Coups de coeur

Published on octobre 17th, 2014 | by MagMozaik

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Les différences à l’honneur

Hier, l’Hendaia Film Festival lançait sa seconde édition. Un opus qui met cette année la barre de la qualité très haut! 4 expositions d’artistes au talent rare, une programmation d’amblée placée sous le signe du respect des différences et des partages de cultures, des jurés prestigieux et d’excellence professionnelle, un concert d’H-Eden pour clamer le droit de vivre en euskara en écrins de notes, de chants et d’émotions  à fleur de peau, un public attentif et très perceptif… Bref! Tous les ingrédients réunis pour nous offrir un événement dont la cuvée s’annonce de très haute facture!

Première mi temps? Un pétillement d’artistes !

Au 3ème étage du splendide centre culturel Mendi Zolan, une salle étrange, vêtue en ses habits somptueux de lumière. Une flamboyante parure tissée dans la trame magique des oeuvres de 4 artistes au talent magistral!

DSC_0486( Regina Engel)

– Regina Engel ressemble fort à ses sculptures: sobres, élégantes, d’une rigueur presque mathématique mais aux formes gracieusement virevoltantes et poétiques. Une influence Bauhaus, certes, mais en arabesques dynamiques et délicates, dont la douceur apparente vibre d’énergie vive, sorte d’invisible dans le visible, tant il est vrai qu’il faut parfois savoir lire et comprendre au delà des apparences!! Mais n’est- ce pas là , au fond, justement,  le propos même du festival: Apprendre  à connaitre les autres au delà des différences?

– Autres créations, autre univers! Bernie ArtCore, incroyable graphiste hendayais au riche parcours artistique international … et à la barbe très inventive! En fortes, mais subtiles, fresques numériques, il ouvre grand les portes de nos perceptions sur le monde entier et notre époque dont les images innombrables, éclectiques et parfois fugitives s’entrechoquent sur ses toiles. Un jaillissement de couleurs, d’images télescopées… A plonger ainsi au coeur de son univers on croirait presque entendre un fourmillement de sons, comme un brouhaha savamment orchestré de civilisations et de cultures multiformes…Rien à dire si ce n’est wouhaouuu! Gigantesque!

 DSC_0501( Bernie ArtCore)

– Comme son père, le grand Lino, et Gabin, Clélia Ventura aime les belles histoires, celles peintes aux couleurs de la vie, de sa vie, en ce qu’elle nomme ses “Grabouillages“. J’aimerais bien savoir gribouiller avec autant de finesse et de talent! Mais ses toiles ne sont qu’une variante de sa passion pour justement “les belles histoires”. Elle écrit aujourd’hui, après plusieurs ouvrages consacrés à son père, son premier roman et co-écrit, avec Christel Noir, son premier long métrage. Depuis les débuts du festival elle se tient aux côtés d’Angela Mejias dont elle a, avec humour, résolu de ne jamais se séparer dans cette merveilleuse aventure de la tolérance.DSC_0500( Clélia Ventura)

– Enfin, en route pour un autre continent, aux antipodes de nos riches sociétés occidentales trop souvent régies par l’indifférence, l’égoïsme et l’individualisme. Veronika Jorquera Donoso, photographe péruvienne, nous livre, telle une gifle ou un cri d’alarme, ses clichés en noir et blanc, rudes, poignants aux personnages muets, mais dont le regard et les gestes disent assez la dignité, la pudeur et l’émotion. Qui sont-ils? Les Shipibos, peuple indigène d’Amazonie. Une manière efficace de nous ramener aux dures réalités des minorités ethniques.

DSC_0476( Veronika Jorquera Donoso)

Seconde mi temps, second lieu: L’ouverture du festival au cinéma Les Variétés

Une salle comble attend les jurys, l’organisation et toutes les équipes de films présentés. En première partie, histoire de conditionner les esprits, un magnifique et trop méconnu groupe: H-Eden. Atour de Maddi Zubeldia, auteur-compositeur et interprète, dont la chaude voix sait exprimer sans fioriture l’âme basque, la douleur des oppressions franquistes pas si lointaines ou la douceur rebelle de l’Irlande, Xano Urtxegi (accordéon), Txomin Arizaga (guitare), Unai Zubeldia (flute et buzuki), Inaki Officialdeguy (percussions) et Antton Arrizabalaga (piano). Une demie heure d’un voyage entre parenthèse, au coeur de l’émotion, comme une respiration hors du temps, des diktats des langues dites officielles ou des meurtrissures d’un quotidien bridé par les carcans du politiquement et culturellement correct!

