Culturissimo

Published on février 21st, 2016 | by MagMozaik

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Les masques basques? Une fière volonté de transgressions!

Dans le cadre d’une convention entre le Conservatoire Maurice Ravel et l’Institut Culturel Basque, se tenait récemment une journée consacrée au théâtre, alors que se dessine, pour la rentrée, la création d’une classe de théâtre en euskara! L’occasion, après la danse et la musique, de faire la part belle aux multiples traditions qui intègrent de nombreuses formes de théâtralisation, de la mascarade aux carnavals en passant par les pastorales. Un manière également d’illustrer combien  l’utilisation des masques est ici empreint de sacralité et de mythologie en des contextes historiques où contestation anonyme et transgression des interdits étaient -et sont toujours!- de mise! Une journée animée par l’anthropologue Thierry Truffaut, grand spécialiste en la matière, et Gaël Rabas, responsable des cursus théâtre au Conservatoire. Une belle manière de célébrer aussi les 25 ans de l’Institut Culturel Basque et l’occasion de suivre la saison nouvelle des carnavals et mascarades, d’Ustaritz à Zubieta ou de Ciboure à Zurragamurdi en passant par Bayonne! Petite balade en photos et videos!!

Derrière le masque? La liberté d'être et de dire!

La symbolique du masque remonte à des temps très anciens et sa raison d’être a revêtu, au fil des siècles, de multiples acceptions, divines ou païennes, jusqu’à ce que sa signification s’épure dans une logique de libre parole et de transgression des interdits humains de tous ordres, sous les impacts de l’histoire, de l’antiquité à nos jours.

Si les carnavals, mascarades et autres cavalcades ont perduré jusqu’à aujourd’hui, leur force et leur utilité ont varié selon leurs urgences sociales et leurs nécessités d’être, plus ou moins exacerbées selon le contexte historique des lieux où ces manifestations se sont développées jusqu’à prendre des chemins différents, du simple folklore, édulcoré par maintes récupérations religieuses de ces phénomènes explosifs, à l’expression d’identités culturelles fortes et particulièrement bien enracinées dans une richesse de traditions préservées comme un creuset précieux de résistances à ne jamais abdiquer. La force de ces manifestations liées aux saisons se mesure donc à l’aulne de la conquête du droit à la parole dans l’antiquité, mais aussi  de la résistance à de multiples formes d’oppression, du moyen âge à aujourd’hui, contre tout ce qui s’acharnait à nier la liberté, la diversité et la différence des hommes et des cultures! Si l’on chemine à travers les tumultes de l’histoire, la pertinence des carnavals et des masques se pose clairement en violentes contestations de guerres, de misères, d’épidémies et d’injustices de pouvoirs, décidés, au nom de la religion, du droit divin, de la richesse et de l’ordre social, à museler tout velleité de liberté d’expression qualifiée de comportement pervers. Ce fut le cas emblématique du Carnaval de Venise et autres fêtes libératoires des XVIIème et XVIIIèmes siècles où les accusations de libertinage malsain coïncidaient étrangement avec les lumières d’un siècle en révolte contre toutes les castrations de l’intelligence, sous quelque forme que ce soit, et de la raison politique en devenir.

Depuis son apparition, le masque renvoie à l’anonymat qui permet de tout dire en toute impunité et de dénoncer toutes les formes d’injustice liées ou non à des structures socio-économiques et politiques, dénoncées ou juste chahutées. Au fil des siècles, les pouvoirs en place, impuissants à interdire le flux de contestations, ont su à merveille les récupérer et les canaliser en festivités contrôlées, calibrées et limitées à des dates curieusement religieuses! D’une bombe dangereuse, ils ont su faire une cocotte minute aux débordements bien encadrés. Sauf que ces colères conjoncturelles ont pris, au siècle dernier, une connotation identitaire que l’arme des religions, désormais obsolète, ne peut plus endiguer aussi aisément! C’est particulièrement le cas de la culture basque qui a su, dans sa langue et ses traditions, imposer son identité et en faire aujourd’hui un outil de vitalité étonnant à quelque niveau du quotidien que ce soit. Un instrument qui renoue- mais y a-t-il eu seulement rupture?- avec le paganisme antique, la mythologie basque, et particulièrement dynamisé par le joug franquiste!

