Coups de coeur

Published on mars 27th, 2016 | by MagMozaik

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Le libre « artiste », suite!

Mixel Courougnon est un artiste, homme orchestre comme on aime les rencontrer qui exprime son regard et sa sensibilité en multiples partitions faites de mots, de couleurs ou de gestuelles. Créateur très précoce il compte aujourd’hui 54 ans de carrière en un foisonnement de quelque 38 périodes picturales, créations chorégraphiques, interprétations de ballets et surtout, d’une multitude de poèmes, récits, gerbes incandescentes et sublimées de mots dont la fluidité et la richesse n’ont d’égales que ses plus de 40 000 oeuvres aux infinies nuances, tantôt flamboyantes ou sombres et rageuses, tantôt délicatement tissées sur la trame de son esprit lumineux. Un électron libre, citoyen de tous les pays où respire le métissage culturel et artistique, riche de tous ses voyages et de toutes les rencontres qui ont marqué son parcours, toujours à l’écoute de toutes les cultures et toutes les humanités… une petite pépite que nous avions rencontré en décembre dernier dans un décor à son image, virtuose et chaleureux, à Sare. Ce trublion toujours vivace a, depuis, beaucoup écrit et peint. Il nous livre aujourd’hui le premier opus d’un triptyque serti dans l’écrin de ses mémoires, « Moments inachevés, récit », avant de nous proposer, courant avril, une transposition video de ses rages, de ses colères, de ses passions et de ses rêves d’une humanité plus consciente et droite dans ses bottes! Cela s’appellera « Clash », ce qui augure déjà bien d’un contenu propre à réveiller les consciences quelque peu endormies ces temps-ci!! Petite chronique littéraire d’un ouvrage à l’image de son auteur, pertinent et impertinent!

Une vie de tumultes et de braises

L’ouvrage, tel un pamphlet incandescent, aborde tous les thèmes qui font la densité d’une vie d’engagements et de choix artistiques. Dans les tourments d’une existence improbable, passée à rire, aimer, s’insurger, imaginer et se dire, aux rythmes particuliers de mots et de couleurs qui claquent, à s’engager et souffrir de multiples révoltes contre l’imbécilité et le fascisme, les hypocrisies et les abjections d’Etats de tous ordres et tous lieux, Mixel COUROUGNON a traversé bien des orages, des cruautés indicibles et des horreurs non encore dénoncées. mais il s’est aussi bercé de passions, de rencontres, de douceurs de vie qui ont sculpté ce qu’il est aujourd’hui, en une multitude de visages, de bribes de vies, de moments forts, de lieux magiques qui ont fuselé son oeuvre, ses oeuvres. Une symphonie aux tempos bruissant d’émotions écorchées ou suaves. Le Pays Basque et puis l’exil dans l’urgence… Plus de 20 ans qui le portent de Saint Jean de Luz à l’Allemagne, l’Italie, Paris ou la Belgique, avant que l’Algérie et le Maroc n’exercent leur magie de sirènes sur lui.

Vient alors un temps de mensonges et d’hypocrisies qui se soldent en incarcérations cruelles et brutales dans des pays où les pseudos démocraties et socialistes  font florès, mais que hantent le joug de religions obsolètes et absurdes. Un temps de prisons abjectes où la dénonciation pour de futiles prétextes règne. Un temps de tortures et de violences au coeur de l’ignorance et de l’analphabétisme …ou de la bêtise?

Les souvenirs de moments heureux et flamboyants restent alors les seuls havres de paix et points d’ancrage à travers lesquels résister, survivre pour d’innombrables nouveaux départs à zéro, et surtout aujourd’hui dénoncer les ignominies de pouvoirs mensongers et dictatoriaux en ces mêmes pays qui se proclament modernes et démocratiques! A coup sûr, de tels cris ne passeront pas inaperçus, troublants de vérités vécues, comme ne plairont guère les critiques acerbes et justes proférées à l’encontre de nos gouvernants qui oublient l’éducation de nos jeunes, leur patrimoine historique et leur propension à oublier quelque peu la vraie réalité des artistes, reconnus après leur mort.

