Coups de coeur

Published on février 5th, 2017 | by MagMozaik

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Les oubliés de la vie

Du 3 au 26 février le DIDAM accueille une exposition photos de l’agence MYOP, produite par le Secours Catholique-Caritas. Un regard fort et sensible sur la précarité en milieu rural où l’isolement fragilise une population souvent stigmatisée et cachée, car dénonciatrice de bien des iniquités et souffrances, en marge de nos sociétés bien pensantes.

En ce samedi 4 février, découverte brutale d’un travail poignant et vibrant d’émotions tout en pudeurs et fragilités de 5 photographes qui, en liaison avec le Secours Catholique-Caritas ont suivi, avec infiniment de délicatesse et de respect ces “oubliés de nos campagnes”, juste sur le fil de ces frontières où tout bascule , des blessures de la vie à la précarité la plus révoltante. Vies bousculées, cassées, brisées et entrainées dans une spirale infernale qui assassine l’espoir de s’en sortir, d’être juste vus par les voisins, les pourvoyeurs d’emplois, voire simplement la famille! Des brûlés de la vie déchus qui ne trouvent réconfort à leur isolement que dans leurs animaux, leurs enfants  ou nouveaux compagnons et compagnes. Ils leur redonnent le souffle, ô si ténu, de l’espérance et d’une certaine forme de sérénité qui peuvent pourtant, à tout instant, se fracasser en mille morceaux…

Un duo de talents pluriels, sensibles à toute forme de discrimination et d’exclusion,  conjugués pour ce premier axe de l’exposition: « La diagonale du vide ». Lionel Charrier, en numérique et couleurs, et Alain Keler, en argentique et noir et blanc, ont sillonné la France, des Ardennes aux Hautes-Pyrénées à la rencontre des plus démunis, ceux et celles qui tentent, dans un désarroi total, de survivre . Chômeurs, retraités misérables, agriculteurs pris à la gorge, anciens SDF… Ils vivent dans l’angoisse du surendettement, de l’expulsion ou du coup de pouce pour s’en sortir qui ne vient pas ou tarde tant. Deux regards aux techniques contrastées pour un même angle de vue.

Pierre Hybre s’intéresse à ce bout du chemin qu’est Saint Girons, petite ville d’un département parmi les plus dépeuplés et pauvres où hommes et femmes sont en situation de « ruptures ». Marginaux, victime de la désindustrialisation, du manque de travail, de qualification ou venus jusque là, déracinés de régions trop onéreuses pour eux. Mais une petite ville “cour des miracles” où s’inventent des solutions d’entraide.

Autre visage poignant du déracinement et de l’expatriation, “Ester et Armando”, couple espagnol suivis par Olivier Jobard, frappé de plein fouet par la crise économique dans leur pays. Quand on vit la déchirure de tout perdre, de devoir éloigner les enfants, on s’accroche juste à l’espoir d’un travail, même saisonnier, même précaire, en dormant dans une vieille fourgonnette, quitte souvent à faire la manche pour payer l’essence. La cueillette des fruits de Tain l’Hermitage a raison de la santé d’Ester mais comment rentrer les mains vite avec la honte qui les tenaille de ne pouvoir assumer leurs enfants?

Et puis il y a cette « Vallée des oubliés » dénoncée, dans toute sa cruauté, par Ulrich Lebeuf, là-bas, dans la Somme  où les usines ferment inexorablement, vomissant sans vergogne leurs lots d’ouvriers que l’alcool, la drogue, les cassures familiales dévastent et détruisent peu à peu, conduisant au cycle infernal de l’isolement et de la déchéance que l’on veut cacher à ces rares enfants qui eux, pourront peut-être s’en sortir?

Et c’est finalement tout un monde aux visages pluriels qui peignent, en teintes de désespoir sur leurs visages douloureux ou résignés, toutes les déviances, les injustices ou les absurdités de nos sociétés qui s’obstinent à les ignorer, les condamnant à un mutisme effrayant et destructeur. Comme ce jeune homme du Nord qui résume si simplement sa situation étouffante: « Pour trouver du travail, il faut une voiture, et pour une voiture il faut de l’argent et pour de l’argent il faut du travail! C’est un cercle vicieux ! Et même avec une voiture il faut pouvoir payer l’assurance et l’essence ! »Tout est dit. On est loin, bien loin, des images colportées de campagnes riantes, de paysages bucoliques où il fait bon vivre hors du tumulte urbain ! La pauvreté, la souffrance, les errances et blessures de la vie avec toutes leurs déviances, existent bel et bien là où on les relègue, dans ces coins de ruralité bien reculés, juste pour se dire, en toute bonne conscience: Cachez cette misère que je ne saurais voir!

Un grand bravo à la ville de Bayonne pour l’accueil réservé à cette exposition et sa grande écoute des problèmes de société qu’elle met en exergue. Un grand bravo également au Secours Catholique-Caritas qui, sans relâche, à travers ses équipes locales et ses milliers de bénévoles met en place, partout dans ces campagnes, un maillage de veilles sociales qui accompagnent ces exclus, cassent leur isolement et retissent des liens sociaux en des secteurs aussi sensibles que l’errance, l’emploi et l’insertion, les prisons, les migrants ou les gens du voyage. Un coup de chapeau surtout à ces magnifiques photographes dont l’objectif sait avec pudeur, délicatesse et néanmoins réalisme, saisir tant de regards mis à nu!

Didam, 6 quai de Lesseps, entrée libre du mardi au dimanche, de 13 à 19h00.

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

Photos Mathieu CLERC

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One Response to Les oubliés de la vie

  1. thetaz claude says:

    C est un problème de société,coup de chapeau aux associations caricatives,qui manquent de bénévoles,je m adresse aux retraités ées,je connais beaucoup de retraités,qui sont chez eux toute la journée,les associations vous attendent,vous férez des rencontres,très constructives,et vous vous rendrez très utile

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