Il fut un temps – les peintures rupestres des grottes l’attestent- où porter un masque signifiait tromper la nature dont on pensait ainsi repousser ou apprivoiser  les effets saisonniers. L’antiquité grecque et romaine enrichira cette dimension d’une seconde, plus sociétale. Le masque, théâtralisé, deviendra alors le vecteur essentiel pour émettre des critiques sans risquer de se faire reconnaître! Le moyen-âge des “fous” reprendra cette tradition en journées d’inversion des valeurs et des rôles! Une manière ludique et fantasque de se jouer de la réalité que la Comedia Dell’Arte, née à naples, adoptera en toutes ses formes ubuesques, des zanis au simples nez de clowns, expression la plus minimaliste des masques! Un art dont émergera Molière.

Les masques basques, s’ils s’ancrent dans des rites saisonniers, n’en intègrent pas moins des pans d’histoire propres à chaque province, voire chaque village.

Une saison 2016, haute en couleurs

Chaque année, le carnaval est l’occasion de passer, avec panache et moult manifestations, de l’hiver au printemps de toutes les renaissances et fécondités! L’occasion d’ancrer au sein de chaque village les solidarités  qui se mesurent en termes d’accueil et de convivialité au sein des maisons où les trublions masqués et autres kaskarots viennent se servir à manger et à boire! Gare à ceux qui refusent! Ils seront l’objet de quolibets et de quelques secrets croustillants étalés en place publique haut et fort!

C’est bien sûr l’affrontement, en une dichotomie de masques très contrastée, des vieux relents de l’année passée, symbolisés par des accoutrements hideux, et des annonciateurs festifs des nouveaux jours! L’ours se réveille, venant titiller par ses espiègles bondissements, la foule assemblée, les sonneurs de cloches déambulent à travers les rues ou de villages en villages, pour éloigner à jamais les torpeurs hivernales déjà malmenées par Olentzero…

Et puis les jeunes arpentent, en dansant, les rues, en parades amoureuses ou juste d’allégresse pour que revive la terre en semences diverses…Dansant, riant, ils collectent des fonds pour que les banquets s’organisent et que se retrouvent toutes les générations autour de bons plats et de vins qui coulent à flots!

Mais c’est aussi, et surtout, l’occasion de rappeler combien il est important de greffer sur ces traditions de renouveau, les contestations et revendications nées d’une actualité présente en chaque village et ville. Les prisonniers basques toujours éloignés de leurs familles, ceux que l’on enferme pour avoir osé user de leur simple liberté d’expression ou que l’on délaisse dans la maladie et ces dirigeants aux mensonges éhontés dont San Pantzar (ou Zanpantzar) se fait le hérault! Selon les endroits, le carnaval prend de multiples allures théâtralisées avec toujours ce postulat inébranlable de l’anonymat et la présentation de petites scènes qui illustrent pourquoi San Pantzar (Zanpantzar) est jugé sans pitié aucune en public avant d’être brûlé !

Selon les provinces, les rites varient bien sûr comme nous l’indiquions l’an passé. Toutes, à leur manière colorée et spécifique, intègrent la forte participation des citoyens, acteurs ou pris à témoin par les accusateurs de cette personne qui cristallise toutes les angoisses et les problèmes actuels que vivent nos territoires à divers niveaux économique, social, politique ou culturel. Là les mascarades, ici les cavalcades, ailleurs les arbitrages des bertsulari, les danses souletines… Rythmes saisonniers et préoccupations identitaires fusionnent avec bonheur en costumes bigarrés, en musiques endiablées, en cris jubilatoires et libérateurs, cortèges menés avec vigueur par toutes les générations confondues. Une explosion de vie et de liberté qui met à mal les boucs émissaires sous la forme de mannequins ou de sorcières à brûler sous la vindicte populaire et le bon sens, de Zurragamurdi à St Jean de Luz, de Bayonne à Ustaritz ou Zubieta!

Nous vous livrons quelques images précieusement glanées ici et là, auxquelles s’ajouteront d’autres videos en mars prochain! Un petit coup de coeur pour nos sonneurs de cloches et notre ours bien indiscipliné ma foi!

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

Photos Daniel VELEZ et Mathieu CLERC, videos Philippe SIRET

De bien belles journées qui nous font aimer ce peuple à la fantaisie et la conscience chevillées au coeur des txistus!

Pour infos:http://www.magmozaik.com/carnavals-basques-un-feu-dartifice-de-belles-traditions/

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