Vu dans la presse

Published on mars 26th, 2017 | by MagMozaik

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Les Ethiopiques ? Une parenthèse de libertés

Depuis quelques années l’association Eskandrai met Bayonne à l’heure de la “mondialité” et non de la “mondialisation”. La différence, de taille, suppose un parti pris de métissage culturel dans le respect réciproque de toutes les disciplines artistiques et de toutes les identités.

Le 9ème opus 2017 des Ethiopiques s’installe donc en cette terre bayonnaise d’accueil et de rencontres du 5 au 8 avril prochain. 4 jours de partages créatifs hors normes et qu’investissent musiciens, conteurs, poètes, chanteurs, danseurs, artistes plasticiens, universitaires à travers de multiples associations de la ville et la passion intacte d’une multitude de bénévoles et partenaires associés. Dans les bars, les rues, les magasins, les espaces de spectacles ou d’expositions, c’est un furieux raz de marée de tolérance qui nous déverse sa richesse de sons et d’images de tous pays et de toutes identités, en traversées imaginaires dans les quartiers de la ville et vers d’improbables destinations maritimes . Un événement qui a l’audace d’exister malgré un budget pour le moins ridicule dans un esprit de grande fraternité avec cette année l’accent porté sur les migrations douloureuses de Gernika à Aleph et une forte présence de femmes qui, par leurs audaces culturelles, transgressent les tabous, comme ces indiennes tuscaroras qui se piquent d’envouter les percussions pour mieux faire résonner leur identité et leurs combats. Un tumulte urbain où s’entrechoquent les rires, les mots, les palettes sonores et visuelles comme des ponctuations poétiques nécessaires et des parenthèses rares, citoyennes et solidaires hors des sentiers battus, en un contexte de violence, mais aussi comme des incitations à défendre toutes les libertés d’expression de tous et toutes.

Plantons d’abord le décor! Benat Achiary compare souvent sa perception de la culture et de l’art au vol d’un oiseau dont la calligraphie ailée symbolise la rencontre entre danses, langages, chants, musiques, arts. Un oiseau qui se rit des frontières et des interdits pour inventer le langage d’un extraordinaire métissage où la parole se prend, se donne, se partage partout où s’épanouissent et se vivent les identités culturelles dans le monde entier, en résonance avec son cher Pays Basque, terre où s’entrecroisent tant d’ influences. C’est là tout le sens des Ethiopiques et de la démarche de tous les artistes et bénévoles qui en font, chaque année, cette brève, lumineuse et jubilatoire incursion créative dans le « Tout-Monde » à travers du lien social fort.

Le dire poétique passe souvent par le rythme et les accents. En l’occurence une belle  osmose indienne, arabe et basque s’installe en cette 9ème édition des Ethiopiques avec en invités d’honneur des oriflammes d’un peuple arabe martyrisé, de la Syrie à la Palestine sur fond historique d’un autre génocide, celui de Gernika,  des femmes qui revendiquent toute leur magnifique place comme écrivains, artistes, musiciennes, danseuses, simplement membres de tribus ou remparts dressés contre les extrémismes religieux, aux accents si particuliers, et un hommage rendu par la manifestation à l’extraordinaire rencontre murmurée sur le fil de l’amitié au Didam entre deux monstres sacrés de l’art contemporain, Jeannette Leroy et Gérard Fromanger.

Chaque journée propose une palette thématique aux nuances irisées, comme autant de passerelles entre notre territoire et les cultures zébrées d’un monde debout contre toutes les barbaries, toutes les tyrannies, toutes les uniformisations de la créativité. Le 5 avril, les bergers s’emparent de la ville, qu’ils descendent de nos montagnes ou des hauts plateaux turcs. L’occasion, en musique d’une belle irruption du monde pastoral en nos remparts du côté de Breuer! Une journée cristallisée autour de l’Artotekafé avec notamment, Joseba Irazoqui. Le lendemain, place au devoir de mémoire entre Gernika et ses funestes relents syriens actuels. Difficile de citer tous les artistes mobilisés autour de Mohamed Boujalal, Benat Achiary, Maï Ishiwata, très présente,  ou Gaël Domenger tant est riche la programmation. Puis un 7 avril pour se sentir vivants, vibrants, résistants à toutes les formes de réduction des identités et des cultures, à l’image de tout le festival. En point d’orgue, la projection du film “Terre de Roses” de la kurde Zayné Akyol, poignant documentaire, et la présence forte d’Edwy Plenel, pour mieux être « près de ce que la vie a de plus vivant…une résistance qui ne serait pas seulement contre mais qui pourrait ouvrir à un autre monde possible » (Patrick Chamoiseau). Enfin le 8 avril, les artistes envahissent tous les espaces urbains, du Didam au pont Pannecau, du Musée basque à l’Artoteka. Du ballet « Xorien Ihesa » de Mizel Théret et Johanna Etcheverry au concert du groupe Ulali et Aura Fé, immense chanteuse et percussionniste amérindienne Tuscarora, en passant par un hommage musical et dansé au Didam, toute une effervescence pétillante et jubilatoire donne les clefs d’une nouvelle manière de se dire, de se comprendre, de se penser à travers un langage pluri-culturel à réinventer   chaque instant sur vos envies de liberté et de partage.

Pour connaitre en détail le programme: www.ethiopiques.fr

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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