un village de casetas riche en animations, initiations chorégraphiques et dégustations culinaires, avec, en point d’orgue le dimanche 4 juin, une messe andalouse dans la plus pure tradition.

Le festival se veut une vitrine de l’essence culturelle andalouse qui ne s’exprime jamais aussi bien qu’à travers une grammaire très physique, charnelle et gracieuse des corps, des musicalités virtuoses et des chants déchirés, déchirants, passionnels et passionnés. L’identité d’un peuple capable de sentiments aux partitions imprévisibles, tantôt rugueuses, ombrageuses, impétueuses, violentes et colériques, tantôt langoureuses, lascives sensuelles et torrides, tantôt festives dans une allégresse incontrôlable et communicative. Des registres d’émotions tout en vibrations nuancées et flamboyantes.

Pièce maîtresse et fer de lance sur toutes les scènes internationales de l’âme andalouse: le flamenco, art millénaire au langage très codifié en 3 dimensions, néanmoins de plus en plus épuré et revisité. Un renouveau dans la tradition qu’incarne cette année la Compania Manuel Linan à travers son exploration de l’esprit « Nomade » tout en finesse, émotion et force dans le pur esprit flamenco. Trois danseuses, trois danseurs, trois voix  et deux guitares pour une magnifique envolée ciselée au cordeau. Le chant, tout d’abord, a cappela (cantes a palo seco) dont les atonalités en demi teintes s’imprègnent de sonorités arabes, qu’accompagnent les claquements de mains en un écho rythmé intense (las palmas). Puis la danse où les corps se torturent, s’enflamment, se dressent un fulgurances toniques ou sensuelles exacerbées; des corps dont les mouvements s’étirent en une musicalité intense et frénétique jusqu’au bout des pieds et des talons (le cajon, claquettes virtuoses très complexes et techniques), jusqu’au bout des mains au délié agile et gracieux, péremptoires en claquements de doigts que prolongent parfois les castagnettes; des corps dont les ports de têtes et les visages expriment tour à tour la douleur, la pudeur, la fougue ou la joie en un tourbillon ivre d’émotions. La musique enfin, dont la guitare s’inscrit au coeur de l’identité andalouse. Un art néanmoins que l’on ne saurait comprendre sans son ancrage permanent, au fil des siècles, dans un contexte social et historique où il puise ses inspirations, ses thèmes et ses évolutions. C’est tout un univers tumultueux, riche de multiples mémoires ou soubresauts,  et chatoyant, que cette alchimie foudroyante et ô combien efficace laisse éclater en monuments de grâce vibrante, à fleur de peau, de corps, de voix et de trilles de guitare andalouse. Des chorégraphies et scénographies audacieusement étudiées, précises et construites dont la virtuosité et l’apparente improvisation stupéfient pour faire des corps des oeuvres d’art vivantes, laissant éclater en crescendo leur spiritualité, le 4 juin à 20h30 au Jai Alai. Est il besoin de rappeler que le Flamenco est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO depuis novembre 2010?  Un symbole magnifique, porté à Saint Jean de Luz par une belle lignée chorégraphique née d’Elvira Vines Soto.

Dans la lignée éblouissante de ce spectacle, deux soirées « Tablao » consacrent deux grands artistes de renommée internationale pour des prestations de 2 fois 40mn avec entracte à l’auditorium Maurice Ravel. Le 2 juin à 20h30, rare moment de virtuosité en compagnie de Pascual Gallo, artiste d’exception et collaborateur des plus grands, tel Paco de Lucia. Pour l’occasion, ce maître de la scène flamenca s’entoure de figures majeures tels, Enrique El Picubale et El Vincente (chanteurs), El Caramélo et La Luna (danseurs), José Barrés (percussionniste), Jairo Barrés (basse et percussions), Simon Fernandez (Flûte) et José Maria Jiménez (guitare).  Un vrai moment de grâce que sculpte le musicien surnommé El Pollo. Le lendemain, autre soirée d’anthologie et d’exception avec José Galvan, artiste incontournable du genre depuis 50 ans, créateur d’une académie de danse à Séville. Un souffle inspiré porté par les danseurs Alba Guerre, Angela Bonilla, Sonia Naranjo, José Antonio Galvan, le guitariste Carlos Ayala et les chanteurs Natalia Marin et Juan Toro. Instant musical rare, enfin, le 1er juin ciselé sur les cordes de guitare de Jonathan Esteve Aranda, pépite montante de la jeune scène internationale musicale.

Côté exposition, à la Rotonde jusqu’au 18 juin, une belle intrusion au coeur d’une vie andalouse où l’arène tient son vrai rôle social sensible et abrupt avec les photographies d’Aitor Lara, orfèvre du noir et blanc, natif de Biscaye, qui reproduit ici toute une société bigarrée et hiérarchisée, toute en gueules, manières et contrastes à fleur de vie et d ‘émotions vives vécues dans des gradins où l’on chante, se moque, se salue bruyamment pour vivre ensemble l’intense de la Real Maestranza, de Séville ou Ronda.

Côté village, tout un bruissement se fait entendre en saveurs et odeurs sublimes partagées, des halles aux Casetas installées au bord de la Grande Plage, au pied de Sainte Barbe, grâce aux associations de la ville. L’occasion d’apprécier le travail des écoles de danses locales, de s’initier aux sévillanes ou de découvrir des groupes locaux de musiques flamencas, de midi à 2h00 du matin, Espagne calliente oblige! Clou du festival, la messe andalouse, aussi fervente que la passion qui habite l’esprit andalou et reproduite ici chaque année dans les règles de la tradition en l’Eglise Saint Jean-Baptiste dès 10h30. Aux manettes, le duo Sylvia Moralès, ancienne danseuse flamenca et Pascal Thibault, guitariste  aguerri, avec le concours du Coro Rociero de Renteria. A l’issue de la cérémonie, défilé traditionnel de chevaux et calèches de la rue Gambetta aux casetas. Un bouillonnement festif à ne pas rater.

Exposition: Rotonde 15h-19h30 et samedi 19h-12h00 et 15h00-19h30, entrée libre

Concerts: 2 et 3 juin de 18 à 25 euros

Danse: 4 juin de 20 à 30 euros

Informations: www.festivalandalou.com

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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