– Et puis, moment attendu, la présentation des jurys. Sur la scène trônent les deux trophées: Deux magnifiques sculptures cristallines dont la structure en prisme diffracte la lumière en d’infinies composantes colorées, symboles étincelants des riches diversités culturelles, linguistiques et ethniques au coeur du festival. Présentation en français, espagnol et euskara: Une belle évidence pour un tel festival! Place au Jury international présidé par une superbe Nino Kirtadzé, plus charismatique que jamais. A ses côtés, Bernard Debord, dont les orientations majeures en faveur des droits de l’homme ne sont plus  présentées, Marie-José Castaing, journaliste spécialisée dans les cultures et sociétés d’Espagne ou d’Amérique Latine, et Christel Noir, magnifique “moultipass” dont on vous reparle ci dessous! Le jury Aquitaine Euskara tient ferme la barre du respect des différences et de leur liberté d’expression. A sa tête, Marc Armspach, dit Marko, grand dessinateur très engagé dans la BD en Euskara qui sait, avec clarté et intelligence formuler ses choix et ses idées… On y reviendra demain car ses positions pertinentes et impertinentes ne laissent pas indifférents. Il est entouré de Laurent Ferrière, photographe et photojournaliste d’Oloron Sainte Marie, d’Enrique Santiago Rodriguez, à l’origine de nombreux projets d’expression culturels et Nuria Sayago, excellente coloriste BD argentine installée en Espagne, au parcours pour le moins atypique! Enfin, présentation du très attendu concours Euskaraz Bizi Nahi Dut (je veux vivre en euskara).

   DSC_0407(Une petite femme qui fait de grandes choses! Angela Mejias et Clélia Ventura)…

DSC_0988(… pour de beaux trophées!)

– Les lumières s’éteignent pour la projection d’une première série de courts métrages en compétition internationale, introduits par un étonnant petit film hors compétition qui donne le ton de ce sera le festival: Des différences, des questionnements justes mais souvent dérangeants à l’image des réalités qui les suscitent, de belles notes d’espoir… Les chaussures rouges, d’Adrien Gil nous content, d’après un fait réel, le départ, ensemble et désiré, d’un homme et d’une femme qui se sont tant aimés que l’un ne saurait survivre à l’autre! Une cruauté de la vie bien résolue avec la pudeur de l’amour. Acabo de tener un sueno (je viens de faire un rêve) de l’espagnol Javier Navarro lui succède. Ou comment le cauchemar d’une fillette blonde aux yeux bleus, élevée dans un cadre idyllique,  peut devenir, selon le côté où l’on se place, le beau rêve optimiste d’une petite métisse défavorisée… Emouvant et juste comme les deux faces d’un même décor! Une belle fable qu’on adore! Pan-Demia (pain-démie) de l’espagnol Ruben Sainz, déclenche les rires par la manière dont un quotidien de désespoir peut engendrer des situations si poingnantes et absurdes qu’elles en deviennent risibles. Un humour caustique et quelque peu amer qui botte en touche! Elena de Marie Le Floc’h et Gabriel Pinto Monteiro nous laisse perplexes! Elena, adolescente polonaise accompagne ses parents chez un médecin pour leur servir d’interprète. But du rendez vous? L’avortement de sa mère… et soudain tout bascule! La gamine doit, avec la violence de l’adulte en devenir, imposer des interrogations à ses parents… Joli propos mais film un peu confus hélàs. En ces temps polémiques de la théorie des genres si violemment décriée, La Princesse Lamour Damour d’Arnaud Lalanne, vient, à travers un superbe conte de fée narré par une enseignante à ses jeunes élèves, affirmer qu’une princesse peut transgresser les codes sociaux en aimant tout à  la fois une princesse et un prince! Superbe et magistrale parabole. Un petit film qui mériterait bien d’être inscrit au programme officiel des écoles, n’en déplaise aux “bien pensants”. Enfin, Electric Indigo du belge Jean-Julien Colette, nous trouble. Un couple marié de gays a-t-il le droit d’éliminer une mère de la vie de leur fille, aussi choyée soit-elle? La mère a-t-elle le droit, après 10 ans d’absence, de récupérer assez radicalement son enfant? Au coeur de ce questionnement brutal, une enfant devenue femme qui devra se libérer d’un lourd et douloureux passé. Fort, dérangeant et sublime de justesse. On vous le dit haut et fort: Si tous les films en compétition sont à ce niveau là, la tâche des jurys s’annonce ardue!

