Coups de coeur

Published on novembre 3rd, 2016 | by MagMozaik

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Les Chimères au coeur des différences

Tout le monde connait le théâtre des Chimères à travers ses créations, son lieu d’accueil, ses défuntes « Translatines », ses ateliers et ses formations. Ouverte sur la Nouvelle Aquitaine et l’EPCI, la troupe mise sur la transfrontalité et un travail de fond sur les grands problèmes sociaux et humanistes.

Installée dans une ancienne ébénisterie, préservée de haute lutte, la Compagnie compte 3 permanents auxquels s’ajoutent des intermittents, acteurs ou techniciens. L’espace est avant tout un lieu d’accueil et de résidence d’artistes où beaucoup viennent répéter dans une immense salle aménageable et dotées de moyens techniques, lumineux et sonores de haute qualité, mais aussi de formation et d’ateliers amateurs.

Bien des institutions de Biarritz, Anglet et Bayonne l’utilisent quand leurs propres salles sont occupées par diverses représentations. Un lieu très apprécié notamment des danseurs, attirés par la belle superficie d’évolution de l’endroit. Sauf cas rares, la Compagnie se produit sur des scènes voisines, au Quintaou, sur la Scène Nationale de Bayonne ou sur Hendaye, à Mendi Zolan, notamment, l’essentiel de ses locaux étant réservés aux ateliers amateurs, comme bien d’autres compagnies, et aux artistes résidents.

Résidences et transfrontalité en fers de lance

Intéressant et jubilatoire de constater combien la troupe s’investit dans la production de pièces en euskara. Accueillie par « Le théâtre du Petit Pain » à Louhossoa – déjà engagé dans une action similaire transfrontalière d’envergure avec la Scène Nationale du Sud Aquitain -, la pièce de Joël Jouanneau pour jeune public, traduite en basque par Txomin Hégui, « Asken itzulia », se peaufine dans le cadre de Mugalariak, en co-production avec l’AMECA, l’agglo Sud Pays Basque, la Basse Navarre et l’OARA. Une histoire de vélo, contée comme un passage initiatique de l’enfance à l’âge adulte, programmée pour février 2017 dans une perspective de transfrontalité et de tournée dans l’ensemble du territoire. En résidence, Mizel Théret y posa récemment ses ballerines pour un ballet qui lançait la saison Malandain au Colisée le 21 octobre dernier. Jusqu’au 29 octobre c’est au tour de la Cie bordelaise des Figures d’investir le lieu pour la création d’un spectacle qui évoquera le cinéaste engagé Fassbinder.

Les Chimères: L’humanité en ligne de mire

Agir sur le substrat humain au coeur d’une société en prise à la non communication ou à la désinformation, tel est le défi relevé par les Chimères depuis quelques années. Une intensité de vie puissance 10 car ceux qui résistent démultiplient leur vitalité. Quand on mène ce type d’expérience on s’interroge sur l’humanité et sur l’accélération de vie que peuvent induire le handicap physique lié aux maladies de dégénérescence nerveuse ou les distorsions psychiques d’esprits malmenés par la vie. Le théâtre se repense là comme un outil fabuleux de tissage de liens entre les hommes, dans le secteur de la santé mais aussi dans les banlieues pour exorciser les discours pernicieux qui atteignent de plein fouet des ados sans plus aucun repère. En 2015, « Les voix de Babel », éblouissant d’humanité sur le voyage, géographique ou de la vie, entre enfance et âge adulte, entre l’avant et l’après où tout bascule, chavirant et dévastant des vies, des familles, mettait en scène des patients de Cadillac, établissement psychiatrique de funeste réputation. Le théâtre, en intégrant des professionnels et des novices met, pour Jean-Marie Broucaret, le compteur à zéro car face à l’urgence de se dire, les valides sont parfois plus handicapés que les non valides.