Et puis il y a le délicat problème de l’intolérance, moult fois évoqué, dans toute sa dimension castratrice! L’homosexualité vient en premier, que tant de stupides personnes fustigent ! Il est alors bon de rappeler que « les plus grands artistes, les plus grands poètes et les plus grands écrivains furent de cette partie là » Nombreux furent-ils et sont-ils mais il est nécessaire de le rappeler!

Un style déroutant

Mais le fil déroulé en pointillés, acides ou sucrés, de cette vie riche et dense, aussi intense soit-elle, ne serait pas plus qu’un simple témoignage important d’un homme meurtri, sans un style qui le magnifie et lui insuffle son rythme palpable, charnel et passionné.

Phrases courtes, presque hachées et haletantes, accompagnent les bribes douloureuses de vie, de l’exil, de l’internement, comme pour évoquer, en mots crus, en tournures dépouillées et pudiques, toute l’horreur des violences infligées par des bourreaux et régimes dictatoriaux. Phrases longues et voluptueuses ressuscitant les subtils et fugaces bonheurs des palais de Venise ou Munich, des Mohamedia ou Ben-Isguen. Enfin phrases exubérantes, parfois diarrhéiques qui vomissent les révoltes, les déceptions, les trahisons, les duperies et les hypocrisies si lancinantes au fil d’une longue carrière. Autant de bouillonnements où les mots, incisifs, brûlants, s’entrechoquent pour dénoncer la barbarie, la médiocrité et la veulerie avec une lucidité troublante de causticité douloureuse. Tant d’hommes et de femmes, profiteurs carnassiers de son talent et de sa générosité.

L’alternance de l’imparfait et du présent, comme si l’instantané passé se faisait ombre insipide, accentuent encore l’effet nostalgie. Cette mécanique syntaxique très précise, en mots choisis qui n’ont rien d’une recherche d’effets fantaisistes ou stylistiques, loin d’évoquer une quelconque misanthropie, traduisent au contraire la profonde humanité d’un homme lucide dont la mémoire va et vient, naviguant sans cesse entre passé et présent. Une balade introspective rythmée en leitmotivs que dictent des lieux, des personnages forts de son parcours.

On peut reprocher à l’auteur un exercice d’équilibriste verbal que ne peuvent vraiment goûter les lecteurs ignorants de sa vie, de ses vies, d’homme souvent blessé. Mais ses messages politiques et humains, ses visions d’esthète absolu, ses analyses sociologiques fines et parfois cruelles l’emportent et justifient amplement ce parti pris stylistique entre va et vient, phrasés cliniques et voluptueux. La belle maitrise de ces alternances de discours et de styles font incontestablement l’originalité et le génie littéraire de l’écrivain.

Au final, un ouvrage lyrique, envoutant comme ces sables dont les grains, les odeurs et les couleurs nuancées jonchent sa vie, admirable de lucidité, d’auto-dérision et de passion insolente, dont on se prend, toutefois, à regretter qu’il effleure parfois, sans vraiment les transgresser impétueusement, tous les thèmes abordés, de ses amitiés à ses exils effroyables en passant par sa carrière prolixe et mouvementée, ses rencontres et amours en Allemagne, en Italie, en Algérie, au Maroc, en son cher Pays Basque et ailleurs…L’auteur semble se retenir, pour l’instant, histoire de nous introduire en douceur dans un univers de violences et de flamboyances, mais gageons que les autres volets du triptyque tremperont leur plume dans une encre bien plus puissante, libre et incisive! En juin paraîtra « Le viol » suivi d’un second film, « Les cris », et d’un dernier opus « Les mots pour finir d’en rire ». Et comme l’homme ne saurait s’arrêter en si bon chemin, nous attendons cette année bien d’autres écrits, romans, essais ou pamphlets, mais surtout des expositions et un retour sur les tréteaux, en lectures poétiques musicales.

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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