DSC_0417(Equipes des courts projetés)

Troisième et dernière mi temps: De belles rencontres, de belles personnes…

– Au coeur du vieux Hendaye se niche un bistrot magnifique, chaleureux et convivial en diable, L’Hendayais. (Nous en reparlerons  coup sûr dans un article  venir sur nos lieux de vie, aux côtés de la Factory de Ciboure, du Kafe Loco de Guéthary et autres Gainz’bar!) C’est en ce lieu, dans la douceur d’une terrasse, que se déroule notre troisième mi-temps jusqu’au bout de la nuit. De belles rencontres surgissent, des échanges s’engagent tandis que tintinabullent les verres de blanc, rosé ou rouge ou que circulent les assiettes de charcuterie, de tapas ou de calamars, frits à point… Les rires fusent, la bonne humeur occupe l’espace et les impressions sur les premiers films visionnés se mettent en mots ou en gestes passionnés. On se raconte, on se dit en toute liberté nos différences, d’origine, de pensée, de culture ou de langue. On circule de tonneau en tonneau qui font office de tables éphémères, on passe du jardin d’hiver à l’extérieur, en surplomb du ruisseau (ou des rails???), on découvre de belles personnes dont la modestie et l’humilité cachent d’étonnants parcours de vie et d’incroyables talents. L’occasion pour nous de jolies conversations (orchestrées de main de maître pour nous par l’assistant d’Angela et Clelia ahah!!) avec quelques membres des 2 jurys.

DSC_0484( Bernie ArtCore: une fenêtre ouverte sur le monde des différences)

– Christel Noir est, nous l’avons dit avec humour, “moultipass”, ce qui est une grande qualité à nos yeux! Scénariste, artiste peintre et sculpteur sous le nom de Soÿ, cette romancière de talent nourrit une vraie passion pour le cinéma. Ce qu’elle aime avant tout? raconter une belle histoire avec une prédilection pour le récit narratif, suivant en cela le crédo de Jean Gabin, partagé par le père de son amie Clélia Ventura. Elle co-écrit actuellement un long métrage avec cette dernière sur le registre d’un humour en mode Audiard façon gigogne. Elle n’en dira pas davantage sur ce projet en cours qui nous met en bouche! En attendant cet opus, elle adapte en série TV l’ouvrage qui lui a valu en 2012 le prix de la romancière, La confession des anges, avant de publier en 2015 La porte du secret dont la version long métrage est déjà programmée. Et sa présence ici? parce qu’il est nécessaire, parfois, de raconter une histoire dans l’urgence et parce que, si le propos d’un film s’impose, il est juste de lui offrir la première marche pour mieux s’envoler.

(A venir en modification, video H-Eden!!)

DSC_0507

– Nino Kirtadzé? Nous l’avions croisée il y a 3 ans pour les 20 ans du FIPA de Biarritz. Sa flamboyance, sa volonté farouche de traiter des sujets délicats avec finesse et sa liberté de ton nous avaient déjà séduits. Pas étonnant qu’elle nous revienne ici avec la justesse d’un regard acéré, critique mais tellement humaniste. Une densité que nous retrouvons chez Marko, dessinateur engagé dans la BD en euskara, qui esquive, d’un revers de bulle muette, le récent 1er festival BD de Bayonne pour se consacrer à son action de quelques jours en faveur du Court Métrage Aquitaine Euskara. Enfin, nous finissons la soirée avec la pétillante Nuria Sayago dont le parcours atypique ne laisse de nous étonner. En 1995, à 23ans, elle expose au Carrousel du Louvre dans le cadre du concours International des  jeunes Créateurs de Mode. Revenue à Buenos Aires, elle enseigne, avant de revenir en Espagne où elle se lance dans le monde de l’animation avec Disney Channel. Elle est aujourd’hui coloriste pour de multiples maisons d’édition BD, en France, à Barcelone, en Corse ou aux Pays Bas. Nous suivrons de près le talent de ce petit elfe des bulles.



Un bon festival  tous et toutes!

Voir aussi:www.magmozaik.com/2014/10/quand-les-minorites-ethniques-et-linguistiques-se-font-du-cinema/

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

Pour nous soutenir en financement participatif: http://fr.ulule.com/site-magmozaik/

 

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