Car outre ses activités de formation et d’ateliers, ponctués par « Faim de travaux », ses créations théâtrales et « Mai du Théâtre » à Hendaye, la troupe développe une autre orientation majeure, passerelle érigée entre Santé et Culture, initiée voici 15 ans avec l’hôpital de Bayonne. Laisser se dire avec leurs mots, leurs quotidiens, leurs souffrance, les patients d’hôpitaux mais aussi les soignants et les familles, notamment du “Nid Marin” d’Hendaye, telle est l’aventure vécue par les Chimères depuis maintenant 4 ans. Une expérience créative abrupte, ciselée sur le fil fragile des émotions, fondée sur une écoute rare de paroles libérées et la transcription de bribes de vie douloureuses ou jubilatoires en langage théâtral, qui donna naissance, voici 2 ans, à “Tranches de vie”. Un axe qui a rencontré le travail lancé depuis 10 ans par l’hôpital marin d’Hendaye, Unité Ribaudeau-Dumas, pour instaurer les bases d’une saine thérapie à partir d’arts de la rue et intégré, en octobre 2014, dans la saison culturelle de la ville. De là a jailli le second opus du programme, “A travers la verrière, la vie”, sculpté sur le fil rouge de l’émotion et de quotidiens souvent absurdes et cocasses. Un exercice difficile qui aura nécessité l’immersion des comédiens en ce milieu pendant 6 mois pour que leur interprétation soit à la hauteur des mots intenses écrits et offerts. Une aventure que les Chimères n’abandonneraient pour rien au monde.

Une création, neuve et dérangeante à coup sûr, où l’enfermement frustrant des corps laisse échapper l’espoir, la vie, le rêve, la gaité mais aussi la douleur infinie de l’avant et de l’après, quand la maladie frappe de plein fouet des existences réduites à se réinventer autrement, des familles à se repenser, des soignants à redéfinir une fragilité à fleur de peau. Une écoute nouvelle à réinventer. Réécrire, au rythme de corps assoupis pour longtemps, ces carcans que refusent les esprits restés vivaces avec force rage et hargne avec un humour décapant, décalé, pour mieux dépasser la douleur des corps inertes ! Les soignants que la douleur impacte en attitudes qui se font infiniment douces, subtiles malgré la précision nécessaire des actes médicaux. Une proximité tendre où l’indifférence n’existe plus face à ce gâchis de corps d’où sourd une vie intense, quand survient l’accident de la vie, tranchant net entre l’avant et l’après. Apprendre à accepter, à réinventer une nouvelle forme de normalité, à accompagner coûte que coûte l’être cher avec pour seul objectif l’envie de lui offrir l’impossible. Ciseler une nouvelle écoute qui dépasse les enveloppes corporelles, plus fine, cérébrale, fondée sur l’émotion pure des regards, des souvenirs qui sont encore là ! Une “histoire branque”  nourrie d’une belle densité émotionnelle sur cet “univers où on dégaine très vite”. Une expérience extraordinaire de richesse humaine et de grande effervescence qui a causé bien des “insomnies mais une envie terrible de le faire! ” “Ca va le faire à l’arrache, mais dans cet univers-là, tout se fait à l’arrache dans le sens arracher, réactivité oblige !“ nous disait en mai dernier Jean-Marie Broucaret.

C’est tout cela que les Chimères ont apprivoisé, avec humilité, qu’ils s’agisse de maladies avilissant les corps ou d’autres, psychiatriques, remodelant à jamais les univers mentaux. « Derrière la verrière, la vie » attend de se produire ailleurs mais difficile de produire une telle aventure qui implique une bonne vingtaine de personnes sur scène, comédiens, patients, soignants et familles en tête ! En ces cas précis le théâtre devrait être reconnu d’utilité publique non?

Pour davantage d’informations sur la saison 2016-2017: www.theatre-des-chimeres.com

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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One Response to Les Chimères au coeur des différences

  1. giansanti says:

    Vous savez dans vos lignes toujours aussi bien retranscrire avec justesse et finesse le sens que l’on veut offrir aux minorités dans le cadre d’un axe culture santé. Mais une petite erreur s’est glissée, Hôpital Marin et non Nid Marin. Merci
    Jean Michel

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